Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé, ce 12 juin 2026, une loi retirant au russe son statut de langue protégée dans le pays, comme le rapporte BMF - International. Cette mesure, adoptée dans un contexte marqué par plus de deux ans de guerre contre la Russie, s’inscrit dans une volonté de renforcer l’identité linguistique ukrainienne et de s’aligner sur les exigences européennes.
Selon le président du Parlement ukrainien, Rouslan Stefantchouk, cette décision vise à « protéger l’espace linguistique ukrainien » tout en répondant aux obligations européennes du pays. « La langue d’un État agresseur ne peut pas bénéficier d’instruments de protection conçus pour soutenir les langues des peuples autochtones et des communautés nationales », a-t-il déclaré sur Facebook, invoquant « la justice et la sécurité linguistique de l’Ukraine ».
Ce qu'il faut retenir
- Volodymyr Zelensky a signé le 12 juin 2026 une loi retirant au russe son statut de langue protégée en Ukraine.
- Cette mesure s’appuie sur la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, dont l’Ukraine s’est retirée indirectement en adoptant cette loi.
- Le russe reste la langue principale d’une partie de la population, notamment dans l’est et le sud du pays, mais son usage a reculé depuis 2022.
- L’État ukrainien n’est plus tenu de proposer des services publics en russe ni de garantir un enseignement dans cette langue.
- Près d’un tiers de la population ukrainienne avait le russe pour langue principale avant la guerre.
- La Russie occupe actuellement 19 % du territoire ukrainien, compliquant l’évaluation précise de la situation linguistique.
Une décision symbolique pour affirmer l’identité nationale
La signature de cette loi par Volodymyr Zelensky marque une étape supplémentaire dans la politique de promotion de la langue ukrainienne, engagée depuis des années. Avant même l’invasion russe de 2022, Kiev avait cherché à réduire l’influence du russe, perçu comme un héritage de la domination soviétique. La guerre a accéléré ce processus, avec un recul notable de l’usage du russe dans les médias, l’administration et l’éducation, notamment dans les régions sous contrôle ukrainien.
Pour ses défenseurs, cette mesure est un moyen de réaffirmer la souveraineté culturelle du pays face à l’agresseur russe. « Cette loi envoie un message clair : l’Ukraine refuse toute légitimité à une langue associée à l’État qui la bombarde quotidiennement », analyse un spécialiste des questions linguistiques à Kiev. Elle s’accompagne d’ailleurs d’une campagne de promotion active de l’ukrainien dans les institutions, les écoles et les médias publics.
Les conséquences pratiques pour les locuteurs russophones
Si cette loi ne rend pas le russe illégal en Ukraine, elle en modifie profondément le statut juridique. L’État n’est plus tenu de garantir des services administratifs en russe, ni de financer des programmes éducatifs dans cette langue. Dans les régions où le russe dominait historiquement, comme le Donbass ou la Crimée annexée, cette décision pourrait accentuer les tensions communautaires, surtout dans les zones encore sous contrôle ukrainien mais où la population russophone reste importante.
Selon les dernières données disponibles, près d’un tiers des Ukrainiens avaient le russe pour langue maternelle avant la guerre, une proportion qui a diminué depuis 2022. Cependant, le conflit a aussi rendu difficile l’évaluation précise de la situation actuelle, en raison de l’occupation russe de 19 % du territoire, où les statistiques officielles ne sont plus accessibles. « On observe une ukrainisation accélérée des institutions, mais la réalité sur le terrain est complexe », souligne une analyste politique basée à Lviv.
Un contexte historique et politique lourd
La question linguistique a toujours été un sujet sensible en Ukraine. Dès 2014, après l’annexion de la Crimée et le début de la guerre dans le Donbass, les séparatistes pro-russes avaient utilisé la défense de la langue russe comme l’un de leurs principaux arguments. Cette rhétorique avait alors servi de prétexte à la création de « républiques populaires » autoproclamées, soutenues par Moscou.
Depuis le début de la guerre en 2022, Kiev a durci sa position sur le sujet. Plusieurs lois ont été adoptées pour restreindre l’usage du russe dans les médias et l’espace public, une stratégie que le gouvernement ukrainien justifie par la nécessité de « protéger la nation contre l’influence culturelle et politique de l’agresseur ». « La langue est un marqueur d’identité, et en temps de guerre, elle devient une arme de plus », explique un universitaire spécialisé en géopolitique.
Volodymyr Zelensky, dont la popularité reste forte malgré les défis militaires, a fait de la défense de l’identité ukrainienne un pilier de sa présidence. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large, qui inclut la promotion de la culture ukrainienne à l’international et la mobilisation des ressources pour reconstruire le pays après la guerre. « L’Ukraine ne sera jamais un État où une langue étrangère domine », a-t-il rappelé lors d’un discours en mai 2026.
Reste à voir comment Moscou réagira à cette nouvelle mesure. Depuis 2022, la Russie a multiplié les accusations de « génocide » contre la langue russe en Ukraine, un argument utilisé pour justifier son intervention militaire. Si cette loi pourrait alimenter davantage la propagande du Kremlin, elle risque aussi de renforcer la détermination ukrainienne à affirmer sa souveraineté, y compris sur le plan culturel.
Cette décision rappelle que les conflits modernes ne se limitent pas aux champs de bataille : ils se jouent aussi sur les plans symbolique et identitaire. Pour l’Ukraine, protéger sa langue, c’est aussi protéger son avenir.
Outre l’ukrainien, qui reste la langue officielle, la loi protège désormais principalement les langues des minorités autochtones, comme le hongrois, le roumain ou le polonais. Le russe, quant à lui, perd son statut de langue régionale ou minoritaire, ce qui signifie que l’État n’est plus tenu de garantir des services publics ou un enseignement dans cette langue.
Non. La loi ne rend pas le russe illégal, mais elle supprime les protections juridiques dont il bénéficiait jusqu’ici. Son usage reste autorisé dans la vie quotidienne, les médias privés ou les lieux de culte. Cependant, son utilisation dans l’administration, l’éducation ou les services publics sera désormais très limitée.