Dans un entretien accordé au Monde, Walid Joumblatt, figure historique de la communauté druze libanaise et leader du Parti socialiste progressiste (PSP), met en garde contre ce qu’il présente comme un « plan israélien de balkanisation » du Moyen-Orient. Selon lui, les opérations militaires menées par l’État hébreu s’inscriraient dans une logique de déstabilisation de l’ordre régional issu des accords Sykes-Picot de 1916.

Ce qu'il faut retenir

  • Walid Joumblatt accuse Israël de chercher à fragmenter le Moyen-Orient via des conflits militaires répétés.
  • Il évoque un risque de « désarmement par la force » du Hezbollah, mouvement chiite libanais soutenu par l’Iran.
  • Le leader druze rappelle que ces dynamiques menacent la stabilité du Liban, déjà fragilisé par des crises politiques et économiques.
  • Les accords Sykes-Picot, qui ont redessiné les frontières du Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale, restent une référence centrale dans son analyse.

Un diagnostic géopolitique tranché

Pour Walid Joumblatt, les guerres menées par Israël ces dernières années ne relèvent pas seulement de conflits ponctuels, mais s’inscrivent dans une stratégie de long terme. « Israël a un plan de balkanisation de tout le Moyen-Orient », a-t-il affirmé au Monde, soulignant que ces actions visent à « saper l’ordre régional hérité des accords Sykes-Picot ». Ces propos, tenus dans le cadre d’un entretien exclusif, s’appuient sur une analyse des dynamiques militaires et politiques observées depuis des décennies.

Le leader druze, qui a longtemps joué un rôle clé dans la vie politique libanaise, n’hésite pas à pointer du doigt les puissances régionales et internationales qu’il accuse de complaisance envers cette stratégie. Pour lui, la fragmentation des États, comme celle de la Syrie ou de l’Irak, est un objectif assumé par Tel-Aviv, même si cela passe par des interventions militaires ou des pressions diplomatiques.

Le Hezbollah dans le collimateur

Parmi les cibles prioritaires de cette stratégie, Walid Joumblatt cite explicitement le Hezbollah, mouvement armé libanais soutenu par l’Iran. « Je mets en garde mes compatriotes contre la tentation d’un désarmement du Hezbollah par la force », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Cela ne ferait qu’aggraver les tensions et menacerait la cohésion nationale. » Selon lui, toute tentative de démanteler militairement le parti chiite risquerait de plonger le Liban dans un nouveau cycle de violences, alors que le pays peine déjà à surmonter une crise économique sans précédent.

Ces déclarations interviennent alors que les tensions entre Israël et le Hezbollah se sont intensifiées ces derniers mois, notamment après des échanges de tirs transfrontaliers et des frappes aériennes ciblées. Le risque d’une escalade militaire reste une préoccupation majeure pour les observateurs, d’autant que le Liban traverse une période de grande instabilité politique.

Un appel à la prudence face aux ingérences étrangères

Walid Joumblatt, connu pour ses prises de position nuancées, appelle à une approche diplomatique plutôt qu’à une solution militaire. « Le Liban ne doit pas se laisser instrumentaliser dans ce jeu des puissances », a-t-il précisé, tout en réaffirmant l’importance de préserver la souveraineté du pays. Ses propos s’inscrivent dans un contexte où Beyrouth est tiraillé entre des influences étrangères, notamment celles de l’Iran, de l’Arabie saoudite et d’Israël.

Le leader du PSP, qui a souvent joué un rôle de médiateur dans les crises politiques libanaises, insiste sur la nécessité de trouver une issue pacifique aux conflits régionaux. « La stabilité du Liban passe par le dialogue et le respect des accords internes », a-t-il rappelé, tout en critiquant les interventions extérieures qui, selon lui, exacerbent les divisions communautaires.

Et maintenant ?

Les déclarations de Walid Joumblatt interviennent à un moment où les tensions au Proche-Orient restent à leur paroxysme. Plusieurs observateurs estiment que la situation pourrait encore se dégrader dans les semaines à venir, notamment si Israël décide de lancer une offensive militaire contre le Hezbollah. Une telle escalade risquerait d’entraîner le Liban dans un nouveau conflit, alors que le pays peine à se relever des crises précédentes.

Côté diplomatique, les tentatives de médiation internationale se multiplient, mais leur efficacité reste incertaine. Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, prévue début juin, pourrait aborder la question des tensions régionales et tenter de désamorcer les risques d’escalade. Dans l’immédiat, la priorité semble être la préservation de la stabilité interne au Liban, alors que les divisions politiques et les pressions extérieures menacent de plonger le pays dans une nouvelle phase de turbulence.

En définitive, les propos de Walid Joumblatt rappellent que le Moyen-Orient reste un foyer de tensions où les stratégies de puissance s’entremêlent avec les revendications locales. Si son analyse reflète une vision critique des actions israéliennes, elle souligne aussi l’urgence de trouver des solutions pacifiques avant que la région ne s’enlise dans un nouveau cycle de violences.

Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés en 1916 entre la France et le Royaume-Uni, avec l’aval de la Russie, pour se partager les territoires de l’Empire ottoman en cas de victoire pendant la Première Guerre mondiale. Ils ont notamment conduit à la création de frontières artificielles au Moyen-Orient, souvent critiquées pour avoir ignoré les réalités ethniques et religieuses locales. Walid Joumblatt fait référence à ces accords pour souligner que les stratégies israéliennes actuelles visent à fragmenter à nouveau la région.