Les fabricants français de verre, parmi lesquels figurent des noms emblématiques comme Arc, Baccarat, Pyrex ou Verallia, alertent sur leur situation financière critique et réclament l’activation d’un mécanisme de compensation carbone. Selon BFM Business, cette aide publique, déjà autorisée par l’Union européenne, permettrait de financer leur transition vers une production moins émettrice de CO₂, sous peine de voir des sites industriels fermer leurs portes dans les prochains mois.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre fours ont déjà fermé depuis 2025, notamment à Vergèze (Gard), Le Havre (Seine-Maritime), Cognac (Charente) et Vayres (Gironde).
  • Le secteur, qui représente 48 usines, 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 23 000 emplois directs, voit sa compétitivité menacée par la hausse des coûts énergétiques et la concurrence étrangère.
  • Les industriels demandent à être inclus dans la liste des secteurs éligibles à une compensation carbone, un dispositif dont la mise en œuvre est bloquée en France pour des « raisons budgétaires », malgré son adoption en décembre 2025 au niveau européen.

Dans un courrier adressé au Premier ministre Sébastien Lecornu le 10 juillet dernier, la Fédération des industries du verre dresse un constat alarmant : « La situation industrielle est déjà très dégradée », écrit-elle. Le secteur, fortement dépendant de l’énergie, consomme 80 % de gaz et 20 % d’électricité en France, une répartition que les industriels souhaitent inverser pour réduire leur empreinte carbone. « Nous devons investir dans des fours hybrides, mais nous avons besoin d’un accompagnement pour concilier décarbonation et compétitivité », a souligné Jacques Bordas, président de la Fédération, dans un entretien publié le 8 août par BFM Business.

Ce mécanisme de compensation carbone, destiné à atténuer l’impact du prix du carbone intégré au coût de l’électricité, vise à corriger un désavantage concurrentiel face aux produits importés en Europe, lesquels ne supportent pas ce coût. « La France avait milité, aux côtés de l’Allemagne et de l’Italie, pour élargir la liste des secteurs éligibles », a rappelé Jacques Bordas. Pourtant, malgré cette victoire politique obtenue en décembre 2025, « les pays européens mettent en œuvre cette compensation, mais pas la France, en raison de contraintes budgétaires ».

Une filière en proie à la concurrence internationale et à la baisse des ventes

L’industrie du verre hexagonal subit de plein fouet la concurrence des producteurs étrangers, notamment européens, qui bénéficient d’une énergie moins chère et de normes environnementales moins strictes. « La baisse des ventes, couplée à la hausse des coûts, menace la survie de nombreux sites », indique la fédération dans son courrier. Depuis 2025, quatre fours ont déjà cessé leur activité : celui de Vergèze dans le Gard, Le Havre en Seine-Maritime, Cognac en Charente et Vayres en Gironde. Ces fermetures illustrent la fragilité d’un secteur en pleine mutation.

Les répercussions sociales sont déjà visibles. Le groupe Arc 1825, basé dans le Pas-de-Calais, a supprimé 700 emplois. La coopérative Duralex Scop, installée dans le Loiret, cherche toujours un repreneur, avec une deadline fixée au 6 août 2026. Quant au site AGC Boussois, dans le Nord, il est à l’arrêt depuis plusieurs mois. En février dernier, Verallia, leader européen du verre, avait annoncé un plan de réduction d’activité menaçant 360 postes en Europe, dont une soixantaine en France, en raison notamment de la baisse de la consommation d’alcool sur le continent.

Des investissements nécessaires, mais un accompagnement financier insuffisant

Pour réduire leur dépendance au gaz et accélérer leur transition énergétique, les industriels du verre envisagent de passer à des « fours hybrides », combinant électricité et gaz. Une solution qui permettrait de diminuer les émissions de CO₂ tout en maintenant la compétitivité des sites. « Nous devons atteindre un mix énergétique inverse, avec 80 % d’électricité et 20 % de gaz », a expliqué Jacques Bordas. Cependant, ces investissements représentent un coût important, que les entreprises ne peuvent assumer seules dans le contexte actuel.

La demande adressée à l’État porte donc sur l’activation immédiate du mécanisme de compensation carbone, qui pourrait prendre la forme d’une subvention publique. Ce dispositif, déjà opérationnel dans plusieurs pays européens, permettrait de financer partiellement le surcoût lié à l’achat d’électricité décarbonée. « Sans cette aide, le risque de fermetures supplémentaires est bien réel », a mis en garde le président de la Fédération. Les industriels rappellent que le secteur emploie directement 23 000 personnes et génère 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, des chiffres qui soulignent son poids dans l’économie française.

Et maintenant ?

Le gouvernement français n’a pas encore communiqué sur une éventuelle mise en œuvre du mécanisme de compensation carbone pour le secteur du verre. La décision pourrait intervenir dans les prochaines semaines, alors que les industriels maintiennent la pression. Une réponse est attendue avant la fin du mois d’août, afin d’éviter de nouvelles fermetures de fours d’ici la fin de l’année. Si aucune aide n’est accordée, les conséquences pourraient être lourdes pour l’emploi et la souveraineté industrielle du pays.

En attendant, la Fédération des industries du verre continue de négocier avec les pouvoirs publics pour obtenir gain de cause. « Nous comptons sur une écoute attentive du Premier ministre et du ministre de l’Économie », a déclaré Jacques Bordas. Pour l’heure, les entreprises du secteur, déjà touchées par une baisse de la demande et une hausse des coûts, se préparent à des mois difficiles. La survie de certaines unités de production pourrait dépendre d’une décision rapide de l’État.

Le mécanisme de compensation carbone est une subvention publique visant à atténuer le surcoût lié à l’achat d’électricité, elle-même soumise au prix du carbone dans l’Union européenne. Pour les industriels du verre, dont les fours fonctionnent à très haute température, cette aide est essentielle pour financer leur transition vers des énergies moins carbonées, comme l’électricité, sans perdre en compétitivité face à la concurrence étrangère.