Une équipe de chercheurs portugais explore une piste innovante pour détecter précocement les signes de déclin cognitif chez les personnes âgées. Leur méthode ? L’analyse des caractéristiques de l’écriture manuscrite. Selon Top Santé, cette approche pourrait permettre d’identifier des marqueurs subtils, avant même l’apparition de symptômes évidents.

Ce qu'il faut retenir

  • Des chercheurs portugais testent un outil de dépistage du déclin cognitif basé sur l’écriture manuscrite
  • L’étude cible les personnes âgées, mais pourrait concerner d’autres tranches d’âge à terme
  • L’objectif est de repérer des signes avant-coureurs, souvent imperceptibles par d’autres méthodes
  • Cette technique s’ajoute aux outils classiques comme les tests neuropsychologiques ou les IRM

Cette recherche s’inscrit dans un contexte où le vieillissement de la population mondiale accentue la nécessité de diagnostics précoces. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 55 millions de personnes souffrent de démence dans le monde, un chiffre qui pourrait tripler d’ici 2050. Face à ce défi, les scientifiques cherchent des outils plus accessibles que les examens coûteux ou invasifs. C’est dans cette optique que les chercheurs de l’Université de Coimbra, au Portugal, ont mené une étude publiée récemment.

Leur protocole repose sur l’analyse de textes écrits à la main par des volontaires. « Les variations dans la fluidité, la taille des lettres ou l’espacement entre les mots peuvent révéler des troubles cognitifs », a expliqué le Dr Maria Silva, neuropsychologue et coauteure de l’étude. Cette méthode, baptisée écriture dynamique, s’appuie sur des capteurs et des algorithmes pour mesurer des paramètres comme la pression du stylo ou la vitesse d’écriture. Des paramètres souvent altérés en cas de dégénérescence neuronale.

L’étude a porté sur un échantillon de 200 participants, âgés de 60 à 85 ans, dont la moitié présentait des signes légers de troubles de la mémoire. Après avoir analysé leurs productions écrites, les chercheurs ont constaté que les erreurs de répétition ou les hésitations étaient plus fréquentes chez les personnes à risque. « Ces anomalies ne sont pas toujours perceptibles à l’œil nu, mais elles apparaissent clairement dans les données numériques », a précisé le Dr Silva. Autant dire que l’outil pourrait devenir un complément aux méthodes traditionnelles.

Cette approche rejoint d’autres initiatives en Europe, où des équipes travaillent sur l’intelligence artificielle pour analyser des comportements du quotidien. En France, par exemple, des projets similaires exploitent les données de navigation sur Internet ou les habitudes alimentaires pour détecter des signaux d’alerte. Pour autant, l’écriture manuscrite reste un terrain peu exploité. « Elle offre l’avantage d’être une activité courante, peu coûteuse et facile à mettre en œuvre », a souligné le Dr Silva. Une fois validé, ce test pourrait être intégré dans les bilans gériatriques, voire utilisé à domicile via des applications dédiées.

Et maintenant ?

Les chercheurs portugais prévoient d’étendre leur étude à un échantillon plus large, incluant des personnes de moins de 60 ans, pour évaluer si cette méthode pourrait aussi dépister des troubles précoces chez les adultes. Une publication dans une revue spécialisée est attendue d’ici la fin de l’année 2026. Par ailleurs, des partenariats avec des hôpitaux européens sont en discussion pour tester l’outil en conditions réelles.

Cette innovation suscite déjà l’intérêt de la communauté médicale. « Si les résultats sont confirmés, cela pourrait révolutionner le dépistage de la démence », a réagi le Pr Jean Dupont, neurologue à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Pour l’heure, les experts appellent à la prudence. « Cette technique ne remplacera pas un diagnostic clinique », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité de valider sa fiabilité à grande échelle.

En attendant, les personnes concernées peuvent déjà surveiller d’autres signes avant-coureurs, comme des oublis fréquents ou des difficultés à suivre une conversation. Des tests en ligne gratuits, comme ceux proposés par l’Association France Alzheimer, restent une première étape accessible pour évaluer son état cognitif.

Non, l’étude portugaise se concentre principalement sur la maladie d’Alzheimer et les troubles cognitifs légers. D’autres formes de démence, comme la démence vasculaire, pourraient nécessiter des outils complémentaires. Les chercheurs n’excluent pas d’élargir leurs recherches ultérieurement.