« C’est rare de voir autant de petits de moins de six mois dans un état grave », a déclaré Rachel Lozano, référente nutrition pour Médecins sans frontières (MSF) Hollande, dans une interview accordée le 29 août 2026 à la Rédaction Internationale de Radio France. Selon nos confrères de Franceinfo - Santé, cette situation alarmante s’inscrit dans un contexte où près de 14 millions d’Afghans, sur une population totale de 45 millions, souffrent de malnutrition. Les enfants de moins de deux ans sont particulièrement touchés, avec un million d’entre eux atteints de malnutrition aiguë sévère — un niveau jamais enregistré auparavant.

Ce qu’il faut retenir

  • Près de 14 millions d’Afghans sont en situation de malnutrition, selon l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial.
  • Un million d’enfants de moins de deux ans souffrent de malnutrition aiguë sévère, un record historique.
  • Les provinces de Kandahar et du Helmand, dans le sud du pays, sont particulièrement touchées par cette crise.
  • Les centres de nutrition thérapeutique accueillent un tiers d’admissions supplémentaires, contraignant à admettre deux enfants par lit.
  • Le réchauffement climatique, la baisse des financements internationaux et le conflit avec le Pakistan ont aggravé la situation humanitaire.

Une crise humanitaire aggravée par plusieurs facteurs

Plusieurs éléments expliquent cette détérioration rapide de la situation nutritionnelle en Afghanistan. D’abord, le réchauffement climatique a perturbé les cycles agricoles, réduisant les récoltes et aggravant l’insécurité alimentaire. Ensuite, la baisse drastique des financements internationaux a limité la capacité des organisations humanitaires à intervenir. Enfin, le conflit avec le Pakistan voisin a entravé l’acheminement de l’aide, notamment dans les zones frontalières. « On constate un tiers d’admissions supplémentaires dans les centres de nutrition thérapeutique », a précisé Rachel Lozano. « Ce qui nous oblige à admettre deux enfants par lit, faute de place. »

Les conséquences de cette crise sont particulièrement visibles chez les nourrissons. « Normalement, ces enfants se nourrissent principalement de lait maternel, explique la référente nutrition. Cela révèle la détresse extrême des familles, des mères et des femmes enceintes ou allaitantes. » Les centres de santé primaires, autrefois capables de traiter la malnutrition aiguë ou modérée, ne sont plus accessibles en raison des coupes budgétaires. Les centres ambulatoires sont également touchés par cette réduction des moyens.

Des témoignages accablants sur le terrain

Sur place, Rachel Lozano a rencontré des mères dans une situation désespérée. « J’ai vu des femmes qui avaient leur dixième enfant, voire leur quinzième, détaille-t-elle. Nourrir correctement tous ces enfants devient une mission impossible. » Les consultations révèlent une autre réalité tragique : de nombreuses mères arrivent avec des biberons vides, remplis uniquement de thé. « Ces images sont insupportables, confie-t-elle. Elles illustrent l’effondrement des conditions de vie et l’incapacité à répondre aux besoins les plus basiques. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un million d’enfants de moins de deux ans sont touchés par la malnutrition aiguë sévère, un niveau sans précédent. « Je suis triste et enragée de voir une situation qui ne cesse de se dégrader », a confié Rachel Lozano. Le système de santé afghan, déjà fragile, peine à absorber un tel afflux de patients dans un contexte de ressources limitées. Les infrastructures médicales, autrefois capables de prendre en charge ces cas, sont aujourd’hui saturées ou fermées.

L’impact du conflit et des restrictions budgétaires

La crise actuelle ne peut être dissociée du contexte politique et sécuritaire afghan. Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, les restrictions imposées aux femmes et aux organisations humanitaires ont compliqué l’accès à l’aide. Les financements internationaux, déjà en baisse avant cette date, ont été encore réduits sous l’effet des sanctions économiques et des tensions régionales. « Il manque toute la base de la pyramide du traitement, souligne Rachel Lozano. Les centres de santé primaires et ambulatoires, autrefois essentiels pour dépister et soigner la malnutrition, ont disparu. »

Le conflit avec le Pakistan a également joué un rôle clé. Les provinces du sud, comme Kandahar et le Helmand, sont en première ligne des tensions frontalières. Les restrictions imposées aux mouvements de personnes et de marchandises ont perturbé les chaînes d’approvisionnement en nourriture et en médicaments. « L’acheminement de l’aide humanitaire est devenu un parcours du combattant », explique-t-elle. Ces obstacles logistiques aggravent une situation déjà critique.

Et maintenant ?

Face à l’ampleur de la crise, les organisations humanitaires appellent à une mobilisation internationale urgente. L’UNICEF et le Programme alimentaire mondial ont déjà alerté à plusieurs reprises sur le risque d’un effondrement sanitaire en Afghanistan. Les prochaines semaines seront déterminantes pour éviter une aggravation de la malnutrition, notamment chez les enfants de moins de cinq ans. Des discussions sont en cours au niveau des Nations unies pour débloquer des fonds supplémentaires et faciliter l’accès des ONG aux zones les plus touchées. Reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour endiguer une crise qui menace des millions de vies.

Les autorités afghanes, de leur côté, peinent à apporter une réponse structurelle. Les restrictions imposées aux femmes et aux organisations internationales limitent leur capacité à agir. « Sans un changement radical dans l’accès à la santé et à la nourriture, la situation ne peut que continuer à se dégrader », alerte Rachel Lozano. La communauté internationale est donc appelée à jouer un rôle clé dans les mois à venir pour éviter une catastrophe humanitaire de grande ampleur.

La malnutrition en Afghanistan est principalement causée par une combinaison de facteurs : le réchauffement climatique qui perturbe les récoltes, la baisse drastique des financements internationaux limitant l’aide humanitaire, et les tensions avec le Pakistan qui entravent l’acheminement des secours. À cela s’ajoutent les restrictions imposées depuis le retour des talibans, notamment celles touchant les femmes et les organisations humanitaires.

Les provinces du sud de l’Afghanistan, notamment Kandahar et le Helmand, sont particulièrement touchées. Ces régions, déjà fragilisées par des décennies de conflits, subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique et des restrictions budgétaires.