Un procès pour viol par soumission chimique s’est ouvert ce jeudi 11 juin devant la cour criminelle du Rhône. Un ancien garde du corps de 39 ans, mis en cause dans une affaire de violences sexuelles aggravées sur sa compagne, est aujourd’hui jugé pour des actes commis entre 2020 et 2023. Selon BFM - Faits Divers, l’accusé aurait également entretenu des échanges avec Dominique Pelicot, condamné à vingt ans de prison pour avoir violé et livré sa femme droguée à des dizaines d’inconnus.
Dès le début de l’audience, les experts psychiatres ont dressé un portrait contrasté de l’accusé. Qualifié de « borderline » et « pulsionnel », mais aussi présenté comme un « super papa », son parcours serait marqué par une enfance difficile – élevé par une mère célibataire – et une carrière dans les forces spéciales avortée après une blessure à la cheffe. Ces éléments auraient contribué, selon les professionnels, à un comportement de compensation pulsionnelle alimenté par une consommation croissante de substances.
Ce qu'il faut retenir
- Un ancien garde du corps de 39 ans est jugé depuis le 11 juin 2026 devant la cour criminelle du Rhône pour viol par soumission chimique sur sa compagne entre 2020 et 2023.
- Les échanges en ligne entre l’accusé et Dominique Pelicot, condamné à 20 ans de prison, ont été retrouvés lors de l’arrestation de ce dernier en septembre 2020.
- Les vidéos des agressions, filmées à l’insu de la victime, montrent cette dernière dans un état d’inconscience totale, excluant tout consentement.
- La victime a porté plainte pour des « trous noirs » et une fatigue persistante entre 2020 et 2023, sans en comprendre l’origine.
- L’accusé est également soupçonné d’avoir filmé et diffusé en ligne des images intimes de sa compagne via de faux profils créés à son effigie.
Des échanges troublants avec Dominique Pelicot révélés lors de l’enquête
Les débats de ce procès s’articulent autour de la nature des liens entre l’accusé et Dominique Pelicot. Selon BFM - Faits Divers, des conversations en ligne, récupérées lors de l’arrestation de Pelicot en septembre 2020, révèlent que l’accusé proposait à ce dernier de droguer sa femme pour la violer. Un échange qui, pour l’avocate de la partie civile Julia Studient, constitue « tout le débat et tout l’enjeu de cette audience » : déterminer « la mesure et l’ampleur » de ces liens.
Me Studient a d’ailleurs évoqué un « dossier accablant » démontrant « à quel point sa cliente a été déshumanisée ». La victime, présente à l’audience vêtue d’une casquette et de lunettes noires pour se protéger, a subi un harcèlement en ligne depuis 2016, certains hommes se présentant même à son lieu de travail.
Un portrait psychologique marqué par la frustration et l’échec
Les experts Léa Essertaise, enquêtrice de personnalité, et le psychiatre François Renault ont détaillé un profil psychologique complexe. L’accusé aurait grandi dans un environnement « en panne d’affection », avant de voir son rêve de carrière dans les forces spéciales s’effondrer après une blessure. « Mettre le couvercle sur ses angoisses » aurait ouvert la voie à des comportements compensatoires, alimentés par une consommation accrue de drogues.
Le Dr Renault a expliqué que les vidéos des agressions, où la victime apparaît inconsciente, révèlent un « détournement de frustrations » et un « scénario pervers et sexuel déviant » nourri par Internet. « C’est un enfermement dans une logique où l’ego surdimensionné prime », a-t-il souligné.
Des aveux puis un retournement : l’accusé clame son innocence
Lors de son procès, l’accusé a exprimé son souhait d’« apporter un éclairage » sur ses agissements, tout en refusant de reconnaître « l’intégralité des faits ». Après des premiers aveux, il est revenu sur ses déclarations, évoquant un « jeu sexuel » avec la mère de son enfant – une version catégoriquement rejetée par la victime.
Les enquêteurs ont découvert sur son téléphone des vidéos de sa compagne endormie, filmées à son insu. Son état d’inconscience, qualifié d’« endormissement profond », exclut toute forme de consentement et caractérise la surprise, selon l’instruction. L’accusé est également accusé d’avoir filmé et diffusé des images intimes de sa conjointe dès le début de leur relation en 2015, via de faux profils créés à son nom.
Dominique Pelicot entre déni et contradictions
Dominique Pelicot, qui purge sa peine à Lyon, a toujours nié les faits qui lui sont reprochés. Selon la présidente du tribunal Dominique Thevenet, il a expliqué ne pas avoir violé la victime à Lyon « parce que c’était trop loin de chez lui » et parce que l’accusé « n’était pas prêt à aller au bout des choses ». Pourtant, il avait évoqué auprès d’une personne non identifiée avoir abusé d’une coiffeuse lors d’un séjour dans la ville.
Interrogé sur ce point, Pelicot a simplement qualifié ses propos de « vantardise ». Arrêté trois ans après lui, en juin 2023, l’accusé a été identifié grâce à la perquisition de son téléphone, où les enquêteurs ont retrouvé les vidéos compromettantes.
Pour la victime, ce procès représente une étape vers une éventuelle « reconstruction », comme l’a souligné son avocate Me Studient. « C’est peut-être un ballon de baudruche qui va se dégonfler », a rétorqué de son côté Me Gabriel Versini-Bullara, l’avocat de l’accusé, tout en ne niant pas les liens entre les deux hommes.
La procédure judiciaire, qui s’annonce complexe, devra également faire la lumière sur l’étendue de la diffusion des vidéos intimes et l’impact durable des actes sur la victime, toujours harcelée en ligne depuis plusieurs années.