Le 4 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a relaxé Lydia Hadjara, ancienne membre du mouvement raëlien, dans une affaire de diffamation l’opposant à Claude Vorilhon, alias Raël, fondateur de l’organisation. La justice a reconnu « sa bonne foi » dans les violences sexuelles qu’elle dénonce dans son livre publié en 2025, mettant ainsi un terme à un procès qui aura duré plusieurs mois. « Cela fait du bien que l’on me dise que c’est vrai », a réagi Lydia Hadjara, visiblement émue, en évoquant les épreuves endurées, d’après BFM - Faits Divers.

Ce qu'il faut retenir

  • Relaxe pour Lydia Hadjara : le tribunal de Paris a reconnu sa « bonne foi » dans les accusations de violences sexuelles portées contre Raël, après une plainte en diffamation déposée par ce dernier.
  • 20 ans d’emprise : Lydia Hadjara, entrée dans le mouvement à l’âge de 4 ans avec sa mère, a subi des violences de 1986 à 2007 au sein du groupe fondé par Claude Vorilhon.
  • Témoignage accablant : dans son livre, elle décrit des scènes de violence sexuelle, des pratiques dégradantes et une emprise psychologique totale, incluant des rituels imposés dès l’enfance.
  • Reconnaissance judiciaire : la décision du tribunal marque une étape clé pour les victimes de dérives sectaires, même si Lydia Hadjara souligne que d’autres combats restent à mener, notamment contre les institutions censées lutter contre ces phénomènes.
  • Appel à l’action : elle exprime son souhait que son témoignage serve de jurisprudence et inspire d’autres victimes à briser le silence, tout en critiquant l’inaction des organismes comme la Miviludes ou l’UNADFI.

Un parcours marqué par l’emprise dès l’enfance

Lydia Hadjara a rejoint le mouvement raëlien à l’âge de 4 ans, suivant le chemin de sa mère, présentée comme sa « génitrice » dans son récit. « On me parlait des préceptes de Raël comme on parle de la Bible aux catholiques », explique-t-elle. Les souvenirs de son enfance oscillent entre des moments de bonheur apparent — des colonies de vacances organisées par le mouvement — et une réalité bien plus sombre, qui émerge à partir de 7 ou 8 ans. « J’ai vu des scènes que je n’aurais jamais dû voir », confie-t-elle, évoquant des pratiques sexuelles imposées à des enfants dans un contexte sectaire, selon BFM - Faits Divers.

Ces expériences précoces ont laissé des traces profondes. « J’ai appris à garder beaucoup de choses en moi », avoue-t-elle, évoquant des cauchemars récurrents et une dissociation entre son corps et son esprit. « Une partie de moi savait que ce n’était pas normal, mais on m’avait inculqué que c’était bien, que c’était ma mission. » Elle décrit une logique perverse où la souffrance était présentée comme une forme de bénédiction, renforçant ainsi l’emprise psychologique de Raël.

Une ascension dans la hiérarchie sectaire et l’horreur quotidienne

À 18 ans, Lydia Hadjara devient l’une des « élues des Elohim », un statut qui lui confère un rôle particulier auprès de Raël. « Il fallait être dans ses goûts, physiquement et intellectuellement », précise-t-elle. Sa vie se recentre alors sur la satisfaction des désirs du gourou, incluant des pratiques sexuelles imposées, des rituels dégradants et une obéissance absolue. « Mon quotidien était entièrement dédié à lui : son ménage, sa nourriture, ses déplacements, et bien sûr, son intimité. » Elle décrit une soumission totale, où même les actes les plus violents étaient perçus comme des « tests » ou des « rites de passage ».

Parmi les pratiques les plus choquantes, elle évoque des scènes de zoophilie. « Raël avait une tendance à la zoophilie », révèle-t-elle, précisant avoir été préparée à se masturber en pensant à des chiens pour exciter le gourou. « Je ne me posais pas plus de questions, car je m’interdisais de douter. Un jour, lors d’une balade, il a fait faire des choses à des chiens sur moi. » Ces actes, imposés sans aucun consentement, illustrent l’ampleur de la violence subie pendant des décennies.

Le déclic et la fuite : une décision salvatrice

Le tournant dans sa vie survient lors d’un repas avec d’autres femmes du mouvement. Après avoir manqué une réunion, elle est publiquement humiliée par Raël, qui la place sur le coin de la table en signe de punition. « J’ai regardé une serveuse qui nous observait avec pitié, puis mes “copines”, dont les visages se sont déformés. C’est à ce moment-là que j’ai eu peur, et que j’ai pris la décision de partir. » Ce geste, non prémédité, marque son premier contact avec sa véritable identité, loin de l’emprise sectaire. « J’ai eu un instant de survie qui m’a sauvé la vie », confie-t-elle.

Le 4 juin 2026, la justice lui a donné raison en la relaxant de la plainte en diffamation déposée par Raël. Une victoire personnelle, mais aussi collective, selon elle. « Je ne veux pas que mes enfants subissent les conséquences de mes actes. Je l’ai fait pour eux, pour qu’ils n’aient pas à entendre que leur mère est une menteuse. » Cette décision judiciaire renforce sa conviction que la vérité finit toujours par émerger, malgré les mécanismes d’omerta propres aux sectes.

Un combat contre l’oubli et pour les victimes

Malgré sa libération, Lydia Hadjara reste lucide sur les défis qui l’attendent. Elle critique ouvertement les institutions françaises chargées de lutter contre les dérives sectaires, comme la Miviludes ou l’UNADFI, qu’elle juge « inefficaces » et « trop timorées ». « Il faut être radical, ne rien laisser passer, parce que tout le monde peut être concerné », martèle-t-elle. Son objectif ? Travailler un jour pour l’État afin de « faire sauter » ces organismes, qu’elle accuse de ne pas prendre la mesure de l’ampleur du phénomène, notamment sur les réseaux sociaux. « Les sectes se sont emparées des plateformes comme TikTok ou Instagram pour recruter. C’est une catastrophe », dénonce-t-elle.

Elle refuse par ailleurs toute forme de solidarité avec d’anciens membres du mouvement, qu’elle juge trop marqués par le passé pour envisager un avenir commun. « Certains ont essayé de me parler, mais c’est trop lourd. Si on ne parle pas de ces expériences pour en faire quelque chose, ça ne sert à rien. » Pour elle, le témoignage doit servir à protéger d’autres victimes, et non à ressasser des souffrances passées. « Ce que l’on pense de moi, j’en ai rien à foutre. Je ne peux pas avoir honte de ce que j’ai subi », assène-t-elle.

Et maintenant ?

La relaxe de Lydia Hadjara pourrait inciter d’autres victimes à briser le silence, d’autant que le mouvement raëlien reste sous surveillance après des décennies de controverses. Les prochaines étapes pourraient inclure des enquêtes supplémentaires sur les pratiques sectaires en France, ainsi qu’un renforcement des dispositifs de prévention, notamment en ligne. La Miviludes, souvent pointée du doigt pour son manque de moyens, pourrait faire l’objet d’un audit dans les mois à venir. Reste à voir si cette affaire servira de catalyseur pour une prise de conscience collective.

Pour Lydia Hadjara, l’essentiel est ailleurs : « Ma victoire, ce n’est pas seulement d’avoir gagné au tribunal. C’est que mes enfants sachent que j’ai eu le courage de me battre pour eux. » Elle espère désormais que son histoire inspirera d’autres victimes à sortir de l’ombre, sans craindre les représailles. « Il faut que cela fasse jurisprudence. Je veux que d’autres n’aient plus peur. »

Raël, de son vrai nom Claude Vorilhon, est le fondateur du mouvement raëlien, une organisation fondée en 1974 qui prône la croyance en des extraterrestres, appelés les « Elohim ». Le mouvement, considéré comme une secte par plusieurs rapports parlementaires, est connu pour ses prises de position controversées, notamment sur la sexualité, la génétique et la transhumanisme. Il compte plusieurs milliers de membres à travers le monde, dont une partie en France.

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) est un organisme français chargé de surveiller et de lutter contre les mouvements sectaires. Lydia Hadjara l’accuse de ne pas être assez efficace, notamment face à la montée des dérives sur les réseaux sociaux. Elle estime que l’institution manque de moyens et de radicalité pour agir efficacement contre ces phénomènes.