Selon BFM Business, les voyageurs russes devront composer avec un choix de destinations étrangères en chute libre cet été. À partir du mois de juin, seulement trente pays seront accessibles en vol direct depuis la Russie, soit treize de moins qu’en hiver dernier. Autant dire que les possibilités de vacances à l’étranger se réduisent comme peau de chagrin pour des millions de citoyens, alors que la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales continuent de peser sur l’économie et les transports.

Ce qu'il faut retenir

  • Seulement 30 pays accessibles en vols directs depuis la Russie à partir de juin 2026, contre 43 en hiver dernier et près de 90 pendant l’ère soviétique.
  • 15 pays touristiques stables restent viables après élimination des destinations instables ou peu attractives, selon l’Association des tour-opérateurs de Russie (ATOR).
  • Les voyageurs doivent désormais passer par des correspondances complexes, allongeant les trajets de 50 % et augmentant significativement le coût des billets.
  • Le tourisme domestique progresse de 7,5 à 8,5 %, mais les réservations reculent dans certaines régions russes en raison des attaques ukrainiennes.
  • Parmi les destinations encore accessibles figurent la Turquie, les Émirats arabes unis, l’Égypte, la Chine ou encore l’Inde.

Un accès en forte diminution depuis le début de la guerre en Ukraine

Le secteur aérien russe explique cette situation par plusieurs facteurs : la hausse du prix du kérosène, la saisonnalité et les contraintes géopolitiques. Pourtant, c’est bien l’isolement international consécutif à l’invasion de l’Ukraine qui joue un rôle central. Depuis 2022, de nombreux pays ont fermé leur espace aérien aux compagnies russes, tandis que les sanctions économiques ont limité les capacités des transporteurs nationaux. Résultat : les Russes ne peuvent plus se rendre directement que dans une poignée de destinations, alors qu’à l’époque soviétique, près de quatre-vingt-dix pays étaient accessibles sans escale.

Cette réduction drastique des liaisons aériennes directes s’inscrit dans un contexte de pressions économiques croissantes sur Moscou. Les compagnies aériennes russes, comme Aeroflot ou Rossiya Airlines, doivent composer avec des coûts opérationnels élevés et des restrictions logistiques majeures. Selon des experts du secteur cités par BFM Business, ces difficultés devraient persister tant que les sanctions ne seront pas levées, ce qui semble peu probable à court terme.

Une liste de destinations en constante évolution et de plus en plus restreinte

Parmi les trente pays encore accessibles en vol direct depuis la Russie, on retrouve principalement des pays situés en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les destinations les plus prisées incluent la Turquie, les Émirats arabes unis, l’Égypte, la Chine, l’Inde, le Maroc ou encore l’Ouzbékistan. En revanche, des pays comme l’Irak ou l’Afghanistan, bien que théoriquement accessibles, sont souvent exclus des itinéraires en raison de leur instabilité politique.

L’Association des tour-opérateurs de Russie (ATOR) a tenté de dresser un bilan plus précis. En retirant de la liste les destinations jugées peu attractives ou trop risquées, elle estime que seuls quinze pays présentent un intérêt touristique réel. Les autres se limitent à des escales techniques ou à des marchés de niche. Pour les voyageurs souhaitant se rendre dans des pays non desservis directement, comme les États-Unis, le Japon ou la plupart des pays européens, les options se résument à des correspondances via Istanbul, Doha, Dubaï ou Belgrade. Ces détours allongent considérablement les trajets, avec des temps de vol augmentant de près de 50 %, et des billets souvent deux à trois fois plus chers.

Le tourisme domestique en hausse, mais menacé par les tensions internes

Face à ces contraintes, de plus en plus de Russes se tournent vers le tourisme intérieur. Selon les médias officiels russes, cette tendance s’est traduite par une hausse des réservations de 7,5 à 8,5 % pour l’été 2026 par rapport à l’année précédente. Les régions les plus prisées incluent le Caucase, la Crimée et le Kraï de Krasnodar, où les infrastructures touristiques ont été développées ces dernières années. Pourtant, cette dynamique positive est fragilisée par les attaques ukrainiennes qui se multiplient sur le territoire russe.

Les autorités locales observent une baisse des réservations dans plusieurs zones frontalières ou situées près des régions en conflit, comme la Briansk ou la Bélgorod. Ces attaques, qui visent parfois des infrastructures civiles, dissuadent une partie de la population de voyager dans ces régions. Malgré tout, le gouvernement russe mise sur le tourisme domestique pour atténuer l’impact des sanctions et soutenir une économie en difficulté. Des campagnes de promotion, comme celle intitulée « Découvrez la Russie », ont été lancées pour encourager les citoyens à privilégier les destinations locales.

Des coûts et des risques qui pèsent sur le pouvoir d’achat des voyageurs

Pour ceux qui persistent à vouloir voyager à l’étranger, le budget à prévoir a considérablement augmenté. Un billet pour la Turquie ou les Émirats coûte désormais entre 20 000 et 30 000 roubles (soit environ 200 à 300 euros), contre 12 000 à 15 000 roubles avant la guerre. Les prix des hébergements ont également flambé, en raison de la forte demande et de la dépréciation du rouble. Les agences de voyage russes rapportent que de nombreux clients renoncent à leurs projets ou optent pour des séjours plus courts.

Un autre facteur dissuasif est la menace de sanctions secondaires pour les voyageurs. Les pays occidentaux, notamment ceux de l’Union européenne, ont mis en garde contre les risques encourus par les citoyens russes voyageant à l’étranger, notamment en cas de passage par des pays tiers sous sanctions. Certains voyageurs ont déjà été interrogés ou empêchés de monter à bord de vols en raison de leur nationalité, créant un climat d’incertitude. Selon des témoignages recueillis par BFM Business, certains Russes préfèrent désormais éviter les escales dans des aéroports européens, même pour des correspondances techniques.

Et maintenant ?

À court terme, la situation ne devrait pas s’améliorer pour les voyageurs russes. Les sanctions occidentales restent en place, et les compagnies aériennes peinent à trouver des solutions alternatives, comme l’utilisation de couloirs aériens via des pays non alignés. Les prochaines échéances à surveiller incluent les décisions de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui pourrait durcir ses règles concernant les vols en provenance de Russie. Par ailleurs, la Russie a annoncé le développement de partenariats avec des pays comme l’Iran, l’Afrique du Sud ou le Venezuela pour contourner les restrictions, mais ces accords peinent à compenser les pertes subies.

À plus long terme, l’évolution dépendra largement de l’issue du conflit en Ukraine et des négociations géopolitiques. Si un accord de paix était trouvé, les liaisons aériennes pourraient progressivement se rétablir, comme ce fut le cas après la guerre froide. En attendant, les Russes devront s’adapter à un monde où les voyages à l’étranger se résument à une poignée de destinations, souvent coûteuses et difficiles d’accès.

Aucun pays européen n’est actuellement accessible en vol direct depuis la Russie. Même des destinations comme la Serbie, qui reste un partenaire proche de Moscou, ne propose plus de liaisons directes régulières avec les principales villes russes.

Depuis le début de la guerre, la Russie a nationalisé une grande partie des avions loués à l’étranger, souvent via des contrats avec des sociétés offshore. Cependant, ces appareils, majoritairement de fabrication occidentale (Airbus ou Boeing), nécessitent des pièces détachées difficiles à obtenir, ce qui limite leur exploitation à long terme.