Les cambriolages par effraction restent une menace récurrente pour les commerçants, mais une nouvelle technique sophistiquée prend de l’ampleur : l’utilisation de brouilleurs d’ondes pour neutraliser les systèmes de sécurité. Selon Franceinfo – Sciences, cette méthode, employée lors d’un vol à Beauvais en juin 2026, illustre une escalade dans la guerre technologique opposant malfaiteurs et propriétaires de magasins.
Ce qu'il faut retenir
- À Beauvais (Oise), des voleurs ont utilisé un brouilleur d’ondes pour désactiver les caméras et l’alarme d’un magasin de vélos, entraînant un préjudice estimé à 100 000 euros.
- Parmi les 46 vélos volés, figuraient des modèles haut de gamme, choisis méthodiquement par les cambrioleurs pendant le brouillage.
- Le gérant, Théo Sagnier, n’a été alerté ni par son alarme ni par les caméras, découvrant le vol seulement le lendemain matin.
- Cette technique, passible de six mois d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, se multiplie en France, comme lors d’un cambriolage près de l’Élysée en juillet 2025.
- Un expert judiciaire confirme l’efficacité des brouilleurs : ils saturent les ondes, empêchant les alarmes d’envoyer des alertes aux centrales de surveillance.
Une intrusion méthodique et indétectable
Dans la nuit du 18 au 19 juin 2026, les forces de l’ordre de Beauvais (Oise) ont été confrontées à un casse d’un nouveau genre. Des cambrioleurs ont neutralisé, en moins d’une heure, l’ensemble des dispositifs de sécurité d’un magasin de vélos situé en centre-ville. Théo Sagnier, le gérant, n’a reçu aucune alerte : « L’appel n’est jamais arrivé sur mon portable et je n’ai jamais été prévenu. C’est en arrivant le lendemain matin que j’ai découvert que tout était vide. »
Leur cible ? Des vélos de haut de gamme, soigneusement sélectionnés parmi les 46 modèles dérobés. Selon les premières constatations, les voleurs sont passés par le toit, évitant ainsi les accès au sol. Une fois à l’intérieur, ils ont activé un brouilleur d’ondes à 3h38 précisément, rendant les caméras inopérantes. « Au total, 46 vélos ont été volés malgré la présence de caméras et de détecteurs de mouvements, a souligné Théo Sagnier. Force est de constater qu’ils ont eu le temps, pendant cette nuit, de prendre et de choisir le type de vélo haut de gamme qu’ils avaient envie de dérober. »
Un phénomène en expansion en France
Ce mode opératoire ne se limite pas à Beauvais. D’après les remontées médiatiques, les vols utilisant des brouilleurs se multiplient ces derniers mois, au point de devenir une tendance récurrente. Franceinfo – Sciences a recensé plusieurs affaires similaires, dont l’une des plus médiatisées a eu lieu en juillet 2025 dans une boutique de maroquinerie située à quelques pas de l’Élysée.
Dans cette affaire, le voleur aurait utilisé un système de brouillage sophistiqué pour désactiver l’alarme avant de s’emparer de dizaines de sacs de luxe, pour un butin estimé à près d’un million d’euros. La presse régionale, de l’Ouest France à la Dépêche du Midi, relaie régulièrement ces faits divers, soulignant l’ampleur du phénomène. Sur les réseaux sociaux, certains comptes n’hésitent pas à promouvoir openly ces technologies, malgré leur illégalité avérée.
Comment fonctionnent ces appareils illégaux ?
Pour comprendre la menace que représentent ces brouilleurs, les équipes de France Télévisions ont sollicité un expert judiciaire, l’un des rares spécialistes de ces systèmes en France. En raison de sa sensibilité, il a accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat. « On a ramené une alarme qui va nous permettre de simuler une pièce sous protection et de simuler le brouillage », a-t-il expliqué lors d’une démonstration filmée.
Concrètement, l’appareil agit en saturant les ondes électromagnétiques dans un rayon de plusieurs mètres. Résultat : la centrale d’alarme ne peut plus recevoir les signaux des capteurs, qu’il s’agisse d’une ouverture de porte ou du passage d’un individu devant un détecteur de mouvement. « On peut ouvrir la porte, bien qu’il y ait une détection de l’ouverture. La centrale ne réagit pas et ça ne sonne pas, a détaillé l’expert. L’alarme n’arrive plus à entendre les capteurs qui sont en train de l’alerter. »
« L’alarme n’arrive plus à entendre les capteurs qui sont en train de l’alerter, de l’ouverture d’une porte, du passage devant un capteur infrarouge ou ce genre de choses. »
— Expert judiciaire anonyme, spécialiste des brouilleurs d’ondes
Un arsenal juridique insuffisant face à une menace grandissante
L’utilisation de brouilleurs d’ondes est strictement encadrée par la loi française. Selon l’article 323-1 du Code pénal, ce délit est passible de six mois d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Pourtant, les professionnels du secteur estiment que cette sanction est souvent trop légère pour dissuader les malfaiteurs, dont certains agissent avec des moyens financiers importants.
Les fabricants de systèmes d’alarme tentent de riposter en développant des solutions plus résistantes aux interférences. Certaines caméras intègrent désormais des fréquences de secours ou des technologies de chiffrement avancé. « Les brouilleurs ciblent principalement les systèmes analogiques ou les premières générations de caméras IP, a précisé un responsable du secteur. Les nouvelles générations, dotées de protocoles de communication sécurisés, sont beaucoup plus difficiles à neutraliser. »
Pour les commerçants, la vigilance reste de mise. Plusieurs enseignes envisagent désormais de combiner plusieurs niveaux de protection : alarmes avec double transmission (par radio et réseau mobile), caméras équipées de batteries de secours, ou encore systèmes de détection par fibre optique. Autant dire que la course entre malfaiteurs et professionnels de la sécurité n’est pas près de s’achever.