Un navire battant pavillon bangladais, immobilisé dans le golfe Persique après des frappes militaires, a passé près de quatre mois sous blocus avant de pouvoir franchir le détroit d'Ormuz. Selon BFM Business, le Banglar Joyjatra, un vraquier transportant 39 000 tonnes de bobines d’acier d’une valeur de 8,2 millions de dollars, a été bloqué du 28 février au 23 juin 2026. Son capitaine, Mohammad Shafiqul Islam, et ses 31 membres d’équipage ont vécu une épreuve marquée par le rationnement des vivres, des coupures de communication et des tensions géopolitiques croissantes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Banglar Joyjatra, un vraquier bangladais, a été immobilisé 115 jours dans le golfe Persique après des frappes militaires en février 2026, selon BFM Business.
  • Le navire transportait une cargaison de 8,2 millions de dollars et était immobilisé à moins de 25 milles nautiques du détroit d'Ormuz.
  • L’équipage a dû rationner l’eau et la nourriture pendant plus de deux mois, après avoir perdu ses communications par satellite.
  • Le capitaine a refusé d’évacuer malgré les consignes de l’ambassadeur du Bangladesh, dans l’espoir d’une résolution rapide de la crise.
  • Le détroit d'Ormuz n’a été franchi que le 23 juin, après quatre mois de blocage et malgré la présence de mines marines.
  • Le navire était affrété par une compagnie singapourienne et appartenait à la compagnie maritime publique du Bangladesh.

Une arrivée dans un golfe en pleine crise militaire

Le 26 février 2026, le Banglar Joyjatra arrive près du port de Jebel Ali, aux Émirats arabes unis, pour décharger sa cargaison de bobines d’acier. Dès son arrivée, l’équipage perçoit une atmosphère tendue, alors que les tensions entre l’Iran et une coalition menée par les États-Unis et Israël s’intensifient. « L’atmosphère était pesante et inquiétante », a confié plus tard le capitaine Mohammad Shafiqul Islam à BFM Business. Le navire, d’une valeur de 40 millions de dollars, devait décharger 39 000 tonnes de marchandises avant de poursuivre sa route.

Le 28 février au petit matin, alors que l’équipage s’apprête à commencer les opérations, un missile frappe un dépôt pétrolier situé à seulement 200 mètres du vraquier. En quelques heures, le port de Jebel Ali, d’ordinaire animé, plonge dans le silence. Les explosions se multiplient, et l’angoisse gagne l’ensemble de l’équipage. L’ambassadeur du Bangladesh aux Émirats arabes unis recommande alors au capitaine d’évacuer le navire, mais celui-ci choisit de rester à bord, espérant que la situation se calme rapidement.

Rationnement et isolement : l’équipage face à l’adversité

Dans les jours qui suivent, les communications par satellite du Banglar Joyjatra sont coupées, et son système de navigation tombe en panne. Le navire, immobilisé à moins de 25 milles nautiques du détroit d'Ormuz, se voit refuser l’autorisation de poursuivre sa route. Il est alors contraint de rebrousser chemin vers le port de Hamriyah, à Sharjah, où il reste ancré pendant plus de deux mois. Les réserves d’eau et de nourriture s’épuisent progressivement, obligeant l’équipage à mettre en place un rationnement strict.

« Nous avons décidé de rationner l’eau, en réduisant notre consommation de 20 tonnes par jour à seulement cinq tonnes », a expliqué le capitaine. Les vivres deviennent rares et coûteuses, et certains marins, pour la première fois en mer, vivent un traumatisme profond. « Parmi les 31 membres d’équipage figuraient de jeunes marins effectuant leur premier voyage en mer, une expérience qui les a profondément marqués », a-t-il souligné. Certains passaient leurs journées à réciter le Coran ou à regarder des vidéos sur TikTok, tandis que le capitaine tentait de maintenir le moral de l’équipage.

Un espoir de liberté éphémère et un nouveau refus

Le 8 avril, un cessez-le-feu est annoncé entre les belligérants. Le Banglar Joyjatra tente alors de franchir à nouveau le détroit d'Ormuz, mais se heurte au refus catégorique des Gardiens de la révolution iraniens. « D’une voix froide, l’officier a refusé de nous donner l’autorisation. Ses paroles résonnent encore dans mes oreilles », a déclaré le capitaine. Le chef mécanicien fait immédiatement demi-tour, et une tension palpable s’installe à bord. « Un frisson m’a parcouru l’échine », a-t-il confié.

Malgré ce nouveau contretemps, l’équipage conserve un mince espoir. Le capitaine, responsable de 31 vies humaines, d’un navire évalué à 40 millions de dollars et d’une cargaison de 8,2 millions de dollars, reste déterminé à protéger son bateau et son équipage. « J’ai essayé de rester calme parce que j’étais responsable de 31 vies », a-t-il rappelé. Pendant cette période, les marins doivent également composer avec la menace des mines marines, qui parsèment les eaux du détroit d'Ormuz.

Le franchissement du détroit, enfin

Ce n’est que le 23 juin 2026, après près de quatre mois d’immobilisation, que le Banglar Joyjatra obtient enfin l’autorisation de franchir le détroit d'Ormuz. « Un silence absolu régnait tandis que nous approchions du détroit », a décrit le capitaine. Après avoir traversé une zone potentiellement minée, le navire atteint enfin les eaux libres. « Puis, enfin, nous avons franchi le détroit. J’ai poussé un soupir de soulagement », a-t-il témoigné. Le retour à la normale marque la fin d’une épreuve physique et psychologique pour l’équipage, dont certains membres gardent des séquelles de cette longue immobilisation.

De retour au Bangladesh, Mohammad Shafiqul Islam, père de trois enfants et quinquagénaire expérimenté, assure qu’il compte « continuer à naviguer encore longtemps ». Son récit illustre les défis auxquels sont confrontés les marins commerciaux dans des zones de conflit, où les décisions politiques peuvent bouleverser en un instant des vies entières.

Et maintenant ?

Cette expérience met en lumière les risques encourus par les navires commerciaux traversant des zones de tension géopolitique. Selon des experts du secteur maritime, les armateurs pourraient être amenés à revoir leurs stratégies d’affrètement et leurs primes de risque pour les routes jugées dangereuses, comme celle du détroit d'Ormuz. Une réévaluation des protocoles de sécurité et des plans d’évacuation d’urgence pourrait également être envisagée par les compagnies maritimes, à la lumière de cet incident.

Les autorités bangladaises et singapouriennes n’ont pas encore réagi publiquement à cette affaire. Reste à voir si des mesures seront prises pour indemniser l’équipage ou renforcer la protection des navires civils dans les zones de conflit.

La cargaison du Banglar Joyjatra était estimée à 8,2 millions de dollars, selon les informations rapportées par BFM Business.

Le capitaine Mohammad Shafiqul Islam a choisi de rester à bord malgré les consignes d’évacuation de l’ambassadeur du Bangladesh, espérant que la situation se calmerait rapidement. Il était responsable de 31 vies, d’un navire de 40 millions de dollars et d’une cargaison de 8,2 millions de dollars, ce qui a motivé sa décision.