Une chondrite carbonée découverte en juin 2024 dans le sud du Maroc présente des caractéristiques si proches de celles des astéroïdes Ryugu et Bennu que les scientifiques évoquent un possible lien avec ces corps célestes étudiés par les missions spatiales japonaises et américaines. Selon Futura Sciences, cette météorite, baptisée Oued Chebeika 002, a été identifiée comme une chondrite de type CI1, une catégorie extrêmement rare dont la composition chimique se rapproche de celle du Soleil.
Ce qu'il faut retenir
- La météorite Oued Chebeika 002, découverte en juin 2024 dans la vallée de l’oued Chebeika (Maroc), est classée comme une chondrite carbonée de type CI1, l’une des plus anciennes et rares du Système solaire.
- Son analyse révèle des similitudes troublantes avec les échantillons des astéroïdes Ryugu (mission Hayabusa 2) et Bennu (mission Osiris-Rex), notamment la présence de carbonates et de grains pré-solaires.
- Les chercheurs français à l’origine de sa découverte suggèrent qu’elle pourrait provenir d’un corps parent commun, nommé Naunet, une déesse égyptienne des eaux primordiales.
- Le premier fragment, pesant 43,4 grammes, a été officiellement reconnu par la Meteoritical Society le 22 octobre 2024, portant la masse totale collectée à 418 grammes.
- Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur l’origine de l’eau et des molécules organiques dans le Système solaire, ainsi que sur la formation des planètes.
Une trouvaille exceptionnelle dans le désert marocain
Le 10 juin 2024, plusieurs fragments de la météorite Oued Chebeika 002 ont été découverts dans la vallée de l’oued Chebeika, située dans la province de Tan-Tan, région de Guelmim-Oued Noun. Selon Futura Sciences, ces échantillons se distinguent par la présence d’une croûte de fusion intacte, signe d’une chute récente et d’une altération minimale depuis leur arrivée sur Terre. Les chondrites CI1, comme celle-ci, sont considérées comme des témoins privilégiés de la formation du Système solaire, il y a plus de 4,5 milliards d’années.
Parmi les particularités de cette météorite, les scientifiques notent la présence d’une odeur d’hydrocarbures, d’inclusions blanches comparables à des carbonates observés sur Ryugu, et de minuscules grains métalliques jaunes jamais identifiés auparavant dans ce type de météorite. Ces caractéristiques ont immédiatement interpellé les chercheurs, dont Jean Redelsperger, chasseur de météorites français qui a participé à sa collecte.
Un lien potentiel avec les astéroïdes Bennu et Ryugu
Les analyses menées par Jérôme Gattacceca, scientifique au Cerege à Aix-en-Provence, ont confirmé les premières observations. Les valeurs magnétiques de la météorite se sont révélées très proches de celles de la célèbre météorite d’Orgueil, une chondrite CI1 déjà connue. Mais c’est l’étude de sa composition isotopique et minéralogique qui a révélé des points communs troublants avec les astéroïdes Bennu et Ryugu, étudiés respectivement par les missions Osiris-Rex de la Nasa et Hayabusa 2 de la Jaxa.
Selon les chercheurs français, ces trois objets pourraient provenir d’un même corps parent, nommé Naunet, une hypothèse soutenue par un article publié dans la revue Meteoritics & Planetary Science. Cette théorie s’inscrit dans le cadre des recherches actuelles sur la migration des petits corps célestes dans le jeune Système solaire, certains ayant pu se former bien au-delà de l’orbite de Saturne avant d’être projetés vers l’intérieur.
Une découverte qui bouleverse les connaissances en cosmochimie
Pour la communauté scientifique, la découverte d’Oued Chebeika 002 représente un véritable « tsunami », comme le souligne Jean Redelsperger dans ses échanges avec Futura Sciences. « J’avais l’impression de tenir le Graal », a-t-il confié, évoquant l’émotion ressentie lors de l’analyse des premiers échantillons. Les scientifiques disposent désormais d’un nouveau maillon pour comprendre l’origine de l’eau sur Terre et les mécanismes de formation des planètes géantes comme Uranus et Neptune.
Les chondrites CI1, comme celle-ci, sont en effet considérées comme des archives fossiles du Système solaire. Leur étude pourrait révéler des indices sur la présence de molécules organiques complexes, précurseurs de la vie, et sur les conditions régnant lors de la naissance du Soleil et de ses planètes. Les missions spatiales Osiris-Rex et Hayabusa 2 ont déjà permis de collecter des échantillons de Bennu et Ryugu, mais la découverte d’Oued Chebeika 002 offre aux chercheurs une occasion unique d’étudier un objet similaire sans quitter la Terre.
Un réseau de collectionneurs et de scientifiques au cœur de la découverte
La collecte de la météorite Oued Chebeika 002 illustre le rôle clé des chasseurs de météorites, souvent des passionnés qui collaborent avec des scientifiques pour faire avancer la recherche. Jean Redelsperger, l’un des principaux acteurs de cette découverte, a été alerté par son fournisseur marocain, Mohamed El Guirah, qui lui a envoyé des photos de pierres noires trouvées près d’Abteh. Malgré des doutes initiaux en raison de la qualité des clichés, Redelsperger a finalement acquis les échantillons après avoir identifié une croûte de fusion caractéristique.
L’authenticité de la météorite a été confirmée le 4 septembre 2024 lors d’une analyse au Cerege, en présence d’Arnaud Valz-Blin. La publication officielle de sa découverte dans le Meteoritical Bulletin le 22 octobre 2024 a marqué une étape importante pour la communauté scientifique, permettant désormais une étude approfondie de ses propriétés.
Reste à voir si cette piste confirmera l’hypothèse d’un corps parent commun, Naunet, ou si elle ouvrira de nouvelles pistes sur les migrations des astéroïdes dans le Système solaire. Une chose est sûre : les météorites comme Oued Chebeika 002 continuent de jouer un rôle central dans l’exploration de nos origines cosmiques.
Les chondrites CI1 sont les météorites les plus primitives connues, avec une composition chimique quasi identique à celle du Soleil. Leur rareté s’explique par leur fragilité : elles se désagrègent facilement lors de leur entrée dans l’atmosphère ou après leur chute. Leur étude permet de remonter aux conditions régnant lors de la formation du Système solaire, il y a plus de 4,5 milliards d’années, et de mieux comprendre l’origine de l’eau et des molécules organiques sur Terre.