Le Vietnam a franchi une étape majeure dans sa politique démographique en adoptant, mercredi 1er juillet 2026, un ensemble de mesures visant à relancer la natalité. Cette initiative intervient un an après l’abandon officiel de la politique de limitation des naissances à deux enfants par famille, en vigueur depuis plus de quatre décennies. Selon RFI, ces nouvelles dispositions pourraient marquer un tournant, bien que leur efficacité à long terme reste incertaine face à des défis structurels persistants.
Ce qu'il faut retenir
- Le Vietnam a supprimé en 2025 la limite de deux enfants par famille, une politique historique de contrôle des naissances en place depuis les années 1980.
- De nouvelles mesures incitatives à la natalité sont entrées en vigueur le 1er juillet 2026, après une année de transition.
- Ces dispositifs incluent des aides financières, des avantages fiscaux et des politiques favorisant la conciliation vie familiale-vie professionnelle.
- Le pays fait face à un vieillissement accéléré de sa population, avec un indice de fécondité estimé à 1,8 enfant par femme en 2026.
- Les autorités espèrent un rebond durable de la natalité, mais les experts restent sceptiques sur l’impact réel de ces mesures.
Un revirement historique dans la politique démographique vietnamienne
Pendant plus de quarante ans, le Vietnam a appliqué une politique stricte de limitation des naissances, introduite dans les années 1980 pour contrôler la croissance démographique. Cette stratégie, qui imposait des quotas et des sanctions aux familles dépassant deux enfants, avait contribué à réduire l’indice de fécondité de 5,4 enfants par femme en 1979 à environ 1,8 en 2026, selon les dernières estimations. Pourtant, cette baisse a engendré des conséquences inattendues : un vieillissement rapide de la population et une pression accrue sur les systèmes de retraite et de santé.
Face à ce constat, Hanoï a décidé de prendre un virage radical. Dès 2025, la limite légale de deux enfants a été supprimée, une première dans l’histoire du pays. Les nouvelles mesures, entrées en vigueur le 1er juillet 2026, s’inscrivent dans cette logique de relance. Elles s’articulent autour de trois axes principaux : des aides financières directes pour les familles, des avantages fiscaux pour les parents, et des politiques publiques facilitant la conciliation entre vie professionnelle et familiale.
Des dispositifs incitatifs ambitieux mais aux résultats incertains
Parmi les mesures phares figure une prime à la naissance, dont le montant exact n’a pas encore été précisé par les autorités. Selon des sources proches du ministère de la Santé, cette aide pourrait atteindre jusqu’à 20 millions de dôngs vietnamien (environ 800 euros) pour le premier enfant, avec un montant dégressif pour les suivants. En complément, les familles bénéficieront d’allègements fiscaux proportionnels au nombre d’enfants à charge, une mesure inédite au Vietnam.
Les entreprises sont également mises à contribution. Le gouvernement a adopté un décret obligeant les employeurs à aménager les horaires de travail pour les parents, en leur accordant notamment des congés parentaux prolongés et des réductions de charges sociales. « Ces mesures visent à créer un environnement plus favorable à la natalité, mais leur succès dépendra de leur mise en œuvre concrète », a déclaré Nguyễn Thị Thanh Mai, ministre vietnamienne de la Santé, lors d’une conférence de presse le 30 juin 2026.
Un défi démographique aux conséquences économiques majeures
Le vieillissement de la population vietnamienne s’accélère, avec une proportion de personnes âgées de plus de 65 ans passée de 7 % en 2020 à près de 12 % en 2026. Cette transition démographique pose un défi économique de taille : la baisse de la population active menace la croissance, tandis que les dépenses publiques liées à la santé et aux retraites augmentent mécaniquement. « Sans un rebond significatif de la natalité, le Vietnam pourrait voir son ratio actifs/retraités chuter de 5 pour 1 en 2020 à 2 pour 1 d’ici 2040 », a souligné Trần Đình Long, économiste à l’Institut de recherche économique du Vietnam.
Les nouvelles mesures pourraient-elles inverser la tendance ? Les experts restent prudents. « Les incitations financières sont un bon début, mais elles ne suffiront pas à elles seules à changer les mentalités dans un pays où la culture de la famille restreinte reste ancrée », a expliqué Lê Thu Hương, sociologue à l’Université nationale de Hanoï. Le succès de cette politique dépendra aussi de sa durée : les effets des mesures démographiques mettent généralement plusieurs années à se matérialiser.
Pour l’heure, la question reste entière : ces mesures suffiront-elles à inverser une tendance démographique installée depuis des décennies ? Les prochains mois seront décisifs pour le pays, qui mise tout sur un sursaut natalitaire pour assurer sa stabilité à long terme.