Le documentaire Le bus, les Bleus en grève, diffusé sur Netflix, relance les débats autour des événements de l’été 2010 en Afrique du Sud, lorsque la sélection française s’était disloquée lors de la Coupe du monde. Selon RMC Sport, Arnaud Ramsey, biographe de Nicolas Anelka et rédacteur en chef de Sports Illustrated, a formellement démenti ce vendredi 15 mai 2026 les propos attribués à l’ancien attaquant dans la presse de l’époque.

Ce qu'il faut retenir

  • Anelka n’a jamais prononcé les insultes « Va te faire enculer, sale fils de pute », selon son biographe Arnaud Ramsey, invité de BFMTV.
  • Les mots incriminés figuraient en Une de L’Équipe après le match France-Mexique, mais n’ont jamais été entendus par Domenech ou d’autres témoins.
  • Le photomontage du journal a contribué à l’amalgame, alors qu’Anelka était assis dans le vestiaire à la mi-temps.
  • Dans une émission en 2022, Anelka avait déjà évoqué une altercation différente, sans lien avec les propos rapportés.
  • Domenech lui-même a reconnu, selon Ramsey, que l’équipe de France « allait droit dans le mur ».

Le documentaire Le bus, les Bleus en grève revient sur les coulisses de la grève des joueurs français lors du Mondial 2010, un épisode marqué par le limogeage de Nicolas Anelka après une altercation avec Raymond Domenech à la mi-temps du match contre le Mexique. Si plusieurs anciens Bleus ont témoigné dans ce film, Anelka n’y apparaît pas, préférant garder le silence. Pourtant, les propos qui lui sont attribués ont refait surface, notamment dans L’Équipe, où la Une du 27 juin 2010 affichait : « Va te faire enculer, sale fils de pute ».

Arnaud Ramsey, qui a publié un livre avec Anelka en 2024 où l’ancien international évoquait la confiance retrouvée avec Domenech, a été le premier à informer Anelka de la parution de cette Une. « Je connais très bien Nicolas Anelka, il a toujours assumé. Ce ne sont absolument pas ses mots », a-t-il déclaré sur BFMTV. Ramsey a souligné que le joueur était alors sous le choc de l’élimination et des tensions internes, précisant : « Des mots beaucoup moins violents sont sortis. Personne ne les a entendus. Raymond Domenech lui-même ne les a pas entendus. »

Le biographe a également rappelé que l’image diffusée par L’Équipe était trompeuse : « Le photomontage donne l’impression qu’ils vont se bagarrer alors que le joueur était assis dans le vestiaire à la mi-temps. » Selon lui, Anelka a toujours assumé ses actes, mais pas ces propos. Il a ajouté que Domenech lui avait confirmé, peu après l’incident, que « l’équipe de France allait droit dans le mur », un aveu qui confirme la dégradation des relations au sein du groupe.

« Je viens de publier un livre où Nicolas Anelka racontait que Raymond Domenech était le premier entraîneur qui le comprenait. Il n’avait pas été sélectionné en 1998. 2010 était sa première Coupe du monde. Quand la Une de L’Équipe a commencé à circuler le vendredi soir, c’est moi qui ai informé Nicolas Anelka de cette Une. Il m’a appelé dans la foulée et m’a raconté le naufrage qui était en cours. »
Arnaud Ramsey, biographe de Nicolas Anelka

Dans une interview donnée en 2022 dans l’émission Rothen s’enflamme, Anelka avait déjà évoqué une version très différente de l’incident. Il avait expliqué que Domenech l’avait interpellé directement après la mi-temps, alors qu’il refaisait ses lacets, tête baissée. « Il (Domenech) attend une bonne dizaine de minutes avant de parler. Et là, il envoie directement sur Anelka. En fait, Nico refait ses lacets (tête baissée). Il a dit : ‘Va te faire enc* avec ton équipe, il n’y a pas de problème, je ne joue plus.’ » Anelka avait précisé : « Il arrive sur moi directement. À la base, je ne le regarde même pas. Et de toute façon, l’adjoint ne peut pas répéter ce que j’ai dit puisqu’il ne l’a pas entendu, et en plus de ça (la phrase dans L’Équipe), elle n’a absolument rien à voir. »

Ces déclarations, relayées par Ramsey, contredisent formellement les propos attribués à Anelka dans la presse. Le documentaire Le bus, les Bleus en grève a déjà suscité de vives réactions, notamment de la part de Raymond Domenech, dont le journal intime a été publié dans la presse. Domenech a dénoncé une « réécriture de l’histoire » et un « viol de son âme », tandis que Franck Ribéry a également réagi en critiquant la version des réalisateurs. Pour autant, Ramsey maintient sa position : « Personne n’a entendu ces mots. »

Et maintenant ?

Le documentaire Le bus, les Bleus en grève reste disponible sur Netflix, mais son impact pourrait s’étendre au-delà du simple divertissement. Les déclarations de Ramsey relancent le débat sur la fiabilité des témoignages dans les documentaires sportifs, alors que d’autres protagonistes de l’époque pourraient encore réagir. Une éventuelle réaction de Domenech ou d’autres joueurs sur cette nouvelle version des faits n’est pas exclue, mais aucune date n’a encore été annoncée. En attendant, le mystère autour des véritables mots échangés ce jour-là persiste, autant dire que l’affaire n’est pas close.

Les prochains mois pourraient voir émerger de nouvelles réactions, notamment si d’autres protagonistes de l’époque s’expriment publiquement. Le documentaire a en tout cas le mérite de replonger le public dans une période trouble du football français, où les tensions internes avaient éclipsé les performances sportives. Reste à savoir si cette affaire trouvera une issue définitive ou si, comme souvent dans le sport, les versions des faits continueront de diverger.

Les insultes publiées en Une de L’Équipe symbolisent l’effondrement du groupe France en 2010. Elles ont été perçues comme le symbole d’une équipe divisée et d’un management contesté, autant dire que l’affaire a cristallisé les critiques contre Raymond Domenech et les joueurs.