Installé dans l’Hérault depuis près de quarante ans, le journaliste britannique Anthony Peregrine, spécialiste des voyages pour le Daily Telegraph, a récemment publié un tour d’horizon des 96 départements de France hexagonale. Une tâche colossale, à laquelle il s’est attelé sur commande de son journal, comme il l’explique à Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Anthony Peregrine a visité 95 des 96 départements français en près de quarante ans de présence en France, à l’exception de la Haute-Saône.
  • Son article pour le Daily Telegraph se concentre sur une anecdote historique ou personnelle par département, sans prétendre à l’exhaustivité d’un guide touristique.
  • Il a attribué des notes aléatoires (de 4 à 10) aux départements, une exigence de mise en page plutôt que journalistique, avec 20 « coups de cœur » désignés « au pif ».
  • Peregrine considère la Creuse comme le département le plus sous-estimé, tandis que l’Île-de-France (hors Paris) et certaines villes comme Cannes sont jugées surévaluées.
  • Il défend l’héritage historique de Jeanne d’Arc et Napoléon, saluant leur impact mondial et regrettant un manque d’enthousiasme des Français pour ces figures.

Un projet né d’une commande, pas d’une passion spontanée

Contrairement à ce que son parcours pourrait laisser penser, Anthony Peregrine n’a pas choisi de cartographier les départements français par envie personnelle. Comme il le confie à Courrier International, l’idée émane de la rédaction du Daily Telegraph. « Ce n’était pas mon idée, c’était une commande du journal », précise-t-il. L’objectif ? Offrir un aperçu ludique et subjectif de chaque territoire, bien loin d’un guide touristique classique.

« J’ai pensé que ce serait assez rigolo », explique-t-il avec autodérision. Une approche qui lui a permis de travailler depuis son bureau, une contrainte qu’il apprécie particulièrement. Chaque département est résumé en un seul paragraphe, où l’anecdote l’emporte souvent sur l’exhaustivité. « Parfois, je ne dis rien sur le département en lui-même », admet-il. Par exemple, pour la Dordogne, il évoque presque exclusivement Joséphine Baker, bien que cette région regorge d’autres trésors.

Des années de voyages, des préférences culinaires et des notes « au pif »

Avec près de quarante ans passés en France, Peregrine a sillonné le pays sous toutes ses coutures. « Cela fait presque quarante ans que je suis en France », rappelle-t-il. Au début de son expatriation, il se concentrait sur le vin et la gastronomie, avant de diversifier ses sujets. Certains départements lui sont plus familiers : l’Hérault, où il réside, la Lozère — d’où est originaire sa femme — ou encore le Gers, où il passe régulièrement du temps.

Ses goûts culinaires sont aussi variés que ses déplacements. « Oui, j’ai testé les spécialités françaises », confirme-t-il. « Je mange et je bois beaucoup, j’adore ça. » Son palmarès ? « On mange très bien partout en France », estime-t-il. Il cite notamment la cuisine basque (« les plats à base de viande comme le ttoro »), alsacienne et méditerranéenne parmi ses préférées. À l’inverse, des spécialités plus rustiques, comme les pieds paquets en Provence, lui posent davantage de défis.

Les notes attribuées aux départements (allant de 4 à 10) relèvent davantage de l’arbitraire que du jugement gastronomique ou touristique. « C’était une exigence du journal pour la mise en page plutôt que pour des raisons journalistiques », explique-t-il. « Pour être honnête, je les ai faites au pif. J’ai mis une bonne note aux départements que j’aime beaucoup et j’ai donné mes 20 “coups de cœur”. » Parmi ses préférés : l’Hérault, la Lozère, le Haut-Rhin, le Gers et les Pyrénées-Atlantiques.

L’Île-de-France et les villes surévaluées : un regard critique

Peregrine n’est pas tendre avec l’Île-de-France hors Paris. Les notes n’y dépassent jamais 6/10, et chutent même à 4/10 pour la Seine-Saint-Denis. « Ce n’est pas que je ne suis pas un grand fan de l’Île-de-France, c’est juste que, hors Paris, je trouve qu’il y a plus intéressant ailleurs en France », justifie-t-il. Il évoque une visite récente en Seine-Saint-Denis, où il n’a « pas apprécié » l’accueil reçu. « Je n’avais pas l’impression d’être le bienvenu. »

Côté villes surévaluées, il vise notamment Cannes. « Il n’y a rien à Cannes qu’on ne fasse pas mieux à Nice », tranche-t-il. Même verdict pour Monaco, qu’il juge « un petit peu trop fier de lui », bien que ce dernier ne fasse pas partie de la France. Une critique qui tranche avec son enthousiasme pour d’autres territoires, souvent méconnus.

La Creuse, un joyau méconnu, et l’hommage à Jeanne d’Arc

Si Peregrine devait désigner un département injustement ignoré, ce serait la Creuse. « C’est un département superbe », affirme-t-il. « Si on regarde les chiffres, c’est [l’un des départements qui accueillent] le moins de touristes. C’est une honte. » Il évoque des paysages « somptueux », comme Crozant, inspiré par les peintures de Claude Monet, ou encore le plateau de Millevaches. « Le paysage est doux, tranquille, ensoleillé. »

Autre figure historique qu’il défend avec ferveur : Jeanne d’Arc. « Je ne pense pas que les Français en font trop avec elle. C’est presque le contraire », déclare-t-il. « C’est une jeune fille de 17 ans qui affrontait une armée d’Anglais, je suis admiratif à 100 %. » Il en va de même pour Napoléon, qu’il place aux côtés du général de Gaulle parmi les trois Français les plus célèbres au monde. « Il n’y a pas dix mille personnes dans l’histoire mondiale qui ont accompli ce qu’il a accompli. »

Et maintenant ?

L’article d’Anthony Peregrine, publié par le Daily Telegraph et relayé par Courrier International, pourrait inspirer d’autres médias à explorer des formats subjectifs et personnels pour présenter la France. Une approche qui met en lumière la diversité des territoires, bien au-delà des clichés. Reste à voir si d’autres journalistes oseront s’essayer à un exercice similaire, ou si ce type de panorama restera une initiative isolée.

Les départements d’outre-mer et les coulisses d’un travail de recherche

Les départements ultramarins sont absents de son article. « Je connais un peu la Guadeloupe parce que j’y suis allé, mais les autres départements d’outre-mer pas du tout », explique-t-il. Une absence assumée : « Cela n’aurait pas eu de sens de feindre de les connaître alors que ce n’était pas le cas. »

Son processus de recherche est méthodique. Avant chaque déplacement, il se documente via Internet et des ouvrages. « Je lis énormément », confie-t-il. Sur place, il affine ses connaissances en discutant avec des experts locaux et des guides. « On met tout ça ensemble et on arrive à faire quelque chose. » Une méthode qui allie rigueur et curiosité, deux qualités indispensables pour un tel projet.

Cette exigence venait de la rédaction du Daily Telegraph pour des raisons de mise en page, et non pour des critères journalistiques. Peregrine lui-même admet avoir « fait ça au pif », attribuant des notes élevées aux départements qu’il apprécie particulièrement. Seuls 20 départements ont été désignés comme « coups de cœur ».

Selon lui, la Creuse est le département le plus méconnu. Il souligne son manque de fréquentation touristique malgré des paysages « somptueux » et une tranquillité rare. Il évoque notamment Crozant, inspiré par Monet, ou encore le plateau de Millevaches.