Installé en France depuis près de quarante ans, le journaliste britannique Anthony Peregrine a relevé un défi original : noter chacun des 96 départements français selon ses propres critères. Ce classement, publié par le quotidien britannique The Daily Telegraph, offre un regard à la fois subjectif et passionné sur les territoires qui composent l’Hexagone et les Outre-mer. Selon Franceinfo - Culture, qui a recueilli ses impressions, ce travail reflète autant ses préférences personnelles que sa connaissance approfondie du pays qu’il a adopté.
Anthony Peregrine, qui a demandé la nationalité française peu avant le Brexit « juste avant que les concitoyens fassent une erreur », observe depuis une baisse de la fréquentation touristique britannique en France. Pourtant, malgré les clichés persistants sur l’hygiène ou l’arrogance supposées des Français, il reconnaît, avec une pointe d’autodérision, que « nous ne pouvons pas nous empêcher de visiter la France ». En 2025, ce sont plus de 102 millions de touristes étrangers qui ont foulé le sol français, dont dix millions de Britanniques. « J’adore la France ! », déclare-t-il sans détour.
Ce qu'il faut retenir
- Un classement subjectif : Anthony Peregrine a attribué une note sur dix à chacun des 96 départements français, sans établir de classement global.
- L’Hérault en tête : le journaliste a élu ce département comme son premier coup de cœur, notamment pour sa ville de Montpellier et son littoral accessible.
- Gastronomie et paysages : la Drôme, le Cantal, Valence et l’Aude sont mis en avant pour leurs spécialités culinaires et leur patrimoine naturel.
- Patrimoine et émotion : Anthony Peregrine souligne l’importance des sites historiques, comme l’Anneau de la mémoire à Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais.
- Un regard britannique : son analyse mêle admiration pour la diversité française et humour, comme lorsqu’il évoque les « tricheurs arrogants » qui dupent les Britanniques.
Un top 3 révélateur de ses préférences
Parmi les départements qu’il a notés, Anthony Peregrine a livré à Franceinfo ses trois coups de cœur. En première position, l’Hérault, où il réside depuis 1988, près de Montpellier. « C’est la plus élégante des villes de province, avec un littoral accessible à tous et une production viticole inégalée dans le monde », explique-t-il. La Lozère arrive en deuxième position, « parce que c’est là d’où vient mon épouse », précise-t-il avec humour. Enfin, la Dordogne complète ce trio de tête, qu’il décrit comme « un département apaisant où l’homme et le paysage se sont mis d’accord il y a longtemps ». Il cite également le château des Milandes, ancienne propriété de Joséphine Baker, qu’il considère comme « le plus beau du sud de la France ».
Gastronomie et alcools : des critères majeurs
Pour Anthony Peregrine, la gastronomie française est un critère essentiel dans l’appréciation des départements. La Drôme marque des points grâce à Montélimar, « paradis du nougat », et à ses paysages mêlant Provence et Alpes. « C’est un mélange combinant le meilleur des deux régions (lavande, vin, montagnes) avec moins d’attente », note-t-il. Dans le Cantal, il salue la truffade locale, un plat « qui nourrit les randonneurs pendant un mois avec une seule portion ». Valence, dans la Drôme, concentre à elle seule une impressionnante diversité de restaurants gastronomiques.
Les alcools français ne sont pas en reste. Le journaliste britannique évoque le champagne dans la Marne, « le seul vin que l’on peut déguster toute la journée, et avec lequel on peut encore appuyer sur le bon bouton d’ascenseur à minuit ». Il célèbre aussi le calva dans le Calvados, où « sept millions de pommiers produisent désormais un alcool aussi agréable que la lumière d’automne », ou encore la chartreuse dans l’Isère, « élaborée à partir de 130 plantes, ce qui la rend bien plus saine que le ski ».
Des coups de cœur variés et des lieux méconnus
Parmi les autres départements qui l’ont marqué, Anthony Peregrine cite les deux plus beaux ponts de France : le pont du Gard et le viaduc de Millau. « D’habitude, on dit que les travaux de l’homme détruisent le paysage. Mais ici, c’est comme si on avait complété le paysage. Quand on arrive du nord, sur l’A75, c’est comme un conte de fées », s’enthousiasme-t-il. Il ajoute : « Impossible de voir ça sans être impressionné. On pourrait y mettre des licornes ! »
Le journaliste britannique s’est également pris d’affection pour des destinations moins connues, comme Saint-Malo, qu’il juge « sous-estimée », ou Sainte-Suzanne, en Mayenne. « S’il se situait en Provence, il y aurait la queue aux portes du village. Ça n’a pas bougé depuis mille ans et c’est le seul château qui a résisté aux assauts de Guillaume le Conquérant », souligne-t-il. Dans le Gers, il apprécie des paysages « bien plus accueillants que les Pyrénées ».
Un patrimoine industriel et historique marquant
Originaire du nord du Royaume-Uni, Anthony Peregrine est particulièrement sensible au patrimoine industriel des Hauts-de-France et à la gastronomie nordiste, qu’il compare à la cuisine britannique « à peu près comme nous, sauf qu’ils mangent un peu plus de moules ». Son admiration va aussi aux sites de la Seconde Guerre mondiale dans le Pas-de-Calais et la Somme. « Il n’y a pas une visite plus émouvante que celle de l’Anneau de la mémoire à Notre-Dame-de-Lorette », confie-t-il. Il se souvient d’une visite récente avec un groupe d’agriculteurs : « Des mecs d’une cinquantaine d’années, bâtis comme des taureaux, et lors de la visite du mémorial de Thiepval (Somme), la moitié étaient en larmes. C’était fort comme émotion… »
L’Aude, fief de l’étrange et des légendes
L’Aude occupe une place à part dans le classement du journaliste britannique, qu’il qualifie de « fief français de l’étrange ». Il évoque les légendes de Rennes-le-Château, qui ont inspiré Dan Brown, ainsi que Bugarach, présenté comme « le seul refuge face à la fin du monde le 12 décembre 2012 ». Anthony Peregrine mentionne également le célèbre festival des menteurs à Moncrabeau, dans le Lot-et-Garonne, où chaque année, les participants s’affrontent dans un concours d’histoires « à dormir debout ».
Ce regard extérieur, mêlant admiration et humour, rappelle que la France, avec ses 96 départements, offre une palette infinie de paysages, de saveurs et d’histoires. Un constat qui dépasse largement le simple exercice de classement pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’attractivité et la diversité du territoire français.
Anthony Peregrine a évalué les départements français selon plusieurs critères, principalement leur patrimoine naturel, leur gastronomie, leur histoire et leur caractère unique. Il a également pris en compte ses propres coups de cœur et son expérience personnelle, après près de quarante ans passés en France.
Anthony Peregrine a expliqué à Franceinfo qu’il avait fait cette démarche « juste avant que les concitoyens fassent une erreur », faisant référence au vote sur le Brexit. Il a ensuite observé une baisse de la fréquentation touristique britannique en France, un phénomène qu’il lie directement à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.