La bande de Gaza, déjà fragilisée par des années de tensions et un récent conflit ayant pris fin en octobre 2025, fait face à une nouvelle menace sanitaire : une prolifération massive de rongeurs dans les camps de déplacés. Selon Euronews FR, cette invasion aggrave une crise humanitaire déjà critique, avec des risques d'épidémies et une détérioration des conditions de vie pour près de 1,4 million de personnes.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 17 000 cas de personnes exposées à des rongeurs et parasites externes enregistrés par l'OMS depuis le début de l'année 2026.
- Un environnement dévasté par 60 millions de tonnes de décombres, favorisant la création de terriers pour les rongeurs.
- Des restrictions imposées à l'entrée de produits antiparasitaires, aggravant l'incapacité à lutter contre l'invasion.
- 1 300 tonnes d'ordures s'accumulent quotidiennement, tandis que les réseaux d'égouts défectueux amplifient la propagation.
- Des milliers de familles stockent leur nourriture dans des tentes, exposée à la contamination par les rongeurs.
Les témoignages recueillis par les équipes d'Euronews FR illustrent l'ampleur de cette crise. Maha Sharaf, une Palestinienne déplacée originaire du sud de Gaza, décrit une situation insupportable : « C'est une deuxième guerre », déclare-t-elle. « Les rats et les fouines se répandent massivement à l'intérieur des tentes. Toute la nuit, nous n'arrivons pas à dormir à cause d'eux. » Elle explique avoir capturé plusieurs rongeurs, mais souligne l'impossibilité de contrôler leur prolifération en raison des déchets et gravats entourant le camp.
Cette invasion ne se limite pas à une nuisance nocturne. Elle représente un danger sanitaire majeur. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé plus de 17 000 cas de contacts entre personnes déplacées et rongeurs ou parasites externes depuis janvier 2026. Ces animaux, porteurs de maladies bactériennes et virales, contaminent les zones habitées par leurs excréments et leurs morsures. Les rapports d'ONG et d'experts environnementaux soulignent que l'effondrement des infrastructures, combiné à l'accumulation de déchets, crée un milieu idéal pour leur multiplication.
Un écosystème propice aux rongeurs
Selon le Comité international de soutien aux droits du peuple palestinien (Hashd), les quelque 60 millions de tonnes de décombres qui jonchent la bande de Gaza forment un réseau de terriers et de passages, offrant aux rats et autres nuisibles un habitat naturel. Les eaux usées non traitées, mélangées aux ordures, s'infiltrent dans les zones de tentes, attirant encore davantage ces animaux.
Saeed al-Aklouk, expert en environnement à Gaza, tire la sonnette d'alarme : « Les stocks de produits de lutte contre les rongeurs sont totalement inexistants. » Il met en garde contre l'absence de moyens pour endiguer cette prolifération, d'autant que les restrictions imposées à l'entrée de Gaza limitent drastiquement l'accès aux pesticides et au matériel nécessaire. Les responsables locaux estiment que 1 300 tonnes d'ordures s'accumulent chaque jour dans l'enclave, en plus des gravats, rendant toute tentative de contrôle illusoire.
« Nous ne savons pas comment les contrôler, il n'y a pas de médicaments ni de ressources. »
— Abdul Latif Hassouna, déplacé de Khan Younès, dont l'enfant a été mordu par un rongeur.
Abdul Latif Hassouna décrit avec désespoir la situation à l'intérieur de sa tente : « Ils se faufilent sous la tente et nous ne pouvons pas dormir. » Son enfant, mordu par un rongeur, est resté alité plusieurs jours sans traitement médical. « Mon fils a été malade pendant des jours, et nous n'avions aucun moyen de l'aider », confie-t-il.
Des conséquences sanitaires, alimentaires et psychologiques
Le ministère de la Santé de Gaza alerte sur les risques de maladies graves transmises par les rongeurs, notamment des infections bactériennes et virales. Moatasem al-Nakhaleh, également déplacé, témoigne de la détresse des familles : « Les petits enfants ont peur. Nous avons des fouines, des rats, des souris, des cafards et des moustiques partout. » Il ajoute que les maladies de peau se propagent rapidement parmi les enfants, en raison de l'environnement insalubre.
Mounir al-Shakhrit, consultant en médecine d'urgence au complexe médical al-Shifa à Gaza-ville, confirme l'afflux de patients mordus par des rongeurs dans les hôpitaux. « Les capacités de traitement sont limitées, et nous ne pouvons pas faire face à cette nouvelle vague de cas », explique-t-il. Les familles, contraintes de stocker leur nourriture à l'intérieur des tentes par manque d'alternatives, voient leurs réserves se dégrader ou se contaminer. Cette situation aggrave une pénurie alimentaire déjà critique.
Au-delà des aspects sanitaires et logistiques, l'impact psychologique est lourd. Les enfants, terrorisés par les rongeurs, souffrent de troubles du sommeil. Les mères, incapables de protéger leur progéniture, vivent dans un état d'anxiété permanent. « On se sent impuissants », résume une mère de famille sous couvert d'anonymat.
Cette crise, qui s'ajoute aux défis post-conflit, rappelle que la reconstruction de Gaza ne se limite pas à la réparation des infrastructures. Elle exige également une réponse sanitaire et environnementale coordonnée pour éviter l'effondrement total du système.
Les rongeurs sont vecteurs de plusieurs maladies graves, notamment la leptospirose, la fièvre hémorragique, la salmonellose et la peste. Leurs excréments et leur salive peuvent contaminer l'eau et la nourriture, tandis que leurs morsures peuvent transmettre des infections bactériennes.
Les restrictions à l'importation de Gaza, imposées par le blocus en vigueur depuis plusieurs années, concernent aussi bien les produits pharmaceutiques que les équipements de lutte anti-parasitaire. Les autorités israéliennes, qui contrôlent en partie l'accès à l'enclave, justifient ces mesures par des raisons de sécurité, mais cette politique aggrave la crise humanitaire.