Selon BMF - International, plus d’un an après avoir débarqué sur l’île de North Sentinel, dans l’archipel indien d’Andaman-et-Nicobar, où vit le peuple le plus isolé au monde, le youtubeur américain Mykhailo Viktorovych Polyakov a choisi de s’exprimer publiquement pour expliquer ses motivations. Arrêté le 4 avril 2025, il a écopé d’une amende après avoir violé une interdiction stricte de s’approcher de cette terre.
Ce qu'il faut retenir
- Mykhailo Viktorovych Polyakov, un youtubeur américain de 24 ans, a débarqué sur North Sentinel en avril 2025, une île interdite située dans l’archipel d’Andaman-et-Nicobar, en Inde.
- Il a attiré l’attention des habitants avec une canette de Coca Light avant de laisser des offrandes sur la plage et de filmer son action, malgré une interdiction de s’approcher à moins de cinq kilomètres de l’île.
- Il a été arrêté en avril 2025, puis condamné à une amende un an plus tard, ses vidéos ayant été saisies en Inde mais partiellement diffusées sur sa chaîne YouTube.
- Polyakov affirme avoir voulu « propulser les Sentinelles des milliers d’années dans le futur » en leur offrant un cadeau symbolique de la civilisation moderne.
- Les autorités indiennes et les défenseurs des droits des peuples autochtones rappellent que tout contact avec cette population est strictement interdit pour préserver leur mode de vie et éviter la transmission de maladies.
Un débarquement clandestin sur une île interdite
Dans la nuit du 4 avril 2025, la police indienne annonçait l’arrestation de Mykhailo Viktorovych Polyakov, un Américain de 24 ans, pour avoir foulé le sol de North Sentinel. Cette île de l’archipel d’Andaman-et-Nicobar abrite l’un des peuples les plus isolés au monde : les Sentinelles. Selon les autorités, le youtubeur a attiré l’attention de la tribu en sifflant au large pendant près d’une heure, une canette de Coca Light à la main, avant de débarquer, déposer des offrandes sur le rivage, filmer la scène puis regagner son embarcation.
Le geste est d’autant plus grave qu’il viole une règle absolue : aucune personne étrangère ou indienne n’a le droit de s’approcher à moins de cinq kilomètres de North Sentinel. Cette interdiction vise à protéger les Sentinelles, dont l’isolement est considéré comme une priorité sanitaire et culturelle par les autorités locales et les organisations de défense des peuples autochtones.
Des motivations controversées, entre provocation et prétendue bienveillance
Un an après les faits, Polyakov a accepté de s’exprimer dans les colonnes d’un quotidien néerlandais, le 25 mai 2026, jour où sa peine a été allégée. Dans ses explications, il évoque une volonté de « propulser les Sentinelles des milliers d’années dans le futur ». Il affirme avoir laissé une canette de Coca Light comme « cadeau représentatif de notre civilisation », précisant dans une vidéo postée sur sa chaîne : « Je voulais leur offrir un cadeau qui soit représentatif de notre civilisation. »
Pour justifier son action, il minimise les risques sanitaires encourus par la tribu. « Je suis vacciné contre la grippe et la rougeole, et je n’ai jamais eu l’intention d’entrer en contact direct avec eux, a-t-il écrit. Et pour autant que je sache, on ne peut pas attraper de maladies simplement en se regardant. » Il assume aussi les réactions contrastées que ses vidéos ont suscitées : « Je reçois beaucoup de réactions, positives comme négatives. Je suis ouvert à cela. Un débat animé est salutaire. »
Une condamnation symbolique, mais un impact médiatique réel
Malgré la saisie de ses enregistrements en Inde, Polyakov a réussi à publier deux vidéos sur sa chaîne YouTube : la première détaillait ses préparatifs et ses tentatives d’accostage, la seconde montrait son arrivée sur l’île. Ces publications ont relancé le débat international sur la protection des peuples isolés et la responsabilité des influenceurs en matière de préservation culturelle.
Son cas rappelle celui de John Allen Chau, un missionnaire américain tué en 2018 sur une plage de North Sentinel après avoir tenté de convertir les Sentinelles. Contrairement à Chau, dont le corps n’a jamais été récupéré et pour lequel aucune enquête n’a été ouverte, Polyakov a écopé d’une amende, une peine bien moindre que celle encourue en théorie pour violation d’une zone protégée.
Le dilemme indien : protéger ou ouvrir au monde ?
Dans un communiqué, Polyakov a reconnu avoir « des réserves quant à la politique de l’Inde concernant cette île », tout en admettant comprendre les raisons de cette interdiction. « Je comprends les raisons qui ont poussé le gouvernement à adopter cette position, mais je ne me fais aucune illusion sur ce que les gens pensent de moi. Chacun est libre de penser ce qu’il veut. »
Cette affaire illustre la tension permanente entre la préservation des peuples autochtones et la curiosité — parfois teintée de voyeurisme — que suscitent leurs modes de vie. North Sentinel, classée « réserve tribale » par le gouvernement indien, est l’une des dernières terres au monde à refuser tout contact avec l’extérieur. Les images d’un Sentinelle visant un hélicoptère des garde-côtes avec une flèche, prises en 2004 après le tsunami dans l’océan Indien, rappellent à quel point cette communauté rejette toute intrusion.
Pour l’heure, les autorités indiennes n’ont pas commenté publiquement les déclarations du youtubeur. Quant aux Sentinelles, leur réaction — comme à l’accoutumée — restera inconnue, leur refus de tout contact avec l’extérieur étant une constante depuis des siècles.
L’île de North Sentinel est interdite d’accès pour préserver le mode de vie et la santé du peuple sentinelle, l’un des derniers peuples autochtones isolés au monde. Toute intrusion pourrait introduire des maladies contre lesquelles cette population n’a pas de défenses immunitaires, et perturberait leur équilibre culturel et social. Les autorités indiennes appliquent cette interdiction avec rigueur depuis des décennies.