Le 1er juin 2026, la société Strategy, pionnière du modèle des Bitcoin Treasury Companies, a annoncé la vente de 32 bitcoins (BTC), soit une opération valorisée à environ 2,5 millions de dollars. Un geste qui, bien que marginal à l’échelle de ses réserves – Strategy détient encore plus de 60 milliards de dollars en BTC –, a relancé un débat brûlant au sein de la communauté Bitcoin. Selon Cryptoast, cette décision symbolique met fin à la promesse historique du « Hodl, never sell », portée jusqu’alors par Michael Saylor, PDG de l’entreprise, qui affirmait encore en février : « Je promets de ne pas vendre les bitcoins, et donc notre métier, c’est de ne pas vendre de Bitcoin. On est devenus très bons à ça. On a un doctorat en hodling. »

Ce qu’il faut retenir

  • Strategy, modèle emblématique des Bitcoin Treasury Companies, a vendu 32 BTC le 1er juin 2026, malgré un portefeuille restant de plus de 60 milliards de dollars en bitcoins.
  • Cette vente symbolique met fin à la promesse du « Hodl, never sell », défendue jusqu’alors par Michael Saylor.
  • Les Treasury Companies divisent la communauté Bitcoin entre partisans d’une adoption institutionnelle et détracteurs craignant une dérive financière.

Une opération financière anodine, un symbole politique fort

Depuis 2020, Strategy a bâti son modèle autour de l’accumulation de BTC, transformant son bilan en un véhicule d’exposition au Bitcoin. L’entreprise utilise des outils financiers pour s’endetter et acheter davantage de cryptomonnaie, tout en promettant de ne jamais vendre ses réserves. Pourtant, le 1er juin dernier, Strategy a rompu avec cette règle, vendant 32 BTC. Selon Cryptoast, cette transaction, bien que négligeable d’un point de vue comptable, marque un tournant. « Une opération marginale pour son bilan, mais très symbolique pour la communauté Bitcoin », souligne l’article.

La vente intervient alors que Michael Saylor, figure centrale de l’écosystème, avait réitéré en février sa détermination à ne pas céder un seul satoshi. En annonçant cette décision, Strategy enterre ainsi une promesse historique, alimentant les critiques contre les Treasury Companies, ces entreprises qui accumulent du BTC comme réserve de valeur tout en recourant à la finance traditionnelle pour financer leurs achats.

BTC Prague : le débat sur les Treasury Companies au cœur des tensions

Cette scission au sein de la communauté Bitcoin a été particulièrement visible lors de la conférence BTC Prague, plus grande rencontre européenne dédiée à la cryptomonnaie, tenue en juin 2026. Selon Cryptoast, l’événement a révélé une opposition entre deux visions de l’avenir de Bitcoin. D’un côté, les défenseurs des Treasury Companies y voient une accélération de l’adoption institutionnelle, une validation de Bitcoin comme actif de réserve, et un moyen d’attirer des capitaux traditionnels. De l’autre, ses détracteurs dénoncent une recréation des logiques financières que Bitcoin cherchait précisément à contourner lors de sa création.

À Prague, les échanges ont montré que les deux camps partagent un attachement commun à Bitcoin, mais divergent radicalement sur la trajectoire à suivre. Certains estiment que ces entreprises, en accumulant massivement du BTC, renforcent la crédibilité du réseau et son attractivité. D’autres, au contraire, craignent qu’elles ne recréent une forme de système bancaire centralisé, où le Bitcoin deviendrait un simple actif spéculatif, dilué dans des produits financiers complexes.

Les critiques : dilution, centralisation et éloignement des fondamentaux

Les opposants aux Treasury Companies formulent plusieurs griefs. D’abord, ils soulignent que ces entreprises, bien qu’elles ne contrôlent ni les nœuds ni les règles de consensus du réseau, peuvent influencer son prix, son image et la manière dont l’activité économique s’organise autour de la blockchain. « Une Treasury Company comme Strategy ne peut pas modifier Bitcoin à elle seule, mais elle peut peser sur son prix, son image, l’attention des investisseurs et, à terme, la manière dont l’activité économique se structure autour de la blockchain », explique Cryptoast.

Un autre argument avancé concerne la dilution progressive des réserves de BTC. Les entreprises émettent des actions ou des titres adossés à leurs avoirs en cryptomonnaie, ce qui, pour certains, rappelle la dilution de l’or par les banques centrales avant l’abandon de l’étalon-or. « Là où le système financier traditionnel s'est construit en émettant de la monnaie papier adossée à de l'or tout en diluant le sous-jacent progressivement jusqu'à créer une monnaie fiduciaire sans contrepartie, les Treasury Company émettent des actions ordinaires ou préférentielles adossées à une réserve de Bitcoins qu'elles diluent déjà dans le temps », précise l’article.

Enfin, les détracteurs craignent que cette adoption institutionnelle ne conduise à une majorité d’investisseurs exposés au prix du BTC sans jamais utiliser le réseau lui-même. « Bitcoin peut parfaitement fonctionner avec des entreprises qui détiennent beaucoup de BTC en trésorerie, mais si l’adoption passe majoritairement par des intermédiaires comme des actions, des ETF ou des titres préférentiels, une part croissante des investisseurs sera exposée au prix du BTC sans jamais utiliser Bitcoin, sans contribuer directement aux frais de transaction, ni même bénéficier de ses caractéristiques fondamentales comme sa résistance à la censure », met en garde Cryptoast.

Les partisans des Treasury Companies : une adoption nécessaire

Face à ces critiques, les défenseurs des Bitcoin Treasury Companies rappellent que ces entreprises jouent un rôle clé dans la légitimation de Bitcoin auprès des investisseurs institutionnels. En accumulant massivement du BTC, elles créent une demande structurelle et renforcent la liquidité du marché. « Elles valident l'utilisation de Bitcoin comme actif de trésorerie, attirent des capitaux traditionnels et offrent au BTC une visibilité auprès des investisseurs », souligne Cryptoast.

Selon cette vision, les Treasury Companies ne trahissent pas l’esprit de Bitcoin, mais l’utilisent comme un outil pour accélérer son adoption à grande échelle. Leur modèle permettrait, à terme, de financer l’accumulation de BTC via l’endettement, une stratégie qui, bien que critiquable, pourrait stabiliser le réseau en réduisant la pression de vente des mineurs et des investisseurs individuels.

Et maintenant ?

La vente de 32 BTC par Strategy pourrait n’être que le premier pas vers une remise en question plus large du modèle des Treasury Companies. Les prochaines déclarations de Michael Saylor, ainsi que les réactions des autres entreprises du secteur comme MicroStrategy, seront scrutées de près. Par ailleurs, la communauté devra trancher : faut-il privilégier une adoption institutionnelle, même au risque de dévier des principes fondateurs de Bitcoin, ou conserver une approche plus radicale, centrée sur l’autonomie individuelle et la décentralisation ? La réponse pourrait façonner l’avenir du réseau pour les années à venir.

Pour l’instant, une chose est sûre : le débat reste ouvert, et la tension entre les deux visions ne fera que s’intensifier avec l’augmentation de l’adoption institutionnelle. Comme le rappelle Cryptoast, « Bitcoin peut parfaitement fonctionner avec des entreprises qui détiennent beaucoup de BTC en trésorerie, mais si l’adoption passe majoritairement par des intermédiaires… » – la suite reste à écrire.

Une Bitcoin Treasury Company est une entreprise qui intègre le Bitcoin (BTC) comme actif central de sa trésorerie, l’utilisant comme réserve de valeur plutôt que des devises traditionnelles ou des actifs classiques. Ces sociétés, comme Strategy ou MicroStrategy, accumulent du BTC via des levées de fonds ou l’endettement, tout en promettant de ne pas vendre leurs réserves. Leur modèle vise à profiter de l’appréciation à long terme du Bitcoin tout en légitimant son usage comme actif financier.

La vente de 32 BTC par Strategy, bien que minime en valeur absolue (2,5 millions de dollars), est symbolique car elle rompt avec la promesse historique du « Hodl, never sell » défendue par Michael Saylor. Pour la communauté Bitcoin, cette décision est perçue comme une trahison des principes fondateurs du réseau, qui prônent la rareté et la détention à long terme. Elle relance le débat sur l’équilibre entre adoption institutionnelle et respect des valeurs décentralisées de Bitcoin.