Et si la coloscopie, examen de référence pour le dépistage du cancer colorectal, voyait son monopole remis en question ? Une vaste étude espagnole, publiée récemment et relayée par Top Santé, suggère qu’un simple test de selles pourrait offrir une alternative tout aussi performante pour détecter cette maladie. Menée sur plusieurs milliers de participants, cette recherche ouvre la voie à une révision des protocoles de dépistage, avec des implications majeures pour des millions de patients en Europe et au-delà.
Ce qu'il faut retenir
- Une étude espagnole compare l’efficacité d’un test immunologique de selles (FIT) à celle de la coloscopie pour le dépistage du cancer colorectal.
- Les résultats indiquent que le test de selles détecte 90 % des cancers et 40 % des adénomes avancés, avec une sensibilité comparable à celle de la coloscopie.
- L’étude a été menée sur 10 000 participants âgés de 50 à 69 ans, population cible pour ce type de dépistage.
- Le test de selles présente l’avantage d’être moins invasif, moins coûteux et plus accessible que la coloscopie.
- Les chercheurs espagnols soulignent que cette méthode pourrait augmenter le taux de participation au dépistage, actuellement en dessous de 50 % en France.
Une étude de grande envergure remet en cause les pratiques actuelles
Publiée dans la revue médicale Gut, cette étude espagnole, menée par des chercheurs de l’Hôpital Clinic de Barcelone et de l’Institut de Recherche Biomédicale August Pi i Sunyer, a évalué l’efficacité d’un test immunologique de selles (FIT) sur un échantillon de 10 000 participants âgés de 50 à 69 ans. Top Santé indique que les résultats sont « particulièrement encourageants » : le test détecte 90 % des cancers colorectaux et 40 % des adénomes avancés, des lésions précancéreuses. Ces chiffres se rapprochent de ceux obtenus par la coloscopie, examen actuellement considéré comme la référence en matière de dépistage.
Selon le Dr. Antoni Castells, coauteur de l’étude et directeur du service de gastroentérologie de l’Hôpital Clinic, « le FIT présente un rapport coût-efficacité bien supérieur à celui de la coloscopie, tout en offrant une sensibilité comparable pour la détection des cancers ». Il ajoute que cette méthode pourrait « réduire les inégalités d’accès au dépistage », notamment dans les zones rurales ou les pays où les infrastructures médicales sont limitées.
Pourquoi ce test pourrait révolutionner les pratiques médicales
L’un des principaux atouts du test de selles réside dans son accessibilité. Contrairement à la coloscopie, qui nécessite une préparation longue et une anesthésie, le FIT se réalise à domicile. Le patient n’a qu’à prélever un échantillon de selles, qui est ensuite analysé en laboratoire. « C’est une méthode simple, indolore et sans risque », explique le Dr. Castells. « Elle pourrait donc attirer davantage de personnes réticentes à subir une coloscopie, dont le taux de participation reste faible en France, autour de 30 % ».
Autre avantage : le coût. Une coloscopie coûte en moyenne 150 à 300 euros en France, remboursés à 100 % par l’Assurance Maladie dans le cadre du dépistage organisé. Le test de selles, lui, coûte environ 20 à 30 euros, un prix qui le rend accessible à un public plus large. Enfin, cette méthode permet de désengorger les services d’endoscopie, souvent saturés, et de concentrer les ressources sur les patients présentant des résultats positifs.
Un débat qui s’inscrit dans une dynamique européenne
Cette étude espagnole s’ajoute à un ensemble de recherches internationales qui questionnent la place de la coloscopie dans les stratégies de dépistage. En France, le programme national de dépistage organisé, lancé en 2009, repose actuellement sur un test de selles (FIT ou hémoccult), suivi d’une coloscopie en cas de résultat positif. Pourtant, seulement 34 % des personnes éligibles participent à ce programme, selon les chiffres de Santé publique France. Ce faible taux s’explique en partie par la réticence des patients à subir une coloscopie, perçue comme un examen invasif.
En Espagne, où cette étude a été menée, le dépistage organisé repose également sur un test de selles, mais avec des résultats variables selon les régions. Les chercheurs espagnols estiment que leur étude pourrait « servir de référence pour une révision des protocoles européens ». En Allemagne et aux Pays-Bas, des débats similaires animent les milieux médicaux, avec une tendance croissante à privilégier des méthodes moins invasives. Top Santé souligne que cette évolution reflète une « volonté de moderniser les pratiques » sans compromettre l’efficacité du dépistage.
Quoi qu’il en soit, cette étude rappelle l’importance d’adapter les stratégies de dépistage aux évolutions scientifiques et aux besoins des patients. Comme le conclut le Dr. Castells : « L’objectif n’est pas de remplacer la coloscopie, mais d’offrir aux patients un choix éclairé, en fonction de leur profil et de leurs préférences ».
Non. Selon l’étude espagnole relayée par Top Santé, le test de selles (FIT) détecte 90 % des cancers colorectaux, contre près de 95 % pour la coloscopie. Il est donc très performant, mais pas tout à fait aussi précis. En revanche, il est particulièrement efficace pour repérer les adénomes avancés, responsables de 80 % des cancers du côlon.