Depuis cinq ans, Inass Abichou se bat pour obtenir la libération de son époux, Onsi Abichou, incarcéré en Tunisie depuis 2021. Condamné pour un trafic de stupéfiants qu’il a toujours nié, puis acquitté à cinq reprises, le garagiste franco-tunisien reste derrière les barreaux. Sa famille dénonce une inertie judiciaire et un abandon des autorités françaises, malgré les multiples recours engagés.

Ce qu'il faut retenir

  • Onsi Abichou, garagiste de l’Essonne, est incarcéré en Tunisie depuis 2021, soit cinq ans sans interruption.
  • Il a été condamné pour trafic de stupéfiants en 2010, mais a été acquitté à cinq reprises entre 2011 et 2021 par la justice tunisienne.
  • Chaque acquittement a été annulé par la Cour de cassation tunisienne, invoquant des vices de procédure ou un manque de motivations.
  • L’épouse du détenu, Inass Abichou, dénonce un « enfer » pour son mari et une absence de réaction des pouvoirs publics français.
  • Le Quai d’Orsay confirme suivre le dossier mais refuse d’interférer dans la procédure judiciaire tunisienne.
  • Inass Abichou a été contrainte d’arrêter de travailler et souffre d’une dépression sévère après avoir été dans l’incapacité de rendre visite à son mari pendant 18 mois.

Un parcours judiciaire semé d’embûches depuis près de vingt ans

Tout commence en 2008, lorsqu’un individu arrêté en Tunisie dans le cadre d’un trafic de stupéfiants désigne Onsi Abichou comme complice. Le Franco-Tunisien, alors garagiste à Massy (Essonne), n’est en réalité qu’un client ayant vendu une camionnette à ce suspect. Les autorités tunisiennes lancent un avis de recherche contre lui, l’interpellant en 2009 lors d’un déplacement en Allemagne. Deux procédures judiciaires sont engagées en Tunisie, et il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité malgré ses dénégations.

Quelques mois plus tard, le principal témoin revient sur ses aveux, affirmant avoir été torturé et innocentant Onsi Abichou. En 2011, la justice tunisienne l’acquitte en appel et le libère. Il rentre alors en France, où il reprend une vie normale avec sa famille. Pourtant, un nouveau rebondissement survient : la Cour de cassation tunisienne annule ses deux acquittements pour vice de forme. En son absence, il est à nouveau jugé et condamné à perpétuité, sans même en être informé.

Une incarcération renouvelée en 2021 après une tentative de visite familiale

En 2021, Onsi Abichou se rend en Tunisie pour rendre visite à sa famille. C’est lors de ce voyage qu’il est interpellé et incarcéré à la prison de la Mornaguia, à Tunis. Depuis, sa situation reste bloquée, malgré cinq nouveaux acquittements prononcés par la Cour d’appel tunisienne. À chaque fois, la Cour de cassation annule ces verdicts, invoquant des motifs procéduraux ou un manque de justification. La dernière décision en date, rendue début juin 2026, a provoqué l’incompréhension de sa famille et de son avocat, qui espérait une issue favorable.

« Ça n’a plus de sens, ce n’est plus du juridique, c’est de la stupidité », a réagi Inass Abichou auprès de BFM - Faits Divers. Son époux, lui, subit « un enfer » depuis près de vingt ans, selon les termes de son épouse. Les conditions de détention en Tunisie et l’absence de réaction des autorités françaises alimentent un sentiment d’injustice croissant au sein de la famille.

Des démarches répétées et un sentiment d’abandon des pouvoirs publics

Inass Abichou multiplie les recours depuis cinq ans, sans résultat tangible. Elle a écrit au président de la République française, au ministère des Affaires étrangères et à l’ambassade de France à Tunis, mais aucune évolution n’a été enregistrée. « Depuis un an, je n’arrête pas d’envoyer des courriers à l’ambassade et notamment au consul », explique-t-elle. « Les autorités tunisiennes sont au courant de la situation, mais rien n’a évolué. »

Son épuisement est tel qu’elle a dû arrêter de travailler, souffrant d’une dépression sévère. Depuis dix-huit mois, elle n’a plus revu son mari. « Ça me bouffait de l’intérieur. Je suis tombée très malade, j’ai sombré dans une dépression sévère », témoigne-t-elle. « Je ne supporte plus d’aller en Tunisie. » Son mari, quant à lui, cumule les visites consulaires : dix-neuf au total, selon les chiffres communiqués par le Quai d’Orsay.

Le Quai d’Orsay confirme une protection consulaire « pleine et entière »

Contacté par BFM - Faits Divers, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a confirmé suivre « pleinement » le dossier d’Onsi Abichou. « Les services du ministère sont mobilisés pour lui porter assistance et s’assurer de ses conditions de détention et de son état de santé », a précisé un porte-parole. Le Quai d’Orsay a également indiqué qu’Onsi Abichou avait bénéficié de dix-neuf visites consulaires depuis son incarcération.

Cependant, le ministère rappelle que sa protection consulaire s’exerce « dans le respect des principes de non-ingérence dans la procédure judiciaire d’un État tiers et de séparation des pouvoirs ». Autrement dit, la France ne peut pas interférer dans les décisions de la justice tunisienne, même si la situation humanitaire de son ressortissant se dégrade. Une position que la famille d’Onsi Abichou juge insuffisante, alors qu’il est « citoyen français » et que « justice n’a toujours pas été rendue », selon les mots d’Inass Abichou.

Et maintenant ?

La prochaine étape judiciaire pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026, selon les observateurs. La famille d’Onsi Abichou attend une nouvelle décision de la Cour d’appel tunisienne, qui pourrait, une fois encore, prononcer son acquittement. Reste à savoir si la Cour de cassation tunisienne acceptera cette fois-ci de valider ce verdict. En France, les associations de défense des droits humains et les élus locaux pourraient relancer la pression sur les autorités pour qu’elles interviennent plus directement auprès de Tunis. Bref, l’issue du dossier reste incertaine, mais la mobilisation de la famille et de ses soutiens ne faiblit pas.

Pour l’heure, Inass Abichou résume son combat en une phrase : « Ce qu’on veut, c’est la liberté d’Onsi. On veut que justice soit faite. » Une exigence que ni la justice tunisienne ni les autorités françaises n’ont encore satisfaite, malgré les cinq acquittements obtenus.

Selon les éléments rapportés par BFM - Faits Divers, la Cour de cassation tunisienne justifie ces annulations par des « vices de procédure » ou un « manque de motivations » de la part des cours d’appel. Ces motifs, jugés techniques par certains observateurs, sont contestés par la famille et les soutiens du détenu, qui y voient une volonté de maintenir sa condamnation malgré son innocence proclamée.

La famille d’Onsi Abichou attend une nouvelle décision de la Cour d’appel tunisienne, qui pourrait, une fois encore, prononcer son acquittement. Si cette décision est rendue d’ici la fin de l’année 2026, la Cour de cassation tunisienne pourrait à nouveau l’annuler. Le dossier reste donc en suspens, sans garantie d’une issue rapide.