Près de neuf parents sur dix redoutent désormais des violences sexuelles sur leur enfant dans au moins une structure qu’il fréquente, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro, publié fin mai 2026. Une appréhension amplifiée par l’accumulation d’affaires récentes, comme la mort de la collégienne Lyhanna dans le Gers ou les signalements dans des périscolaires parisiens, qui ont fait basculer des familles dans une « hypervigilance » permanente. Franceinfo – Faits divers a recueilli les témoignages de parents désemparés, entre évitement, prévention et sentiment d’impuissance.

Ce qu’il faut retenir

  • **86 % des parents** craignent des violences sexuelles dans au moins une structure fréquentée par leur enfant, d’après un sondage Odoxa pour Le Figaro (mai 2026).
  • Les **périscolaires et colonies de vacances** concentrent les plus fortes inquiétudes, devant les crèches et écoles.
  • Les **violences commises par des mineurs** représentent un tiers des cas, rappelle la psychologue Joanna Smith.
  • Les **stratégies d’évitement** se multiplient : annulation de cantine, périscolaire ou activités extrascolaires pour près d’un parent sur deux.
  • Les **enfants en situation de handicap** sont particulièrement exposés, selon le rapport 2023 de la Ciivise.
  • La **prévention par l’éducation** (livres, discussions, signalement des comportements suspects) est plébiscitée, mais jugée insuffisante.

Des révélations qui alimentent la paranoïa parentale

Samia, mère d’un garçon de 5 ans en grande section en Seine-Saint-Denis, incarne cette angoisse partagée. Depuis les révélations sur les violences dans un périscolaire parisien et l’affaire Lyhanna — cette collégienne de 13 ans retrouvée morte en 2025 après une soirée pyjama chez la fille du principal suspect —, elle avoue basculer dans la paranoïa. « En mettant mon fils au périscolaire, j’ai l’impression de faire quelque chose de mal, confie-t-elle. On est en alerte permanente, comme si chaque structure était un repaire potentiel. » Un sentiment renforcé par les **84 écoles maternelles parisiennes** actuellement concernées par des enquêtes, sans que les parents sachent si leur établissement est impliqué.

Colonies de vacances et cantines : les activités les plus redoutées

Parmi les activités extrascolaires, les **colonies de vacances** cristallisent les craintes. Coline, mère d’une fillette de 4 ans dans le 9e arrondissement de Paris, a pris la décision radicale de renoncer à ce mode de garde pour l’été. « Les colonies, c’est mort », assène-t-elle. Pour contourner le problème, elle organise un roulement entre parents et grands-parents pour récupérer sa fille à 16 heures, évitant ainsi les temps périscolaires jusqu’à 18 heures. Les soirées pyjama ne sont plus qu’un lointain souvenir : « On s’est mises d’accord entre mamans. Les papas doivent dormir ailleurs pour limiter les risques. Deux sont prêts à jouer le jeu. »

Cette peur n’est pas cantonnée à la région parisienne. Anaïs, mère de deux garçons en Ardèche, avoue une appréhension similaire lors des centres aérés : « On est hyper stressés quand ils y vont. Surtout depuis l’affaire Maëlys, enlevée et tuée en 2018 par Nordahl Lelandais lors d’un mariage. Les statistiques — **9 agressions sexuelles sur 10 sont commises par des hommes**, selon la Ciivise — alimentent cette méfiance systématique. »

Les stratégies de contournement : entre prévention et renoncement

Face à cette insécurité grandissante, les parents déploient des trésors d’ingéniosité. Mathilde, dont la fille de 5 ans a subi des violences de la part d’un animateur en 2025, fait partie du collectif MeTooEcole. Avec d’autres parents, elle a recruté une nounou pour éviter le périscolaire. « On n’a pas réussi à les remettre au goûter, car le trauma est toujours là, explique-t-elle. La colère est immense : on est censés avoir des professionnels, mais on a au mieux une garderie, au pire un repaire de pédocriminels. »

Pour Violette, mère d’un enfant de 4 ans sourd en Seine-Saint-Denis, la peur est d’autant plus vive qu’elle craint que son fils, non verbal, ne puisse alerter en cas d’agression. Un risque souligné par la Ciivise dans son rapport de 2023, qui met en lumière la **survictimisation des enfants porteurs de handicap**. « Il reste parfois en périscolaire après la classe. J’ai peur qu’on profite de lui parce qu’il ne pourra pas verbaliser s’il se passe quelque chose… », confie-t-elle.

L’éducation préventive, une bouée de sauvetage

Pour limiter les risques, de nombreux parents misent sur la prévention. Charline, dont le fils de 2 ans et demi intégrera une école maternelle à la rentrée, a acheté le livre C’est mon corps de Mai Lan Chapiron pour lui apprendre que « personne n’a le droit de toucher ses parties intimes ». « On lui apprend à être autonome, à mettre son pantalon tout seul. On essaie de faire ce qu’on peut avec nos maigres moyens pour qu’il sache ce qui est interdit ou pas. » Une démarche saluée par les psychologues, qui rappellent que **les deux tiers des violences sexuelles sur mineurs sont commises par des proches ou des personnes de confiance**.

Marine, mère de deux filles dans le Gard, adopte une approche similaire : « On essaie de trouver le bon équilibre entre parano et réalité. Avec ma cadette, on travaille sur l’écoute de son ressenti, le droit de dire non, et l’idée que son corps lui appartient. Avec l’aînée, on insiste sur les dangers des échanges en ligne avec des inconnus. » Une éducation qui, pour Clémence Prompsy, psychologue clinicienne à Boulogne-Billancourt, doit s’accompagner d’un apprentissage de l’intuition : « Il faut outiller l’enfant pour qu’il développe son sixième sens et sache s’en éloigner si quelque chose ne va pas. »

Les pères moins angoissés, mais sous surveillance

Si les mères semblent porter le poids de cette angoisse au quotidien, certains pères tentent de rationaliser le risque. Nicolas, père de deux garçons à Paris, admet une vigilance accrue : « On a parlé des adultes en général avec mes fils, mais donner des exemples dans la famille ou parmi les proches, c’est dur. En tant qu’homme, je comprends que je puisse être suspecté. Ça peut être blessant, mais si on regarde les statistiques, je comprends. » Il limite désormais les contacts physiques avec les autres enfants lors des anniversaires ou des goûters. Mathieu, père d’une fillette de 7 ans dans les Landes, affiche un calme relatif : « Honnêtement, je n’angoisse pas plus qu’avant. Je fais un peu plus attention aux animateurs que je ne connais pas, c’est tout. »

Les limites de la prévention individuelle

Joanna Smith, psychologue autrice de Protéger son enfant des violences sexuelles, rappelle que la prévention ne peut être que partielle : « On ne peut pas protéger les enfants des risques qu’on ne connaît pas. Connaître ces risques permet de repérer des modes relationnels suspects et d’intervenir tôt. » Elle met en garde contre une éducation trop axée sur l’évitement : « Si on dit seulement « c’est interdit qu’un adulte te touche », l’enfant peut se sentir coupable si cela arrive. Il faut parler de son ressenti, de ses sensations. » Un conseil qu’applique Caroline, mère d’un garçon de 7 ans et demi à Montpellier. « On ne peut pas empêcher quelque chose de se passer, mais on peut faire en sorte que notre enfant nous en parle pour le protéger », explique-t-elle en relatant une fois où son fils a été puni de manger seul avec un animateur. « Même si quelqu’un t’aime, comme ton grand-père ou ton oncle, ils n’ont pas le droit de faire ce genre de choses », lui a-t-elle dit.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir une intensification des débats autour de la sécurité dans les structures d’accueil, avec notamment une réunion prévue le 20 juin 2026 à l’Assemblée nationale sur la protection des mineurs dans les temps périscolaires. Les associations appellent à un renforcement des contrôles et à une meilleure formation des professionnels, tandis que certains élus locaux évoquent la possibilité d’étendre les horaires de présence des parents dans les écoles. Reste à savoir si ces mesures suffiront à apaiser les craintes des familles, ou si l’inquiétude persistera au-delà des annonces.

Une chose est sûre : entre statistiques alarmantes et affaires médiatiques, le sujet des violences sexuelles sur mineurs ne cesse de hanter les esprits parentaux, laissant peu de place à l’insouciance.

D’après le sondage Odoxa pour Le Figaro (mai 2026), les **colonies de vacances** arrivent en tête des inquiétudes (42 %), suivies des **centres de loisirs** (38 %), des **crèches** (31 %) et des **écoles maternelles** (29 %). Les cantines et périscolaires sont également pointés du doigt, avec 25 % des parents les considérant comme des lieux à risque.

Pour les familles où les deux parents travaillent, les solutions restent limitées. Samia, mère célibataire d’un garçon de 5 ans, a recours au télétravail deux jours par semaine pour éviter le périscolaire. D’autres optent pour un roulement entre grands-parents et parents pour réduire les temps d’exposition. Certaines entreprises commencent à proposer des aménagements horaires, mais ces dispositifs restent rares.