La France manque cruellement de bassins publics pour permettre un apprentissage suffisant de la natation, selon la Fédération des professionnels de la piscine (FPP). Dans un contexte marqué par une hausse de 14 % des noyades en 2025, avec plus de 1 400 décès recensés l'été dernier, l'organisation plaide pour une mobilisation immédiate des infrastructures existantes, y compris privées. « Plus d'un tiers des collectivités n'ont pas de piscine, et un tiers n'en proposent qu'une offre estivale », explique Laurent Azam, membre de la FPP et président de la toute nouvelle commission piscine publique, qui souligne les inégalités territoriales face à cette problématique.
Ce qu'il faut retenir
- 400 bassins publics manquants en France pour couvrir les besoins en apprentissage de la natation.
- Plus de 1 400 noyades enregistrées en 2025, soit une hausse de 14 % en un an.
- La moitié des piscines publiques ont plus de 38 ans et nécessitent des travaux de rénovation.
- L'organisation propose d'utiliser les piscines privées (hôtels, campings, résidences) pour des cours collectifs.
- Les piscines privées en France ont augmenté de 12 % au premier trimestre 2026, atteignant 3,7 millions d'unités.
Le constat dressé par la FPP est d'autant plus alarmant que l'état des infrastructures existantes laisse à désirer. Selon les données recueillies par la fédération, la moitié des bassins publics ont été construits il y a plus de 38 ans, principalement dans le cadre du « plan piscine » lancé dans les années 1970. Ces équipements, aujourd'hui vieillissants, nécessitent des travaux de rénovation urgents, tant sur le plan structurel que technique. « L'eau et l'énergie représentent entre 25 et 30 % du fonctionnement annuel de ces piscines », précise Laurent Azam. Il insiste sur la nécessité de repenser leur conception pour les rendre « plus vertueuses et plus économiques », notamment en intégrant des innovations technologiques comme les systèmes de filtration avancés ou la récupération d'énergie, absentes des modèles d'antan.
« On voit énormément d'innovations sur les systèmes de filtration, sur la récupération d'énergie. Ces choses-là n'existaient pas le siècle dernier. »
— Laurent Azam, membre de la FPP et président de la commission piscine publique
Face à ce constat, la FPP avance une solution pragmatique : ouvrir les piscines privées à des activités d'apprentissage. Hôtels, campings, résidences de tourisme ou établissements thermaux disposent souvent de bassins sous-utilisés, voire fermés une partie de l'année. Pourtant, ces infrastructures, souvent couvertes et chauffées, pourraient être exploitées toute l'année pour dispenser des cours de natation. « De plus en plus, les piscines sont couvertes, chauffées, on peut les utiliser tout au long de l'année et faire de l'apprentissage de la natation en laissant ces piscines ouvertes », estime Stéphane Figueroa, présidente de la FPP. « Ça ne sert pas que pour les piscines : ça sert pour les lacs, la mer, les rivières. Mais par contre, le plus facile pour apprendre, c'est dans une piscine. »
L'initiative n'est pas nouvelle, mais prend une dimension urgente avec l'explosion du nombre de piscines privées en France. Selon les dernières données, le pays compte désormais 3,7 millions de bassins privés, soit une hausse de 12 % enregistrée au premier trimestre 2026 — un record en Europe. Ces chiffres, s'ils reflètent une démocratisation des équipements, posent également des défis en matière de sécurité. « Ne serait-ce que d'apprendre à un enfant à se retourner dans l'eau pour garder la tête hors de l'eau, ça peut lui sauver la vie », rappelle Stéphane Figueroa. Elle ajoute : « Pour l'avoir organisé moi-même, chez moi, c'est assez folklorique. Le faire dans ces établissements, ce serait beaucoup plus facile. Le plus important, c'est l'apprentissage de la natation. »
Cette proposition s'inscrit dans un contexte où les noyades représentent un enjeu de santé publique. Les vagues de chaleur répétées, couplées à un apprentissage souvent insuffisant de la natation, expliquent en partie l'augmentation des accidents. En 2025, les secours ont recensé 1 400 noyades mortelles entre juin et septembre, un chiffre en nette hausse par rapport aux années précédentes. Les régions les plus touchées sont celles où l'accès aux piscines publiques est limité, confirmant les disparités territoriales dénoncées par la FPP.
Les collectivités locales, déjà en tension budgétaire, peinent à répondre à ce besoin. Selon les chiffres de la FPP, plus d'un tiers des communes françaises ne disposent d'aucune piscine publique, tandis qu'un autre tiers n'en propose qu'une utilisation saisonnière, souvent estivale. Cette carence touche particulièrement les zones rurales et les banlieues, où les populations les plus jeunes sont aussi les plus exposées aux risques de noyade. « La natation est une compétence de survie, mais elle reste inégalement accessible », souligne Laurent Azam.
Pour la FPP, l'enjeu dépasse la simple question des infrastructures. Il s'agit de réduire durablement le nombre de noyades, en combinant prévention, accessibilité et innovation. « L'objectif n'est pas seulement de construire des piscines, mais de créer un écosystème où chacun, quel que soit son lieu de résidence, puisse apprendre à nager en toute sécurité », résume Stéphane Figueroa. Alors que l'été 2026 s'annonce déjà chaud, la question de l'apprentissage de la natation reste plus que jamais d'actualité.
Plusieurs obstacles freinent cette utilisation. D'abord, les règles de sécurité strictes encadrant les piscines privées — notamment celles des hôtels ou campings — limitent souvent leur accès au public. Ensuite, ces infrastructures sont parfois gérées par des prestataires externes, ce qui complique l'organisation de cours collectifs. Enfin, leur disponibilité varie selon les saisons et les contrats commerciaux en place.