Pour la première fois, des traces d’ADN humain datant de plusieurs milliers d’années ont été identifiées sur les parois de grottes situées en Espagne et au Portugal. Selon Courrier International, cette découverte, publiée dans la revue Nature Communications le 23 juin 2026, ouvre une nouvelle voie pour comprendre qui se tenait derrière les œuvres d’art rupestre laissées par nos ancêtres.
Jusqu’à présent, les études génétiques portant sur des périodes aussi reculées se concentraient principalement sur des ossements, des sédiments ou des outils retrouvés sur les sites archéologiques. Pourtant, les chercheurs ont choisi d’explorer une piste inédite : et si les parois des grottes, voire les surfaces peintes, avaient conservé des traces invisibles de leurs visiteurs ? C’est ce pari audacieux qui a conduit à cette trouvaille, saluée comme une « véritable révolution » par les scientifiques.
Ce qu'il faut retenir
- Des échantillons d’ADN humain ont été prélevés sur 11 grottes d’art rupestre en Espagne et au Portugal, dont la célèbre grotte d’Altamira.
- 54 échantillons ont été analysés, à la fois sur des parois peintes et non peintes, révélant des traces génétiques anciennes.
- Cette méthode inédite pourrait permettre d’identifier les individus ayant réalisé les peintures rupestres, une première dans l’histoire de l’archéologie.
- Les œuvres étudiées incluent des marques peintes, des mains en « négatif » et des peintures figuratives, comme celles d’Altamira.
- L’étude a été menée par une équipe internationale et publiée le 23 juin 2026 dans Nature Communications.
Une méthodologie innovante pour percer les secrets des grottes
Les chercheurs ont ciblé des sites où l’art rupestre est présent, mais aussi des zones sans peinture, afin de comparer les résultats. « D’ordinaire, les études consacrées aux ADN aussi anciens portent plutôt sur les os, les sédiments ou les outils découverts sur les sites archéologiques », rappelle le magazine Archeology News, cité par Courrier International. Cette fois, l’équipe a exploré une hypothèse différente : les parois elles-mêmes pourraient avoir piégé des molécules organiques laissées par les visiteurs passés.
Parmi les 11 grottes analysées, la grotte d’Altamira, en Espagne, figure parmi les plus emblématiques. Ses peintures figuratives, réalisées il y a des dizaines de millénaires, témoignent du génie artistique de nos ancêtres. Pourtant, jusqu’à présent, leur identité restait un mystère. Grâce à cette nouvelle approche, les scientifiques espèrent enfin lever le voile sur ces artistes anonymes.
Des retombées potentielles majeures pour la recherche préhistorique
Genevieve von Petzinger, paléoanthropologue à l’université Witwatersrand à Johannesburg et membre de l’équipe, qualifie cette découverte de « extraordinaire ». Dans les colonnes de New Scientist, elle souligne l’importance de cette avancée : « Cette découverte nous permettra peut-être de découvrir les véritables artistes, les individus derrière les œuvres. » Autant dire que cette méthode pourrait bouleverser la compréhension des sociétés préhistoriques.
Pour l’instant, les échantillons ont révélé des traces d’ADN humain, mais leur analyse complète prendra encore du temps. Les chercheurs devront déterminer à quelle période ces individus ont fréquenté les grottes, et surtout, s’ils sont bien les auteurs des œuvres retrouvées sur place. Une tâche complexe, mais prometteuse, qui pourrait redéfinir notre vision de l’art et de la culture préhistoriques.
Cette avancée soulève également des questions éthiques et pratiques. Jusqu’où peut-on aller dans l’étude des traces génétiques laissées par nos ancêtres ? Faut-il encadrer davantage ce type de recherches pour préserver l’intimité des individus, même disparus depuis des millénaires ? Autant de débats qui pourraient émerger dans les mois à venir, à mesure que cette technique se développe.
Une chose est sûre : cette découverte marque un tournant dans l’archéologie. En permettant d’associer des visages à des œuvres d’art rupestre, elle donne une nouvelle dimension à notre compréhension des premiers artistes de l’humanité.
Pour l’instant, les échantillons analysés concernent uniquement de l’ADN humain. Les chercheurs n’ont pas évoqué la présence d’ADN d’autres espèces, comme les néandertaliens ou les denisoviens, dans cette étude. Cependant, cette piste pourrait être explorée dans le cadre de futures recherches.