Les syndicats d’ArcelorMittal dénoncent des défaillances graves et systémiques en matière de sécurité au travail, alors que le groupe sidérurgique affiche des ambitions de modernité. Selon BFM Business, plus de 300 employés sont décédés en dix ans, entre 2013 et 2023, dans le cadre de leur activité professionnelle au sein de l’entreprise.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 300 décès enregistrés entre 2013 et 2023 chez ArcelorMittal, selon les syndicats.
- Un incendie mortel en octobre 2023 au Kazakhstan a causé la mort de 46 travailleurs dans une mine de charbon.
- ArcelorMittal affirme avoir engagé un plan d’action global depuis 2024 pour améliorer la sécurité.
- L’entreprise revendique une baisse de 50 % du taux de fréquence des accidents mortels en 2025, par rapport aux années précédentes.
- Les syndicats critiquent un dialogue social dégradé et un manque de confiance dans la direction.
Les syndicats, réunis sous la bannière d’IndustriAll Europe, une fédération syndicale européenne, ont manifesté mardi 5 mai 2026 devant le siège du groupe à Luxembourg, où se tenait l’assemblée générale annuelle. Parmi eux, Isabelle Barthès, secrétaire générale adjointe d’IndustriAll Europe, a vivement critiqué le bilan humain d’ArcelorMittal. « Entre 2013 et 2023, il y a quand même plus de 300 travailleurs qui sont morts en travaillant pour ArcelorMittal à travers le monde », a-t-elle rappelé. « C’est inconcevable dans un groupe qui se targue d’être moderne. »
Parmi les cas les plus meurtriers figure l’incendie survenu en octobre 2023 dans la mine de charbon de Kostenko, au Kazakhstan, où 46 employés ont péri. Cet accident a marqué un tournant dans les critiques adressées à l’entreprise, alors que les syndicats dénoncent des déficiences structurelles en matière de sécurité et de dialogue social. IndustriAll Europe exige que le groupe « remédie immédiatement à des défaillances graves et systémiques concernant les droits des travailleurs, la sécurité au travail, le dialogue social et ses engagements climatiques ».
De son côté, ArcelorMittal a reconnu la gravité de la situation et annoncé, lors de son assemblée générale, le déploiement d’un plan d’action global depuis 2024. Ce programme, basé sur les conclusions d’un audit de sécurité complet réalisé en 2024, vise à « transformer » les performances du groupe en matière de sécurité. L’entreprise met en avant des « améliorations » enregistrées en 2025, première année complète de ce plan triennal.
Selon les chiffres communiqués par ArcelorMittal, le groupe a enregistré en 2025 une réduction de plus de 50 % de son taux de fréquence des accidents mortels, atteignant « le plus bas niveau de l’histoire de l’entreprise ». Une baisse de 7 % de la fréquence des accidents avec arrêt de travail a également été observée. Malgré ces progrès, la direction reconnaît que « le parcours n’est pas achevé » pour atteindre son objectif de « zéro décès et zéro blessure grave ».
Les syndicats, eux, restent sceptiques. Isabelle Barthès a souligné que le dialogue social se dégrade depuis plusieurs années, évoquant un « climat de méfiance » entre les salariés et la direction. « Dans l’industrie, le dialogue social entre la direction et les travailleurs, surtout dans des secteurs comme la sidérurgie, ça veut dire quelque chose », a-t-elle expliqué. Elle a ajouté que les engagements climatiques d’ArcelorMittal étaient également remis en cause par les pratiques actuelles en matière de sécurité.
Cette affaire intervient dans un contexte où les questions de sécurité au travail et de responsabilité sociale des entreprises (RSE) prennent une importance croissante, tant pour les actionnaires que pour les consommateurs. Les industriels, en particulier ceux du secteur sidérurgique, sont de plus en plus sous surveillance pour leurs pratiques en matière de conditions de travail et d’impact environnemental.
À ce stade, aucune sanction n’a été officiellement annoncée. Cependant, en cas de manquement avéré aux obligations légales, le groupe pourrait faire l’objet de poursuites pénales ou administratives dans les pays où les accidents se sont produits, notamment au Kazakhstan. Les syndicats pourraient également engager des actions en justice pour faire valoir les droits des travailleurs. En France, par exemple, l’inspection du travail pourrait renforcer ses contrôles sur les sites du groupe.