Les aéroports, espaces où les repères temporels s’effacent, voient se multiplier les consommations d’alcool dès les premières heures de la journée. Une pratique qui ne cesse de faire débat, notamment depuis que Michael O’Leary, PDG de Ryanair, a relancé le débat sur une éventuelle limitation des boissons alcoolisées avant l’embarquement. Selon Euronews FR, cette question divise les acteurs du secteur aérien et des services en aéroport.
Ce qu'il faut retenir
- Ryanair enregistre près d’un déroutement par jour en Europe à cause de comportements perturbateurs liés à l’alcool, selon Michael O’Leary.
- Le patron de la compagnie propose d’instaurer une limite de deux boissons alcoolisées par passager, contrôlée via la présentation de la carte d’embarquement.
- Sir Tim Martin, propriétaire de Wetherspoon, juge cette mesure « extraordinairement difficile à appliquer », évoquant même l’idée d’un alcootest obligatoire.
- Deux passagers britanniques ont été condamnés à des peines de prison avec sursis et à des amendes dépassant 10 000 € pour avoir perturbé un vol Londres-Stansted-Ibiza.
- Au Royaume-Uni, l’embarquement peut être refusé si un passager est considéré comme ivre, selon l’Air Navigation Order 2016.
Des déroutements quotidiens liés à l’alcool en hausse
Michael O’Leary, figure controversée du secteur aérien, n’a pas mâché ses mots lors de son entretien au Times. Pour le patron de Ryanair, le problème est devenu systémique : « Cela devient un vrai défi pour toutes les compagnies aériennes », a-t-il déclaré. Selon lui, les bars des aéroports servent encore de l’alcool dès cinq ou six heures du matin, une pratique qu’il juge aberrante. « Qui a besoin de boire une bière à cette heure-là ? », s’interroge-t-il, soulignant que certains passagers prennent leur premier repas de la journée accompagné d’une pinte, tandis que d’autres ne mangent rien du tout.
Les conséquences de ces consommations précoces se mesurent en déroutements. Ryanair affirme qu’un vol par jour est dévié en Europe en raison de passagers ayant abusé de l’alcool avant l’embarquement. Une situation qui coûte cher à la compagnie, tant en termes financiers que d’image. Pour y remédier, O’Leary propose d’instaurer une limite de deux boissons alcoolisées par passager, contrôlée par la présentation obligatoire de la carte d’embarquement lors de la commande.
Des condamnations exemplaires pour illustrer la tolérance zéro
Ryanair ne se contente pas de dénoncer le problème : elle le combat activement. La semaine dernière, la compagnie a révélé que deux passagers britanniques, responsables du déroutement d’un vol entre Londres-Stansted et Ibiza vers Toulouse, ont écopé de peines de prison avec sursis pouvant aller jusqu’à dix mois, assorties d’une amende globale dépassant les 10 000 €. Une décision judiciaire qui illustre la fermeté de la compagnie face aux comportements perturbateurs en vol.
Ces mesures s’inscrivent dans la politique de tolérance zéro de Ryanair, qui communique régulièrement sur les sanctions imposées aux passagers fautifs. Pourtant, malgré ces exemples, le problème persiste, alimenté par la facilité avec laquelle l’alcool est accessible dans les aéroports, où les horaires de service s’adaptent à tous les fuseaux horaires.
Wetherspoon contre les quotas : « Impossible à appliquer sans alcootest »
Face à la proposition de Ryanair, l’opposition est immédiate. Sir Tim Martin, propriétaire de la chaîne de pubs britanniques Wetherspoon, a vivement critiqué l’idée d’un plafond de deux boissons. « Un quota serait extraordinairement difficile à appliquer », a-t-il affirmé, suggérant même la mise en place d’alcootests pour les clients. Pour lui, une telle mesure pousserait simplement les voyageurs à consommer avant leur arrivée à l’aéroport.
Selon les données internes de Wetherspoon, une « proportion significative » des ventes d’alcool dans ses établissements d’aéroport est réalisée en accompagnement d’un repas. La chaîne assure déjà appliquer des règles strictes pour éviter les excès, mais un plafonnement officiel risquerait, selon elle, de déporter la consommation hors des espaces régulés. Une position qui reflète les tensions entre les intérêts économiques des bars d’aéroport et les exigences de sécurité aérienne.
Des règles floues sur l’ivresse en vol, selon les pays
Alors que les débats sur l’alcool en aéroport s’intensifient, les règles encadrant l’ivresse à bord restent fragmentaires et varient selon les pays. Au Royaume-Uni, l’Air Navigation Order 2016 interdit explicitement de monter à bord en état d’ivresse ou d’y être ivre, sans pour autant définir précisément ce qu’est un état d’ébriété. Une ambiguïté qui laisse une marge d’interprétation aux compagnies aériennes et aux autorités.
Du côté de Lufthansa, les conditions de transport précisent que l’embarquement peut être refusé si le comportement ou l’état physique d’un passager « représente un danger pour lui-même, les autres passagers ou l’équipage », notamment sous l’effet de l’alcool. Depuis 2019, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) mène la campagne #NotOnMyFlight pour lutter contre les incivilités et les comportements agressifs à bord, dont l’ivresse fait partie. Une initiative qui montre l’importance accordée à ce sujet, sans pour autant proposer de solution uniforme.
L’équilibre entre liberté commerciale, sécurité et santé publique reste donc à trouver. Une chose est sûre : le débat est loin d’être clos, et les prochains mois pourraient voir émerger des initiatives concrètes, ou au contraire, un statu quo maintenu sous la pression des acteurs économiques.
Les sanctions varient selon les pays et les compagnies. Au Royaume-Uni, l’embarquement peut être refusé si un passager est considéré comme ivre, selon l’Air Navigation Order 2016. En Allemagne, Lufthansa peut refuser l’embarquement si le comportement ou l’état physique du passager représente un danger. Les peines peuvent aller jusqu’à des amendes, des peines de prison avec sursis, voire des poursuites pénales en cas de perturbation grave, comme l’a illustré le cas des deux passagers britanniques condamnés à plus de 10 000 € d’amende et à dix mois de prison avec sursis.