Cinq ans après avoir tourné la page sur Intel, Apple envisage un retour en arrière partiel. Selon Frandroid, le géant de Cupertino et le fondeur américain ont signé un accord préliminaire pour la fabrication d’une partie des puces des appareils Apple par Intel. Cette annonce a immédiatement boosté l’action du groupe américain, qui a enregistré une hausse de 14 % vendredi, atteignant un nouveau record historique au-delà des 130 dollars.
Ce qu'il faut retenir
- Un accord préliminaire entre Apple et Intel prévoit la fabrication d’une partie des puces Apple par le fondeur américain.
- L’action Intel a progressé de 14 % en une journée, franchissant pour la première fois la barre des 130 dollars.
- Ce partenariat marque un revirement stratégique pour Apple, qui avait rompu avec Intel en 2021 pour se tourner vers TSMC.
- Les termes de l’accord et les volumes de production concernés n’ont pas encore été précisés.
Un retour surprenant dans un contexte de tensions géopolitiques
Cette décision d’Apple survient dans un contexte où la diversification des chaînes d’approvisionnement en puces est devenue une priorité pour les grands groupes technologiques. Depuis 2021, le géant californien avait massivement externalisé sa production de processeurs vers TSMC, le géant taïwanais, seul capable de répondre à ses exigences en matière de miniaturisation et de performance. Pourtant, Frandroid révèle que Cupertino réévaluerait désormais cette stratégie, au moins partiellement.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce choix. D’une part, les tensions persistantes entre les États-Unis et Taïwan, aggravées par les pressions chinoises, incitent les entreprises à réduire leur dépendance envers l’île. D’autre part, les coûts de production chez TSMC, bien que compétitifs à l’échelle mondiale, restent élevés pour un volume de commandes aussi important que celui d’Apple. Enfin, les récents progrès d’Intel en matière de technologies de fabrication, notamment avec ses nœuds de 7 et 4 nanomètres, pourraient avoir convaincu Apple de donner une seconde chance au fondeur américain.
Une alliance aux enjeux économiques majeurs
Pour Intel, ce partenariat représente une bouffée d’oxygène après des années de difficultés financières et technologiques. Le fondeur, autrefois leader incontesté du secteur, a vu sa part de marché s’éroder face à TSMC et Samsung, tout en accumulant des retards dans la mise au point de ses propres procédés de fabrication avancés. L’annonce d’Apple a immédiatement relancé l’intérêt des investisseurs, comme en témoigne la flambée de son action. Selon les analystes, ce contrat pourrait rapporter plusieurs milliards de dollars à Intel sur les prochaines années, selon les volumes et les types de puces concernés.
Côté Apple, l’avantage est double : réduire sa dépendance envers un seul partenaire tout en soutenant une industrie locale, un argument qui pourrait séduire les régulateurs américains dans le cadre des politiques de réindustrialisation encouragées par l’administration Biden. Frandroid souligne que les premières puces produites par Intel pourraient équiper des Mac ou des iPad dès 2027, une échéance qui reste à confirmer par les deux parties.
« Ce partenariat marque une étape importante pour Intel, qui retrouve une crédibilité dans le domaine des puces haut de gamme. Pour Apple, il s’agit avant tout d’un calcul de risque maîtrisé, » a déclaré un analyste du secteur, sous couvert d’anonymat.
Un pari risqué pour les deux géants
Si l’opportunité semble évidente sur le papier, elle comporte aussi des défis de taille. Pour Intel, la question de la fiabilité et de la capacité à livrer des puces conformes aux standards d’Apple reste entière. Le fondeur a connu des retards répétés dans le passé, notamment sur ses technologies de 10 nanomètres, et ses clients gardent une certaine méfiance. Apple, de son côté, devra gérer les réactions de ses partenaires historiques, dont TSMC, qui pourrait voir d’un mauvais œil ce rapprochement avec son concurrent direct.
Autre inconnue : les réactions des autorités chinoises. Pékin, qui considère Taïwan comme une province à réintégrer, pourrait interpréter ce partenariat comme une manœuvre politique visant à contourner sa domination sur les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs. Une escalade des tensions dans ce domaine n’est pas à exclure, surtout dans un contexte où les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine restent vives.
Cette alliance illustre une fois de plus les bouleversements qui traversent le secteur des technologies, où les alliances stratégiques se font et se défont au gré des enjeux géopolitiques et économiques. Pour Apple, il s’agit peut-être d’un simple rééquilibrage de portefeuille. Pour Intel, c’est une chance de reconquérir une place centrale sur un marché ultra-concurrentiel.