L’annonce d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, mettant fin à 107 jours de conflit au Moyen-Orient, a provoqué des mouvements marqués sur les marchés financiers ce lundi 15 juin. Selon BFM Bourse, cet accord, signé vendredi 19 juin en Suisse, devrait permettre la réouverture du détroit d’Ormuz, une artère stratégique pour le commerce mondial et les approvisionnements énergétiques.
Ce qu'il faut retenir
- Les valeurs liées à la reconstruction et à la mobilité ont fortement progressé : Saint-Gobain (+5,2 %), Renault (+4,5 %), Airbus (+3,7 %), Safran (+4,3 %).
- Totalenergies a chuté de 5,22 %, en raison de la baisse du cours du pétrole, tombé à 83 dollars le baril (-5 %).
- Le secteur automobile et aéronautique profite de la fin des tensions, tandis que les matériaux de construction anticipent une reprise de l’activité.
- Les analystes soulignent que la fin du conflit pourrait atténuer les risques sur le trafic aérien et les chaînes d’approvisionnement.
L’accord, intervenu après des mois de négociations, marque un tournant pour les marchés. « Il était attendu que Donald Trump annonce un accord avec l’Iran avant la Coupe du monde. Cela aura finalement été fait dès les premiers jours de la compétition et, comme souvent, un week-end afin de maximiser l’impact sur les marchés financiers », analyse Antoine Andreani, de XTB Research.
Les secteurs en hausse : matériaux de construction et automobile en tête
Parmi les valeurs les plus dynamiques, les cimentiers et matériaux de construction affichent des performances exceptionnelles. À Paris, Saint-Gobain gagne 5,2 %, tandis que Vicat progresse de 5,6 %. En Suisse, Holcim s’adjuge 3,5 %, et à Francfort, Heidelberg Materials avance de 4,25 %. Un rebond qui s’explique par la levée des tensions dans une région clé pour leurs approvisionnements énergétiques.
« Le secteur avait beaucoup souffert de l’éclatement de la guerre en Iran et de la fermeture du détroit d’Ormuz, en raison de son caractère énergivore », souligne un intermédiaire financier. Selon lui, « la plupart de ces entreprises utilisent des couvertures sur leur approvisionnement à hauteur de 80 %. Mais au-delà de la consommation d’énergie, le secteur a également pâti des inquiétudes macroéconomiques, les cimentiers étant un secteur très cyclique ».
Côté automobile, Renault et Stellantis enregistrent des hausses respectives de 4,5 % et 3,9 % sur le CAC 40. L’équipementier Forvia complète ce trio avec une progression de 5,3 % dans le SBF 120. Une embellie qui contraste avec les craintes exprimées fin mars par Morgan Stanley, pour qui le conflit plaçait les constructeurs européens « face à une tempête parfaite ».
L’aéronautique en pleine ascension après des mois de turbulence
L’annonce de l’accord a également profité à l’aéronautique. Airbus et Safran enregistrent des hausses respectives de 3,7 % et 4,3 % sur le CAC 40. Pour Safran, ce rebond s’explique par son lien étroit avec le trafic aérien. « Plus ce trafic est élevé, plus les cycles de vols des avions sont importants et plus les compagnies aériennes doivent recourir aux services d’après-vente », explique un expert du secteur.
Safran réalise une grande partie de sa rentabilité via ses activités de propulsion aéronautique, notamment grâce à sa coentreprise CFM International, détenue à parts égales avec l’américain GE Aerospace. Cette entité produit des moteurs comme le CFM56, le plus vendu au monde, et le LEAP, qui équipe les monocouloirs de nouvelle génération, dont l’A320neo d’Airbus et le 737 Max de Boeing.
Selon les données de Safran fin 2024, 23 000 moteurs CFM56-5B-7B étaient en service, et 70 % d’entre eux n’avaient jamais effectué de visite en atelier. Une situation qui pourrait évoluer avec la fin des tensions au Moyen-Orient. Rappelons que le conflit avait perturbé le trafic aérien : selon le cabinet Cirium, 5 millions de passagers avaient subi des annulations de vols entre le 28 février et le 11 mars. L’IATA indiquait quant à elle qu’au début mars, 85 % des vols au départ ou à destination des aéroports du Golfe avaient été annulés. « À la fin du mois, moins de la moitié des vols initialement prévus au départ de ces aéroports avaient été assurés », précisait l’organisation.
Totalenergies en recul face à la baisse des cours du pétrole
Dans ce contexte, Totalenergies fait figure d’exception en reculant de 5,22 %, dans le sillage de la chute du baril de Brent à 83 dollars (-5 %). Un niveau qui reste cependant supérieur à celui d’avant le conflit, où le baril s’échangeait autour de 73 dollars. « Les groupes pétroliers ont tiré parti de la hausse des cours de l’or noir depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, leurs prix de marché grimpant en flèche tandis que les coûts de production et d’extraction n’augmentent que faiblement », rappelle Barclays dans une note d’avril.
Avec le rebond du pétrole, les résultats financiers de Totalenergies ont été dopés. Au premier trimestre 2026, son bénéfice net consolidé a progressé de 51 %, atteignant 5,8 milliards de dollars. « Totalenergies a pleinement profité des avantages de la hausse des prix du pétrole brut, ainsi que d’une solide performance commerciale », écrit la banque.
Pour Morgan Stanley, la guerre en Iran pourrait avoir un impact durable sur les prix de l’or noir. « Il est peu probable que le marché pétrolier revienne à la situation qui prévalait avant le récent conflit », estimait la banque en mars. « Quelles que soient les suites données aux événements, les quatre dernières semaines ont modifié la façon dont les investisseurs doivent envisager le détroit d’Ormuz, les capacités de production de réserve et l’importance d’un approvisionnement pétrolier sûr ».
Au-delà des marchés, cet accord pourrait marquer un apaisement durable au Moyen-Orient, avec des répercussions économiques et géopolitiques encore difficiles à mesurer. Une chose est sûre : après 107 jours de conflit, la réouverture d’un corridor aussi stratégique que le détroit d’Ormuz ouvre la voie à une reprise progressive des échanges mondiaux.
La chute de Totalenergies s’explique par la baisse immédiate du cours du pétrole, qui reste un indicateur clé pour les majors pétrolières. Après avoir profité de la hausse des prix liée au conflit, les investisseurs anticipent désormais une normalisation des approvisionnements et une possible baisse des marges. Le baril de Brent a perdu 5 % ce lundi, tombant à 83 dollars, un niveau inférieur aux sommets atteints pendant la guerre.
Selon les données de l’IATA, près de 85 % des vols au départ ou à destination des aéroports du Golfe avaient été annulés début mars, en raison des tensions. Avec la fin du conflit, les compagnies aériennes devraient rétablir progressivement leurs liaisons, ce qui bénéficiera aux acteurs comme Safran et Airbus, dont les revenus dépendent des services de maintenance et de pièces détachées.