Paris envisagerait désormais d’autoriser la vente du système de défense aérienne SAMP/T à la Turquie, après des années d’opposition politique. Cette évolution intervient à la veille du sommet de l’Otan qui se tient les 8 et 9 juillet à Istanbul, selon BFM Business, qui cite cinq sources proches du dossier. Jusqu’à présent, la France bloquait toute cession de ce système franco-italien, notamment en raison des tensions persistantes en Méditerranée orientale avec Ankara.

Cette ouverture française, qualifiée de « manque évident d’ouverture » il y a encore quelques mois, résulte de discussions entre le président français Emmanuel Macron et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni lors de leur sommet du 25 juin à Paris. Les négociations en sont encore à leurs débuts, mais ce rapprochement pourrait relancer un projet de défense aérienne lancé en 2017-2018 entre la France, l’Italie et la Turquie. « Autant dire que, auparavant, il y avait un manque évident d’ouverture. Aujourd’hui, il y a de l’ouverture », a déclaré une source anonyme à l’agence Reuters.

Ce qu'il faut retenir

  • La France serait désormais plus ouverte à la vente du système SAMP/T à la Turquie, après des années de blocage politique.
  • Ce changement intervient après des discussions entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni le 25 juin 2026.
  • Le sommet de l’Otan à Istanbul, prévu les 8 et 9 juillet, pourrait accélérer les négociations.
  • La Turquie cherche à renforcer sa défense aérienne avec le projet « Steel Dome » (dôme d’acier).
  • La Grèce et Chypre, alliées de la France, ont exprimé leur inquiétude face à cette possible vente.

Un système de défense stratégique, comparable au Patriot américain

Le SAMP/T, également connu sous le nom de Mamba, est un système de défense aérienne produit par le consortium franco-italien Eurosam, regroupant MBDA France, MBDA Italie et Thales. Capable de suivre simultanément des dizaines de cibles et de neutraliser plusieurs menaces à la fois, il est le seul dispositif européen conçu pour intercepter des missiles balistiques. Souvent comparé au système américain Patriot, son efficacité reste débattue en raison de son absence d’utilisation au combat jusqu’à présent.

Ce système n’a été exporté qu’à Singapour, bien qu’il ait été transféré à l’Ukraine ces dernières années. La France l’a également déployé cette année pour aider les Émirats arabes unis à se défendre contre les attaques de missiles iraniens. L’Italie, quant à elle, a envoyé un exemplaire en Turquie mi-juin dans le cadre de la planification de défense de l’Otan. Un accord éventuel porterait probablement sur la nouvelle génération du système, actuellement en cours de déploiement dans les armées française et italienne.

Les tensions passées entre la France et la Turquie ont freiné le projet

Le projet de co-développement et de co-production du SAMP/T, lancé en 2017-2018, s’est enlisé au fil des années en raison des différends entre Paris et Ankara. Ces tensions portaient notamment sur la Syrie, la Libye et les questions de souveraineté en Méditerranée orientale, où la Grèce et Chypre, soutenues par la France, s’opposent à la Turquie. Ankara considérait d’ailleurs la France comme le principal obstacle politique à ce programme, tandis que l’Italie se montrait plus favorable à un partage du système avec la Turquie.

Un responsable turc a indiqué que les négociations n’avaient pu avancer depuis 2020 en raison de ces tensions et des sanctions de l’Union européenne contre Ankara. « À présent, il semble qu’il y ait une volonté politique des trois parties (Turquie, Italie, France) pour que ce processus avance », a-t-il déclaré à Reuters. Une source a confirmé que Giorgia Meloni et le président turc Recep Tayyip Erdogan avaient évoqué la question lors d’un entretien téléphonique le 3 juillet.

La France sous pression pour rassurer la Grèce et Chypre

Bien que Paris n’ait pas officiellement confirmé cette ouverture, la présidence française a démenti les informations rapportées par Reuters, évoquant des « inexactitudes significatives ». Le ministère des Affaires étrangères et celui des Armées ont refusé de commenter, renvoyant à la présidence. Le ministère turc des Affaires étrangères n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Cette possible vente inquiète particulièrement Athènes et Nicosie, avec lesquelles la France a signé des accords de défense. « Deux sources ont souligné que la France devrait apaiser les inquiétudes de la Grèce et de Chypre concernant toute vente éventuelle », rapporte BFM Business. Lors du sommet de l’Otan à La Haye en 2025, Recep Tayyip Erdogan avait déjà tenté de convaincre Emmanuel Macron d’assouplir sa position après le dégel des relations entre les deux hommes. Une réunion bilatérale entre les deux dirigeants est prévue en marge du sommet d’Istanbul.

Et maintenant ?

Les négociations pourraient s’accélérer lors du sommet de l’Otan à Istanbul, prévu les 8 et 9 juillet, où Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan devraient évoquer le sujet. Pour autant, la France devra probablement trouver un équilibre entre ses engagements envers la Grèce et Chypre et ses relations avec la Turquie. La Turquie, qui dispose de la deuxième plus grande armée de l’Otan, cherche à renforcer son autonomie en matière de défense aérienne avec le projet « Steel Dome ». Reste à voir si Paris parviendra à concilier ces impératifs stratégiques.

La Turquie, qui dépend actuellement des systèmes et des avions de chasse de l’Otan pour sa défense aérienne, espère intégrer le SAMP/T dans son réseau intégré. Les prochaines semaines pourraient donc être déterminantes pour la concrétisation de ce projet, même si des obstacles politiques et techniques subsistent.

Une décision qui divise les analystes

Si certains voient dans cette possible vente une opportunité pour renforcer la cohésion de l’Otan, d’autres soulignent les risques d’une militarisation accrue en Méditerranée orientale. Le SAMP/T, bien que technologiquement avancé, n’a jamais été utilisé en situation réelle, ce qui rend son efficacité difficile à évaluer. « Souvent décrit comme l’équivalent européen du système américain Patriot, il divise les analystes quant à son efficacité », rappelle BFM Business.

Pour l’heure, Paris n’a pas confirmé officiellement son changement de position. La balle est désormais dans le camp des négociateurs, qui devront composer avec les sensibilités géopolitiques de la région. Une chose est sûre : cette affaire illustre les tensions persistantes au sein de l’alliance atlantique, où les intérêts stratégiques des membres ne coïncident pas toujours.

La France s’opposait à cette vente en raison des tensions persistantes avec la Turquie, notamment sur des sujets comme la Syrie, la Libye et les revendications en Méditerranée orientale. Ces différends opposaient Paris à Ankara, tout en rapprochant la France de la Grèce et de Chypre, deux pays alliés. La France considérait donc que la cession de ce système stratégique à la Turquie risquait d’aggraver les tensions régionales.

L’Italie, membre du consortium Eurosam aux côtés de la France, s’est toujours montrée plus ouverte à un partage du SAMP/T avec la Turquie. Rome a même envoyé un exemplaire du système en Turquie mi-juin 2026 dans le cadre des exercices de défense de l’Otan. Giorgia Meloni a joué un rôle clé dans les discussions récentes avec Emmanuel Macron, contribuant à faire évoluer la position française.