Chaque année, près de 10 millions de nouveaux cas d'Alzheimer sont diagnostiqués dans le monde, soit un nouveau malade toutes les trois secondes. Cette pathologie complexe continue de défier les neuroscientifiques, qui cherchent à comprendre pourquoi certaines personnes présentant des signes clairs ne développent jamais de démence, tandis que d'autres voient leur mémoire s'effacer inexorablement.
Cependant, une récente découverte autour d’un métal rare présent dans notre cerveau pourrait ouvrir une piste révolutionnaire. Selon une étude publiée dans Nature, une carence en lithium dans le cerveau pourrait être l'étincelle initiale qui déclenche la dégénérescence neurofibrillaire.
Le rôle du lithium dans le cerveau
Le lithium est naturellement présent dans le cerveau à de faibles doses, où il joue un rôle crucial pour protéger les différents types de cellules cérébrales. Des analyses sur des tissus humains et des modèles animaux ont montré que la diminution des taux cérébraux de lithium est un des premiers signes avant-coureurs de la maladie d’Alzheimer.
Cette baisse est liée à la liaison du lithium aux plaques amyloïdes, ce qui empêche son absorption normale par le cerveau. Chez la souris, un déficit en lithium accélère la formation des plaques, l'inflammation et le déclin de la mémoire, reproduisant ainsi plusieurs caractéristiques de la maladie d'Alzheimer.
Vers un dépistage précoce grâce à la mesure du lithium sanguin
Les auteurs estiment qu'une simple analyse sanguine pourrait, à terme, mesurer le taux de lithium et détecter précocement les personnes à risque. L'observation d'un tel déficit bien avant l'apparition des symptômes offrirait une fenêtre précieuse pour intervenir.
Ces résultats s'alignent avec certaines études épidémiologiques ayant déjà montré que des taux environnementaux plus élevés de lithium, par exemple dans l'eau potable, sont associés à une prévalence plus faible de démence.
Essais cliniques : une étape cruciale pour confirmer l’efficacité du lithium
Si les effets protecteurs observés chez la souris sont prometteurs, les chercheurs insistent sur la nécessité de confirmer ces résultats chez l'humain par des essais cliniques rigoureux. L'orotate de lithium pourrait représenter une nouvelle voie thérapeutique : plutôt que de cibler uniquement l'amyloïde ou la protéine tau, il permettrait d'agir sur l'ensemble du processus neurodégénératif.
« Ce qui est frappant avec le lithium, c'est son effet global sur toutes les manifestations de la maladie d'Alzheimer », a souligné le professeur Bruce Yankner, auteur principal de l'étude. « J'espère qu'il pourra non seulement ralentir, mais inverser le déclin cognitif. »
Enjeux plus larges
La maladie d'Alzheimer est un problème de santé publique majeur, qui affecte non seulement les personnes atteintes mais aussi leurs familles et l'ensemble de la société. La découverte d'une carence en lithium comme premier déclencheur de la maladie ouvre de nouvelles perspectives pour la prévention et le traitement de cette pathologie.
Il est important de noter que les résultats de cette étude doivent être confirmés par des essais cliniques rigoureux avant de pouvoir être appliqués en pratique clinique. Cependant, l'espoir est bien là : un simple élément naturellement présent dans notre cerveau pourrait un jour contribuer à préserver la mémoire de millions de personnes.
En attendant, il est déconseillé de prendre des suppléments de lithium sans suivi médical, en raison des risques liés au surdosage. Mais l'espoir est bien là : un simple élément naturellement présent dans notre cerveau pourrait un jour contribuer à préserver la mémoire de millions de personnes.
