Plusieurs milliers de personnes sont portées disparues à Gaza, selon les estimations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Ces disparitions, liées aux destructions massives et aux opérations militaires menées depuis l’été 2025, laissent des familles palestiniennes dans une incertitude totale. Entre espoirs de retrouver un proche vivant et craintes de le savoir enseveli sous les ruines, l’angoisse persiste jour après jour. Comme le rapporte RFI, cette situation touche désormais des milliers de foyers, dont celui de la famille Hammad, dont le fils Essam a disparu lors des combats de l’été dernier.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de plusieurs milliers de personnes sont portées disparues à Gaza depuis l’été 2025, selon le CICR.
  • Ces disparitions sont attribuées aux destructions et aux opérations militaires israéliennes dans le territoire.
  • Les familles, comme celle d’Essam Hammad, ignorent si leur proche est en vie ou décédé sous les décombres.
  • Le CICR souligne l’urgence d’une clarification sur le sort des disparus pour éviter une crise humanitaire prolongée.
  • Les recherches menées par les ONG locales et internationales peinent à obtenir des réponses des autorités israéliennes.

Des milliers de vies suspendues à un fil

Dans la bande de Gaza, ravagée par les bombardements et les combats récurrents, des familles entières vivent depuis des mois dans l’angoisse la plus totale. Le CICR, dont les estimations sont reprises par plusieurs organisations humanitaires, évoque un chiffre de « plusieurs milliers » de disparus. Ces personnes, dont on ignore s’elles sont détenues par Israël, ensevelies sous les décombres ou prises au piège dans des zones inaccessibles, représentent une source de souffrance quotidienne pour leurs proches. À Rafah, à Khan Younis ou encore à Gaza-Ville, les appels au secours se multiplient, mais les réponses se font attendre.

Pour la famille Hammad, basée dans le nord de Gaza, cette attente dure depuis le mois de juillet 2025. Essam, 28 ans, technicien en électronique, a été porté disparu lors d’un bombardement qui a détruit son quartier. « Nous avons reçu des témoignages selon lesquels il aurait été arrêté par les forces israéliennes, mais aucune confirmation officielle n’a jamais été donnée », explique son frère, Yasser Hammad, sous couvert d’anonymat par crainte de représailles. Depuis, la famille multiplie les démarches auprès des autorités locales, des ONG et de la Croix-Rouge, sans obtenir d’éclairage.

Une incertitude entretenue par le silence des autorités

Si les destructions massives et les combats expliquent en partie ces disparitions, le manque de transparence des autorités israéliennes aggrave la crise. Le CICR, qui tente d’obtenir des listes de détenus ou de personnes localisées sous les décombres, se heurte régulièrement à des refus ou à des réponses évasives. « Nous avons besoin d’accéder aux zones concernées pour évaluer la situation, mais les restrictions persistent », a indiqué un porte-parole de l’organisation à RFI. Cette opacité nourrit les rumeurs et alimente l’angoisse des familles, incapables de faire leur deuil ou de tourner la page.

Les associations locales, comme le Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), dénoncent une « politique du silence » de la part d’Israël. « Sans liste officielle des personnes détenues ou décédées, les familles sont condamnées à vivre dans l’incertitude, ce qui équivaut à une seconde peine pour elles », a souligné un responsable du PCHR. Dans un contexte où l’accès à l’information est déjà limité, cette absence de communication officielle laisse planer le doute sur le sort de centaines de personnes.

Et maintenant ?

Pour l’instant, les perspectives d’amélioration restent limitées. Le CICR continue de négocier avec les parties prenantes pour obtenir un accès aux zones touchées et aux listes de détenus, tandis que les ONG locales appellent à une médiation internationale. Une réunion d’urgence entre les belligérants, prévue initialement pour septembre 2026, pourrait enfin permettre d’aborder la question des disparus. Reste à voir si cette échéance débouchera sur des avancées concrètes ou si l’attente des familles se prolongera encore.

Le poids de l’attente sur les épaules des proches

Dans les rues de Gaza, les familles des disparus tentent de se raccrocher à l’espoir, malgré l’épuisement. À Gaza-Ville, une femme, qui préfère garder l’anonymat, raconte avoir reçu un appel anonyme il y a trois mois : « On m’a dit que mon frère était vivant, mais sans preuve tangible, comment puis-je y croire ? » Ces témoignages, souvent contradictoires, reflètent la détresse d’un peuple privé de repères. Les psychologues de Médecins Sans Frontières (MSF) alertent sur l’impact psychologique de cette incertitude, comparant cette situation à une « torture mentale » pour les proches.

Du côté des autorités israéliennes, aucune déclaration officielle n’a été faite sur le sort des disparus gazaouis. Seuls des communiqués épars évoquent des « opérations ciblées » contre des « éléments armés », sans jamais mentionner les civils pris au piège ou arrêtés. Pour les familles, cette absence de clarté équivaut à une condamnation à l’incertitude, sans perspective de résolution.

Alors que le conflit à Gaza entre dans sa troisième année consécutive, la question des disparus reste l’une des plus douloureuses. Sans réponse, les familles continuent de frapper aux portes des organisations humanitaires, dans l’espoir impossible de retrouver un jour leurs proches — vivants ou morts.

Le CICR s’appuie sur plusieurs sources : les témoignages des familles, les rapports des ONG locales, les données des hôpitaux et des morgues, ainsi que les rares informations transmises par les autorités israéliennes. L’organisation croise ces éléments pour établir des listes provisoires, mais l’accès limité aux zones sinistrées et le manque de transparence compliquent ces estimations.