Lors d’une intervention chirurgicale à Lyon visant à retirer un kyste à l’œil gauche d’une patiente, les médecins ont fait une découverte pour le moins inattendue : une lentille de contact perdue en 1990, piégée dans sa paupière. Selon Futura Sciences, qui relate ce cas médical exceptionnel publié en 2018 dans la revue BMJ Case Reports, cet incident illustre les conséquences parfois surprenantes de traumatismes oculaires anciens, même lorsqu’ils remontent à plusieurs décennies.

Ce qu'il faut retenir

  • Une patiente de 48 ans a subi une opération pour un kyste à l’œil gauche, où les chirurgiens ont découvert une lentille de contact perdue 28 ans plus tôt.
  • La lentille, identifiée comme une lentille rigide perméable aux gaz, avait migré dans la paupière après un choc reçu lors d’une partie de badminton en 1990.
  • La patiente n’avait aucun souvenir d’avoir porté des lentilles et n’en avait plus porté depuis cet incident.
  • Le kyste s’était formé progressivement, provoquant un léger affaissement de la paupière gauche et un gonflement sur six mois.
  • Selon les médecins, la conjonctive a joué un rôle protecteur, limitant les complications malgré la présence prolongée de l’objet étranger.

Un diagnostic initial qui cache une histoire vieille de près de trois décennies

En 2026, une femme de 48 ans consulte un ophtalmologue après avoir remarqué un gonflement progressif de sa paupière gauche et un affaissement de son œil, symptômes apparus six mois plus tôt. L’examen clinique révèle une petite boule sous la peau de la paupière. Une IRM est alors prescrite, confirmant la présence d’un kyste nécessitant une ablation chirurgicale. C’est lors de l’intervention, menée à Lyon, que les chirurgiens découvrent avec stupéfaction un objet insolite à l’intérieur du kyste : une lentille de contact extrêmement abîmée et fragile.

Stupéfaits par cette trouvaille, les médecins interrogent la patiente sur les circonstances de cette découverte. Celle-ci, ne portant plus de lentilles depuis des années, n’a aucun souvenir d’avoir perdu un tel objet. Le mystère ne sera résolu que grâce à l’intervention de sa mère, qui relate un incident survenu en 1990, alors que la patiente n’avait que 14 ans.

Un volant de badminton à l’origine d’un oubli de 28 ans

La mère de la patiente explique aux médecins que sa fille avait perdu une lentille de contact lors d’une partie de badminton en 1990. Après avoir reçu un volant dans l’œil gauche, la jeune fille avait cru que sa lentille était tombée par terre, sans pouvoir la retrouver. À l’époque, un traitement avait été prescrit pour résorber le gonflement de la paupière, puis les symptômes avaient disparu. La patiente n’avait plus jamais porté de lentilles depuis cet incident.

Les médecins ont reconstitué le scénario : lors du choc, la lentille aurait été projetée dans la paupière gauche, où elle serait restée piégée pendant 28 ans, migrant progressivement pour former un kyste. Selon le rapport publié dans BMJ Case Reports, cette migration lente explique pourquoi la patiente n’a ressenti aucune douleur majeure avant la consultation récente. « La plupart des organes autour de l’œil sont insensibles », a précisé le Dr David Schapiro, ophtalmologue et spécialiste en chirurgie des paupières, interrogé par Futura Sciences.

Une lentille bien tolérée malgré 28 ans de présence dans l’œil

Le Dr Schapiro a également souligné que la conjonctive, membrane protectrice de l’œil, joue un rôle clé dans la tolérance des corps étrangers. « Vivre des années avec une lentille comme cette patiente, c’est possible sur le plan médical. La conjonctive est un organe qui se défend contre les infections, et la lentille est faite pour être relativement bien tolérée », a-t-il expliqué. Dans ce cas précis, l’organisme a encapsulé la lentille dans un kyste, limitant ainsi les risques d’infection ou d’inflammation sévère.

La patiente, dont l’œil gauche présentait un léger ptosis (affaissement de la paupière), n’avait jamais présenté de symptômes alarmants, si ce n’est une gêne esthétique croissante. L’opération a permis non seulement de retirer le kyste, mais aussi de résoudre un mystère médical vieux de près de trois décennies. Les images de la lentille, publiée dans le rapport de 2018, montrent un objet déformé, presque méconnaissable, mais dont la forme initiale reste identifiable.

Et maintenant ?

Ce cas rare pourrait inciter les ophtalmologues à envisager des antécédents de traumatismes oculaires anciens lors du diagnostic de kystes ou de gonflements persistants des paupières. Les spécialistes pourraient aussi recommander un examen plus approfondi, incluant une imagerie par IRM ou échographie, pour écarter la présence d’objets étrangers dans les cas inexpliqués. Aucune complication postopératoire n’a été signalée, et la patiente a pu retrouver un aspect normal de sa paupière.

Un rappel sur les lentilles de contact et les risques associés

Selon les dernières données disponibles, environ 15 % des Français utilisent des lentilles de contact pour corriger leur vision, contre 78 % pour les lunettes, d’après un sondage Santéclair réalisé en 2020. Les lentilles rigides perméables aux gaz, comme celle retrouvée dans ce cas, étaient couramment utilisées dans les années 1980 et 1990. Leur port prolongé sans suivi régulier peut entraîner des complications, notamment en cas de traumatisme oculaire.

Les experts rappellent l’importance de respecter les règles d’hygiène et de ne pas prolonger le port des lentilles au-delà des durées recommandées. Un contrôle annuel chez un ophtalmologue est également conseillé pour détecter d’éventuels problèmes, même en l’absence de symptômes. Les lentilles cosmétiques, souvent portées pour des raisons esthétiques, présentent des risques supplémentaires et doivent être manipulées avec une hygiène irréprochable.

Après un choc à l’œil, il est recommandé de consulter rapidement un ophtalmologue en cas de douleur persistante, de baisse de vision, de rougeur importante ou de sensation de corps étranger. Même si les symptômes disparaissent, un suivi est conseillé pour écarter tout risque de complication à long terme.

Ce cas médical, bien que spectaculaire, rappelle que le corps humain peut parfois « oublier » des traumatismes anciens, les encapsulant pour les rendre inoffensifs. Une preuve supplémentaire que la médecine reste pleine de surprises, même après des décennies.