Vingt-cinq ans après la publication de son roman « En l’absence des hommes », l’écrivain Philippe Besson publie ce 3 septembre aux éditions Julliard un nouveau texte intitulé « La Première Phrase du premier livre ». Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, ce récit autobiographique plonge le lecteur au cœur des années qui ont forgé sa vocation d’écrivain, entre nostalgie, épreuves et révélations intimes.

Ce qu'il faut retenir

  • Philippe Besson publie un nouveau roman, « La Première Phrase du premier livre », aux éditions Julliard le 3 septembre 2026.
  • Ce récit explore les années de formation de l’auteur, marquées par des événements personnels et collectifs des années 1970 et 1980.
  • L’ouvrage s’attarde sur la mort accidentelle de son cousin à 18 ans, un tournant dans sa prise de conscience de la fragilité de la vie.
  • Le roman évoque aussi son coming out, les difficultés scolaires et l’influence déterminante d’une professeure de lettres.
  • Besson y analyse comment les deuils, l’absence et le désir d’écrire s’entremêlent pour façonner son œuvre future.

Un retour aux sources pour comprendre une vocation littéraire

Dans ce livre, Philippe Besson, connu pour sa plume sensible aux thèmes de la disparition et des blessures intimes, offre une plongée dans une jeunesse provinciale, celle du village de Lamérac, en Charentes. « L'endroit d'un bonheur quasiment sans tache », comme il le décrit, où il a grandi entouré de l’affection de ses parents – un père instituteur et une mère secrétaire de notaire. « Je ne serais pas devenu celui qui écrit, qui cherche encore, cinquante ans plus tard, les mots les plus justes pour évoquer le miroitement à la surface des vagues, le bruit singulier du ressac, ou l’odeur de carburant, et qui enrage de ne pas les trouver », confie-t-il dans son roman.

Le texte, empreint d’une nostalgie douce-amère, dépeint une époque charnière, entre la fin des années 1970 et les années 1980, marquée par des transformations sociales majeures. Besson y évoque les premiers émois amoureux, les vacances à l’île de Ré avant son embourgeoisement, mais aussi les bouleversements politiques et culturels de l’époque : « des derniers jours du disco à la chute du communisme, du triomphe des années fric aux ravages du sida ». Autant de contextes qui, sans le savoir encore, préparaient le terreau de sa future carrière d’écrivain.

L’épreuve comme catalyseur : deuils et silences transformés en écriture

La mort brutale de son cousin, âgé de 18 ans, dans un accident de moto, constitue un tournant dans la vie du jeune Besson. « J’ai compris que la mort n’était pas une idée (...) et surtout qu’elle emporterait, lors de la décennie suivante, tant de mes amis (...) qu’elle provoquerait tant de manque, et donc d’écriture », explique-t-il. Ce drame marque la fin de son innocence et le début d’une prise de conscience douloureuse, qui nourrira plus tard ses romans.

Son entrée au collège est également marquée par l’homophobie de ses camarades, une expérience qu’il analyse avec le recul comme une blessure profonde. « L'écriture deviendra l'exutoire pour faire un sort à ce dégoûtant silence », confie-t-il. Plus tard, la disparition de son ami Matthieu, emporté par le sida, renforce encore ce sentiment de perte et d’urgence à écrire, dans une décennie où la maladie frappe massivement la communauté homosexuelle.

Les années 1980 : entre ascension sociale et désillusions

Les années 1980 voient Besson s’éloigner progressivement de ses origines modestes. Après des études en classe préparatoire HEC à Bordeaux et en école de commerce à Rouen, il intègre le monde du travail en tant que responsable des ressources humaines dans un grand magasin parisien. Ce parcours, qu’il qualifie lui-même de « transfuge de classe », s’accompagne d’une certaine autodérision : « J'étais devenu indéniablement un traître pour l'enfant et l'adolescent que j'avais été. »

Pourtant, c’est aussi à cette époque que l’écriture commence à s’imposer à lui. Une professeure de lettres, en brisant les « verrous » de sa timidité, joue un rôle clé dans cette révélation. « À ce moment-là, l’élève Besson, fan de Jean-Jacques Goldman, griffonnait en cachette des paroles de chansons. « Mes premiers écrits » », précise-t-il. Ces débuts littéraires précèdent une longue période de solitude et d’introspection, indispensable selon lui pour devenir écrivain : « J'avais deviné que l'écriture, ça ne se partage pas, ça n'appartient qu'à soi, c'est la solitude, une solitude immense, terrible et magnifique à la fois. »

L’écriture comme seconde naissance

À l’aube de ses 30 ans, Philippe Besson vit une sorte d’exil intérieur, qui le pousse à renouer avec sa véritable vocation. « Quelque chose s’était mis en place. (...) Une histoire s’était imposée », écrit-il. Cette période marque le début de sa « vraie vie », celle d’écrivain. Dans son roman, il revient sur cette transition avec une lucidité rare : « L'écriture prend sa source tant dans la familiarité précoce avec la fiction, le désir ardent d'autres vies possibles, de destins inventés, que dans l'empreinte des disparus, la somme épouvantable des deuils, la morsure cruelle de l'absence. »

Ce récit, à la fois intime et universel, illustre comment les expériences personnelles, même les plus douloureuses, peuvent se muer en une œuvre littéraire. Besson y montre que l’écriture n’est pas seulement un acte de création, mais aussi une nécessité vitale, un moyen de donner un sens à ce qui, sans elle, resterait enfoui dans le silence.

Et maintenant ?

La publication de « La Première Phrase du premier livre » coïncide avec une période charnière pour Philippe Besson, qui pourrait donner lieu à des débats sur le rôle de la littérature comme exutoire des traumatismes personnels. L’ouvrage, disponible depuis hier, devrait être salué par la critique pour sa franchise et sa profondeur psychologique. Les lecteurs, quant à eux, pourront y découvrir une facette inédite de l’écrivain, bien au-delà des romans qui l’ont rendu célèbre.

Informations pratiques

Le roman « La Première Phrase du premier livre » est publié aux éditions Julliard et compte 240 pages. Son prix public est fixé à 21 euros. Une édition en format numérique est également disponible.

« J'étais enclin à considérer chez moi le surgissement de l'écriture, à la toute fin du siècle passé, comme une deuxième naissance, l'avènement d'une nouvelle existence, qui n'avait rien à voir avec ce qui l'avait précédée. Dès lors, je devais admettre que celui que j'avais été avant ce surgissement avait littéralement disparu. Ainsi, la question devenait-elle : que conserverais-je de cette personne disparue ? »

— Extrait de « La Première Phrase du premier livre », Philippe Besson, page 13

Contrairement à ses romans de fiction, « La Première Phrase du premier livre » est un récit autobiographique où Philippe Besson explore les origines de sa vocation littéraire. Il s’agit d’un retour sur sa jeunesse, ses traumatismes et ses rencontres, qui ont façonné son style et ses thèmes de prédilection, comme l’absence ou les blessures intimes.