À 91 ans, Pierre Perret reste fidèle à sa ligne de conduite : continuer à créer, malgré les épreuves. Selon Franceinfo - Culture, le chanteur et auteur-compositeur, profondément marqué par le décès de son épouse Rebecca en janvier 2026, a trouvé dans l’écriture et la musique un exutoire à sa peine. Il publie ces jours-ci Mémé Anna, troisième volet de ses mémoires, et finalise un nouvel album de chansons, dont la sortie est prévue pour la fin d’année. Un entretien exclusif, réalisé à Paris, révèle les coulisses de cette production et le rôle central joué par sa grand-mère, figure inspirante et douloureuse de son enfance.
Ce qu'il faut retenir
- Un livre et un album : Pierre Perret publie Mémé Anna, un livre retraçant le destin de sa grand-mère, et prépare un nouvel album de chansons, attendu pour l’automne 2026.
- Un deuil récent : Rebecca, son épouse depuis 1962, est décédée en janvier 2026 des suites d’une chute dans un escalier parisien.
- Une enfance marquée : Mémé Anna, enfant trouvée et femme battue, a élevé Pierre Perret et inspiré une partie de son œuvre, notamment ses chansons sur la condition des femmes.
- Un perfectionnisme intact : Le chanteur, âgé de 91 ans, maintient une exigence artistique sans faille, malgré le vide laissé par le décès de Rebecca.
- Des albums de reprises : Quatre compilations de ses titres, choisies par Rebecca, sortiront prochainement, couvrant des thèmes comme la révolte, les femmes, les enfants et l’argot.
Un hommage à Mémé Anna, figure clé de son inspiration
Pierre Perret a choisi de publier Mémé Anna en premier, malgré sa chronologie tardive dans sa série de mémoires. Comme il l’explique, ce livre était « celui-là qu’il fallait écrire en premier ». L’ouvrage plonge le lecteur dans l’enfance du chanteur, marquée par cette grand-mère au destin hors du commun : abandonnée à la naissance avec une épingle et un mot (« Je m’appelle Anna, je suis fille de personne »), battue par l’homme qu’elle aimait, mais devenue une figure de résilience pour son petit-fils. « Elle a été trouvée sur le saloir d’un charcutier de Montauban », précise-t-il, soulignant l’humilité et la dureté de ses origines.
Dans cet entretien, Pierre Perret insiste sur l’influence de Mémé Anna sur son œuvre. « Tous les petits ruisseaux qui ont alimenté la grosse rivière [de sa création], ils viennent d’elle », confie-t-il. Des chansons comme Lily, Malika ou Femmes battues porteraient en elles des fragments de sa vie et de son caractère. « Il y a un petit bout d’elle dans chacune de ces chansons », confirme-t-il. Mémé Anna, analphabète et élevée dans une France rurale et pauvre, a transmis à Pierre Perret bien plus que des souvenirs : un enseignement de courage et d’authenticité. « Elle m’a dit : ‘Aie le courage d’être toi-même’ », se souvient-il.
Un travail d’écriture intense, malgré la douleur
La disparition de Rebecca, survenue en janvier 2026 à l’âge de 88 ans après une chute dans un escalier en marbre d’un hôtel parisien, a laissé un vide immense. Pourtant, Pierre Perret a canalisé sa peine dans le travail. « Je me noie dans le boulot », avoue-t-il sobrement. Depuis, il alterne les projets : Mémé Anna a demandé plusieurs années de préparation, tandis que son nouvel album, en gestation depuis plus de trois ans, devrait voir le jour d’ici la fin de l’été, pour une sortie prévue en octobre ou novembre 2026. « J’ai terminé une rafale de chansons, une douzaine au total », indique-t-il. Son perfectionnisme, déjà légendaire, n’a pas faibli avec l’âge. « Je remets toujours tout en question, quarante, cinquante fois. C’est pesant, mais c’est comme ça que je fonctionne depuis toujours. »
Les thèmes abordés dans ces nouvelles chansons reflètent ses engagements de toujours : le racisme, l’antisémitisme, l’écologie ou encore l’intolérance. « C’est mon côté Don Quichotte », explique-t-il avec une pointe d’autodérision. « Je ne peux pas m’empêcher de dénoncer la connerie et la guerre, ces maux récurrents. » Rebecca, qui n’hésitait pas à lui donner son avis sur ses créations, jouait un rôle clé dans ce processus. « Elle m’encourageait à aller jusqu’au bout, même quand je doutais », confie-t-il. « Elle savait que je ne lâcherais pas le morceau. Elle me disait : ‘Quand tu prends le stylo, tu sais quand ça commence, jamais quand ça va s’arrêter. T’es un vrai morbac !’ »
Rebecca, muse et gardienne de son œuvre
Le chanteur évoque longuement l’influence de son épouse, disparue après près de soixante-dix ans de vie commune. Rebecca, qui l’a soutenu dans ses choix artistiques, a même sélectionné les titres pour quatre albums de reprises à paraître prochainement. Ces compilations, prévues par Universal, regrouperont ses chansons autour de quatre thèmes : la révolte (La petite kurde, Lily…), les femmes, les enfants et l’argot. « C’est Rebecca qui a choisi les titres », précise-t-il. Parmi les morceaux sélectionnés, l’un d’eux tient une place particulière dans son cœur : Leïla, une chanson moins connue du grand public. Rebecca adorait cette mélodie, évoquant une vendeuse d’un petit commerce à l’île de Java. Ironie du sort, une tenancière de bar à Jakarta, qui portait le même prénom, avait cru à une coïncidence et envoyé au chanteur un béret de marin, signé par ses clients. « Elle disait que ma chanson passait quarante fois par jour sur son juke-box », raconte-t-il, amusé.
Si Rebecca était une critique exigeante, elle savait aussi reconnaître la valeur de son travail. « Elle ne se privait pas de me dire ce qu’elle pensait, souvent avec franchise », confie Pierre Perret. « Elle m’engueulait pour que j’aille au bout de mes idées. » Cette relation, à la fois fusionnelle et conflictuelle, a nourri une partie de son inspiration. « Il n’y a pas plus de solitude que dans l’écriture », souligne-t-il. « Quand tu écris une chanson ou un livre, tu es seul face à tes doutes. Rebecca savait que je ne lâcherais pas, même quand la remise en question devenait insupportable. »
Un héritage rural et une créativité sans limite
Pierre Perret évoque aussi l’héritage de Mémé Anna dans sa vie quotidienne. À Nangis, où il vit depuis des décennies dans une ancienne ferme en Seine-et-Marne, il a perpétué les traditions culinaires et agricoles qu’elle lui a transmises. « Elle faisait tout dans les fermes : élever des poules, tuer les cochons, préparer les conserves », explique-t-il. « C’est par elle que j’ai appris tout ça. Aujourd’hui, je reproduis ces gestes naturellement, sans effort. Et c’est bien plus sain que de manger au McDo. » Cette simplicité, loin des excès de la célébrité, a toujours été une ligne de conduite. « Je n’ai jamais eu la grosse tête », assure-t-il. « Même à l’école, je m’en fichais d’être premier ou dernier. L’important, c’était de faire de mon mieux. »
Son humour et son autodérision, présents dans ses chansons, trouvent ici une explication. « Si on ne sait pas se moquer de soi-même, il ne faut pas faire ce métier », estime-t-il. Cette philosophie, forgée dans l’adversité, transparaît dans ses textes comme dans sa personnalité. Malgré les épreuves, Pierre Perret reste un artiste en mouvement, porté par une énergie créative intacte. « J’ai déjà commencé à écrire un autre album », révèle-t-il. « Ce n’est pas une contrainte, c’est mon plaisir. Un peu masochiste, mais c’est mon plaisir. »
Ce parcours, à la fois intime et universel, pose une question simple mais fondamentale : comment, à 91 ans, transformer une douleur en création ? Pierre Perret, avec Mémé Anna et son prochain album, semble avoir trouvé une réponse. Le public, lui, n’a plus qu’à écouter.
Le chanteur a expliqué que ce livre était « celui-là qu’il fallait écrire en premier », car il contient les « petits ruisseaux » qui ont alimenté toute sa création. Mémé Anna, figure centrale de son enfance, a inspiré une grande partie de son œuvre, notamment ses chansons sur la condition des femmes. « Tous les petits ruisseaux qui ont alimenté la grosse rivière, ils viennent d’elle », a-t-il précisé lors de l’entretien.