Une enquête britannique révèle les circonstances troubles de la mort de Janet Fordham, une retraitée de 69 ans, retrouvée sans vie en février 2023 au Ghana. Selon le Figaro, la victime avait été victime d’une arnaque de grande ampleur perpétrée par des brouteurs, ces cybercriminels ouest-africains spécialisés dans les escroqueries sentimentales. Les autorités judiciaires du comté de Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre, ont conclu que son décès était lié à un traumatisme crânien consécutif à un accident de la route.

Ce qu'il faut retenir

  • Janet Fordham, 69 ans, a été retrouvée morte le 14 février 2023 au Ghana, des suites d’un traumatisme crânien.
  • La retraitée avait envoyé entre 800 000 et 1 million de livres sterling (soit près d’un million d’euros) à ses escroqueurs entre 2017 et 2022.
  • Pour financer ces transferts, elle avait vendu sa maison et ses terres au Royaume-Uni, vivant ensuite dans une caravane.
  • En octobre 2022, elle s’est rendue au Ghana après avoir été contactée par un homme se faisant passer pour un médecin, qui lui promettait de l’aider à récupérer son argent.
  • Son décès est survenu lors d’un accident de voiture, alors qu’elle se rendait chez un membre de la famille de son interlocuteur ghanéen.

Une arnaque qui a duré cinq ans

Janet Fordham, ancienne gouvernante britannique, a été piégée dès 2017 par des brouteurs basés en Afrique de l’Ouest. Selon les investigations du comté de Devon, elle a d’abord été en contact avec un homme prétendant être un sergent-major de l’armée britannique déployé en Syrie. Ce dernier lui a demandé de l’aide pour faire livrer des lingots d’or au Royaume-Uni, une escroquerie classique des réseaux de brouteurs. Malgré les avertissements de sa belle-fille, Melanie Fordham, qui lui avait conseillé de ne pas envoyer d’argent, Janet Fordham a cédé et transféré 150 000 livres sterling.

Peu après, un deuxième brouteur, se présentant comme un diplomate, a pris contact avec elle. Les transferts se sont poursuivis, cette fois via des virements bancaires, des mandats postaux et même des agents de voyages. Entre 2017 et 2022, la retraitée a envoyé entre 800 000 et 1 million de livres sterling à ses escroqueurs. Pour couvrir ces pertes, elle a vendu son domicile et ses terres, avant de vivre dans une caravane dans le comté de Devon. Malgré les alertes répétées de sa famille et des forces de l’ordre, elle a persisté dans ses transferts, refusant de croire à la supercherie.

Un voyage au Ghana pour récupérer son argent

En 2022, un homme se présentant comme un médecin, et connu sous le nom de Kofi à Accra, a contacté Janet Fordham par message. Il lui a affirmé avoir découvert qu’elle avait été victime d’une arnaque et lui a proposé de l’aider à récupérer son argent. Convaincue, la retraitée a décidé de se rendre au Ghana en octobre 2022. Sa belle-fille, Melanie Fordham, a déclaré au Guardian : « Elle nous disait qu’elle était très amoureuse de cet homme et qu’ils allaient se marier. Elle était convaincue qu’il allait bientôt prendre sa retraite pour revenir au Royaume-Uni avec elle. »

Au fil des mois, la relation entre Kofi et Janet Fordham a évolué vers une romance. La retraitée a même accepté d’épouser son interlocuteur. Le 14 février 2023, jour de la Saint-Valentin, le couple s’est rendu en voiture chez un membre de la famille de Kofi pour discuter des préparatifs du mariage. C’est lors de ce trajet que l’accident s’est produit : la voiture, conduite par Kofi, a quitté la route et a fait un tonneau. Janet Fordham, qui n’était pas attachée, a succombé à un traumatisme crânien, selon le médecin légiste.

Des circonstances suspectes et des incohérences

Si Kofi a reconnu une infraction routière, les proches de Janet Fordham estiment que sa mort pourrait cacher des circonstances plus troubles. Dans une cagnotte en ligne ouverte en 2023 pour financer le rapatriement de son corps, la famille a écrit : « En tant que famille, nous avons besoin de faire notre deuil, de savoir ce qui s’est passé et de traduire en justice ceux qui l’ont si maltraitée et arrachée à ses proches. » Le médecin légiste a, quant à lui, souligné l’existence de quelques incohérences dans l’enquête, notamment en raison d’un manque de preuves.

La police du comté de Devon avait pourtant tout mis en œuvre pour dissuader Janet Fordham de continuer à envoyer de l’argent. Le détective Ben Smith a indiqué lors des investigations que les autorités avaient « tout fait pour convaincre Janet de ne pas avoir de contact avec les criminels et de ne pas remettre d’argent ». Malgré ces mises en garde, la retraitée a persisté dans sa démarche, convaincue qu’elle pourrait récupérer tout ou partie de la somme perdue.

Les brouteurs, une menace grandissante en Afrique de l’Ouest

Les brouteurs, ces cybercriminels ouest-africains, ciblent principalement les personnes vulnérables via des plateformes de rencontres en ligne. Leur mode opératoire repose sur la manipulation émotionnelle, souvent en se faisant passer pour des militaires, des diplomates ou des professionnels travaillant à l’étranger. Selon les autorités britanniques, Janet Fordham est loin d’être un cas isolé. En 2025, des centaines de brouteurs ont été interpellés à travers l’Afrique dans le cadre d’opérations coordonnées contre ces réseaux d’arnaque sentimentale et de sextorsion.

Cette affaire illustre la vulnérabilité des victimes de ces escroqueries, souvent âgées et isolées. Melanie Fordham a déclaré : « Je pense qu’elle a compris qu’elle avait été arnaquée, mais elle a d’abord eu du mal à l’accepter. Nous ne savons pas comment Janet est passée d’une fraude à l’autre. » Les transferts d’argent, parfois effectués en plusieurs fois et via différents canaux, rendent le travail des enquêteurs particulièrement complexe.

Et maintenant ?

L’enquête britannique sur la mort de Janet Fordham devrait se poursuivre afin de déterminer si des responsabilités pénales peuvent être engagées. Les autorités ghanéennes n’ont pas encore communiqué sur d’éventuelles suites judiciaires concernant Kofi. Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer le débat sur la protection des victimes de brouteurs, notamment en renforçant la coopération internationale contre ces réseaux criminels. En 2026, plusieurs pays européens devraient renforcer leurs dispositifs de lutte contre les escroqueries en ligne, avec un accent particulier sur les arnaques sentimentales.

Les brouteurs restent une menace majeure, exploitant la vulnérabilité émotionnelle et financière de leurs victimes. Leur mode opératoire évolue constamment, rendant leur traque plus complexe pour les forces de l’ordre. Pour les familles de victimes, comme celle de Janet Fordham, la quête de justice et de vérité reste un combat long et difficile.

Un brouteur est un cybercriminel ouest-africain spécialisé dans les escroqueries en ligne, notamment les arnaques sentimentales. Ces individus se font souvent passer pour des militaires, des diplomates ou des professionnels travaillant à l’étranger afin de manipuler leurs victimes et leur soutirer de l’argent.

En France, il est possible de signaler une arnaque aux brouteurs via la plateforme Signal Spam ou en contactant les services de police ou de gendarmerie. Les victimes peuvent également se tourner vers des associations spécialisées dans la lutte contre les fraudes en ligne.