Une équipe internationale d’astrophysiciens vient de confirmer l’existence d’un phénomène jamais observé auparavant : une paire de supernovas issues de deux étoiles massives ayant explosé à quelques milliers d’années d’intervalle. Selon Futura Sciences, cette découverte, publiée le 27 juillet 2026 dans Nature Communications, bouleverse les modèles théoriques sur l’évolution des étoiles binaires dans la Voie lactée.
Ce qu'il faut retenir
- Deux rémanents de supernova, IC 443 et G189.6+3.3, ont été identifiés comme provenant de deux explosions stellaires distinctes mais proches dans le temps et l’espace.
- Ces deux phénomènes se sont produits à environ 6 000 années-lumière de la Terre, dans la constellation des Gémeaux.
- Les étoiles génitrices, toutes deux d’une masse supérieure à 10 fois celle du Soleil, ont explosé à des intervalles estimés entre 11 000 et 120 000 ans.
- Cette découverte a été rendue possible grâce à l’analyse conjointe de données recueillies sur 16 ans par le télescope spatial Fermi de la Nasa, ainsi que par des observatoires en rayons X, optique et radio.
- Les bulles de matière en expansion des deux explosions entrent en collision avec un même nuage d’hydrogène interstellaire, confirmant leur lien génétique.
Des étoiles binaires, une théorie confirmée par l’observation
On sait depuis des décennies que la majorité des étoiles de la Voie lactée évoluent en couple, formant des systèmes binaires. Certains de ces systèmes, lorsqu’ils incluent une naine blanche, peuvent donner naissance à des supernovas de type SN Ia après une phase d’accrétion de matière. D’autres étoiles, plus massives, terminent leur vie en supernovas de type SN II, laissant derrière elles des restes stellaires comme la célèbre nébuleuse du Crabe. Pourtant, jusqu’à présent, aucun couple de rémanents de supernova n’avait été identifié dans notre galaxie.
« La théorie prédisait l’existence de tels couples, mais aucune preuve observationnelle n’avait été trouvée », explique Miltiadis Michailidis, chercheur postdoctoral à l’université de Stanford et auteur principal de l’étude. « Cette découverte valide enfin un scénario que les astrophysiciens suspectaient depuis longtemps. »
IC 443 et G189.6+3.3 : deux explosions, un même destin
Le premier rémanent, IC 443 — également surnommé la nébuleuse de la Méduse en raison de sa forme évoquant une méduse cosmique —, est l’un des restes de supernova les plus étudiés de la Voie lactée. Situé à environ 6 000 années-lumière dans la constellation des Gémeaux, il abrite une étoile à neutrons, vestige ultradense de l’effondrement du cœur stellaire. Son explosion remonte à environ 8 000 à 9 000 ans.
Le second rémanent, G189.6+3.3, a été détecté pour la première fois en 1994 grâce aux observations en rayons X de la mission Rosat. Sa nature de reste de supernova n’a été confirmée que récemment, grâce aux données du satellite Spektrum Roentgen Gamma (SRG), un observatoire spatial russo-allemand. Son explosion daterait d’entre 20 000 et 110 000 ans.
Une collision cosmique révélée par les rayons gamma
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé 16 années de données collectées par le télescope Fermi de la Nasa, spécialisé dans l’étude des rayons gamma. En croisant ces informations avec des observations réalisées dans le domaine des rayons X, optique, infrarouge et radio, l’équipe a pu établir que les bulles de matière en expansion des deux supernovas entraient en collision avec un même nuage d’hydrogène interstellaire. Cette interaction a fourni la preuve définitive de leur lien génétique.
« Les deux explosions ont dû se produire à des intervalles suffisamment rapprochés à l’échelle cosmique pour que leurs rémanents interagissent encore aujourd’hui », précise Michailidis. « C’est la première fois que nous observons une telle configuration dans notre galaxie. »
Une avancée rendue possible par la technologie moderne
Cette découverte illustre l’importance des observatoires spatiaux et des télescopes terrestres dans l’étude des phénomènes cosmiques. Les données utilisées proviennent de plusieurs missions emblématiques : Fermi pour les rayons gamma, Rosat et SRG pour les rayons X, Swift pour l’ultraviolet, WISE pour l’infrarouge, et DSS pour l’optique. Ces instruments, combinés à des techniques d’analyse multi-longueurs d’onde, ont permis de reconstruire l’histoire de ces deux explosions stellaires.
Selon Futura Sciences, cette avancée ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les systèmes binaires massifs et leurs restes. « Jusqu’ici, nous ne pouvions qu’émettre des hypothèses. Désormais, nous disposons d’un cas concret pour affiner nos modèles », souligne un astrophysicien cité par la revue.
Cette première mondiale rappelle que, malgré les progrès technologiques, l’Univers réserve encore de nombreuses surprises. Comme le note Michailidis : « Dans une galaxie où des milliards d’étoiles évoluent en silence, il suffit parfois d’un peu de patience et de la bonne combinaison d’instruments pour faire une découverte majeure. »
Les rémanents de supernova sont des structures très diffuses et leur détection nécessite des instruments sensibles sur de longues périodes. De plus, les intervalles entre les explosions de deux étoiles massives d’un même système sont souvent trop longs pour que leurs rémanents restent visibles simultanément. Enfin, leur superposition dans le ciel rend leur distinction difficile sans une analyse multi-longueurs d’onde poussée.