La cinéaste israélienne Anat Even a accordé un entretien au Monde pour revenir sur la genèse de son documentaire « Collapse. Face à Gaza », un film qui interroge l’évolution tragique du kibboutz Nir Oz, autrefois symbole de vie, devenu un lieu associé à la mort après les attaques du 7 octobre 2023.

Ce qu'il faut retenir

  • Anat Even est la réalisatrice du documentaire « Collapse. Face à Gaza », centré sur le kibboutz Nir Oz.
  • Le film explore comment ce kibboutz, autrefois dynamique, est devenu un espace marqué par la destruction et la mort.
  • La cinéaste évoque son colère et son dégoût envers la politique menée par Israël dans le cadre du conflit à Gaza.
  • Elle maintient un attachement marqué pour Israël, malgré ses critiques envers certaines actions gouvernementales.
  • Le documentaire est le fruit d’un travail collaboratif avec un coscénariste tout au long de sa réalisation.

Un projet né d’une réflexion sur la transformation d’un lieu

Anat Even explique que son documentaire est né d’une interrogation personnelle sur la manière dont Nir Oz, kibboutz emblématique du sud d’Israël, avait basculé d’un espace de vie collective à un symbole de la violence du conflit. « Comment le kibboutz Nir Oz, qui avait contenu tant de vie, était devenu un tel espace de mort ? » s’interroge-t-elle dans cet entretien. Ce questionnement a structuré l’ensemble de son travail, qui mêle témoignages, images d’archives et récits de survivants.

Le film s’inscrit dans une démarche documentaire où la cinéaste cherche à comprendre les mécanismes ayant conduit à cette transformation brutale. Selon elle, Nir Oz incarnait autrefois l’idéal sioniste de communauté autogérée, avant de devenir un terrain de confrontation directe avec les conséquences humanitaires de la guerre.

Une collaboration étroite avec un coscénariste

Tout au long de la fabrication du documentaire, Anat Even a travaillé en étroite collaboration avec son coscénariste, une relation qu’elle qualifie de « dialogue constant ». Ce partenariat a permis d’affiner la narration et d’intégrer des perspectives variées, tout en maintenant une cohérence dans le récit. « Nous avons échangé sans cesse sur la manière de restituer cette histoire complexe », précise-t-elle.

Ce processus collaboratif a également été l’occasion pour la réalisatrice d’exprimer ses propres émotions face au sujet. Elle reconnaît avoir été profondément marquée par les récits des habitants de Nir Oz, certains ayant perdu des proches lors des attaques du 7 octobre 2023, d’autres ayant fui pour survivre.

Des critiques envers la politique israélienne, mais un attachement intact au pays

Anat Even n’hésite pas à exprimer son mécontentement face à la gestion du conflit par les autorités israéliennes. Dans son entretien au Monde, elle évoque une colère et un dégoût profonds envers certaines décisions politiques, qu’elle juge responsables de l’aggravation de la crise humanitaire à Gaza. « Ce que je vois aujourd’hui me révolte », déclare-t-elle sans détour.

Pourtant, cette critique ne remet pas en cause son attachement viscéral à Israël. « Je suis née ici, j’ai grandi ici, et je ne peux pas imaginer vivre ailleurs », explique-t-elle. Ce paradoxe entre son amour pour le pays et sa désapprobation de certaines de ses politiques reflète une tension profonde au sein de la société israélienne, partagée entre patriotisme et contestation.

« Ce que je vois aujourd’hui me révolte. Comment en est-on arrivé là ? Comment un pays qui se veut démocratique peut-il en arriver à une telle situation ? »
— Anat Even, réalisatrice de « Collapse. Face à Gaza »

Et maintenant ?

Le documentaire « Collapse. Face à Gaza » devrait être projeté dans plusieurs festivals internationaux au cours des prochains mois, notamment à Cannes et Berlin. Anat Even indique que des discussions sont en cours pour une diffusion plus large, notamment sur des plateformes dédiées au cinéma documentaire. « Nous espérons que ce film contribuera à un débat plus large sur les conséquences humaines de ce conflit », confie-t-elle.

Par ailleurs, la réalisatrice évoque la possibilité d’organiser des débats publics en Israël, malgré les tensions sociales actuelles. « Il est important que les Israéliens entendent ces voix, même si c’est difficile », souligne-t-elle. La sortie du film pourrait ainsi s’inscrire dans un mouvement plus large de réflexion sur l’avenir du pays et les moyens d’éviter de nouvelles violences.