Depuis le début de l’année 2026, l’armée ukrainienne a significativement accru ses attaques contre les infrastructures pétrolières russes, parfois à plus de 1 500 kilomètres de la ligne de front. Selon BMF - International, ces opérations visent à priver Moscou des revenus tirés de la flambée des cours du pétrole, alimentée par la guerre au Moyen-Orient. Une stratégie qui se traduit par des frappes répétées sur des ports stratégiques et des raffineries, parfois revendiquées par des drones ayant parcouru plusieurs centaines de kilomètres.
Ce qu'il faut retenir
- L’Ukraine a mené des frappes contre trois ports majeurs russes (Oust-Louga, Novorossiysk et Primorsk) ainsi que contre des raffineries à plus de 1 000 km de Kiev, comme celle de Kirichi, deuxième plus grande du pays.
- Les attaques ont perturbé 40 % de la capacité d’exportation pétrolière russe, selon une analyse de Reuters publiée fin mars 2026.
- Kiev revendique des drones capables de parcourir jusqu’à 3 000 km, comme ceux produits par l’entreprise Fire Point, fondée après l’invasion de 2022.
- Les recettes russes liées au pétrole ont doublé en mars 2026, malgré les perturbations, grâce à une réorientation des flux vers l’Asie.
- Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souligné l’amélioration des capacités ukrainiennes en matière d’armes à longue portée, avec une production annuelle estimée à 35 milliards de dollars.
Une stratégie ciblée contre les flux pétroliers russes
Ces dernières semaines, les installations pétrolières russes sont devenues une cible privilégiée pour Kiev. Selon BMF - International, les frappes se concentrent sur des infrastructures clés comme le port d’Oust-Louga, en mer Baltique, qui traite habituellement 700 000 barils par jour. Ce site a été visé à trois reprises fin mars 2026, déclenchant des incendies visibles depuis l’espace. Le gouverneur de la région, Alexandre Drozdenko, a confirmé « des dégâts dans le port », sans préciser leur ampleur. Les services de sécurité ukrainiens ont revendiqué ces attaques, utilisant des drones ayant parcouru « plus de 900 kilomètres ».
Les ports de Novorossiysk (mer Noire) et de Primorsk (mer Baltique), ainsi que la raffinerie de Kstovo, près de Nijni-Novgorod, ont également été touchés. Le 27 mars, une frappe a visé la raffinerie de Kirichi, deuxième plus grande de Russie. Ces opérations s’inscrivent dans une volonté de perturber les exportations russes, alors que le baril de Brent dépasse les 100 dollars depuis le début du conflit.
Des capacités de frappe en profondeur qui s’améliorent
Comment l’Ukraine parvient-elle à atteindre des cibles aussi éloignées de ses frontières, quatre ans après le début de l’invasion russe ? Volodymyr Zelensky a expliqué cette capacité lors d’un entretien avec le Financial Times le 10 avril 2026. « Nos drones sont devenus plus performants. La technologie progresse chaque jour », a-t-il déclaré. Le président a également détaillé deux stratégies : des attaques ciblées sur une seule infrastructure ou des opérations combinant plusieurs cibles simultanément.
Parallèlement, Kiev a mené une campagne de destruction des systèmes de défense aérienne russes. Un rapport du site d’analyses militaires Tochnyi, publié le 23 mars 2026, recense 492 frappes entre juin 2025 et mars 2026 contre des infrastructures de défense aérienne, et 433 contre des systèmes d’interdiction de zone. « Le nombre de frappes contre les systèmes de défense aérienne a augmenté de façon constante », constate le rapport. Cette pression constante a permis à l’Ukraine de frapper des cibles toujours plus profondes dans le territoire russe, comme la raffinerie d’Oufa, dans l’Oural, située à 1 500 kilomètres du front.
Une production d’armes locales qui donne un avantage stratégique
Ces frappes ne reposent pas uniquement sur un soutien occidental, mais sur le développement d’une industrie de défense ukrainienne locale. L’exemple le plus marquant est celui de Fire Point, principal fabricant de drones à longue portée du pays. Fondée après l’invasion de 2022, l’entreprise produit désormais des missiles de croisière comme le Flamingo, dont la portée est revendiquée à 3 000 kilomètres. Selon ses dirigeants, Fire Point est capable de fabriquer trois missiles de ce type chaque jour, ainsi que des centaines de drones de combat. « L’Ukraine possède ses propres armes de missiles à longue portée. Pas seulement en développement, mais une force réelle déjà à l’œuvre », a affirmé Volodymyr Zelensky ce 14 avril, citant d’autres projets comme Ruta, Peklo, Neptune, Palianytsia et Vilkha.
Ihor Fedirko, chef du Conseil ukrainien de l’industrie de défense, a précisé que les capacités de production ukrainiennes en matière d’armes à longue portée avoisinent les 35 milliards de dollars par an. « Nous pouvons en produire beaucoup, et cette production peut être développée davantage avec plus de fonds », a-t-il souligné. « Nous ne sommes qu’au début. » Ces avancées technologiques offrent à Kiev une marge de manœuvre accrue, permettant de frapper des infrastructures stratégiques tout en limitant les risques pour ses propres forces.
Un impact limité sur les revenus russes malgré les perturbations
Malgré ces attaques, Moscou parvient à contourner en partie les perturbations en réorientant ses exportations vers l’Asie. Selon des calculs du Financial Times, les importations indiennes de pétrole russe ont atteint 1,5 million de barils par jour début avril 2026, en hausse de 50 % depuis le début du mois. Ces flux transitent notamment par le détroit d’Ormuz, échappant ainsi aux sanctions occidentales. Les recettes russes liées au pétrole ont même doublé en mars 2026, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), atteignant des niveaux records grâce à la flambée des cours.
Cependant, les perturbations restent significatives. Une analyse de Reuters publiée fin mars 2026 indique que 40 % de la capacité d’exportation pétrolière russe est à l’arrêt, une situation inédite dans l’histoire moderne du pays. Ces attaques pourraient, à terme, affaiblir la capacité de la Russie à financer son effort de guerre, même si Moscou compense partiellement par une diversification des destinations d’exportation.
Pour l’heure, la Russie continue de tirer profit de la hausse des cours du brut, mais les attaques ukrainiennes pourraient, à moyen terme, fragiliser sa position sur les marchés énergétiques. La capacité de Kiev à frapper toujours plus loin, combinée à une production locale d’armes à longue portée en constante amélioration, donne à l’Ukraine une nouvelle dimension stratégique dans ce conflit.
Kiev cherche à priver Moscou de revenus essentiels pour financer son effort de guerre. La flambée des cours du pétrole depuis 2022 a dopé les recettes russes, mais les frappes ukrainiennes perturbent jusqu’à 40 % de la capacité d’exportation du pays. En ciblant les raffineries et les ports, l’Ukraine espère fragiliser l’économie russe et réduire sa marge de manœuvre militaire.
