Avec un chiffre d’affaires en hausse de 19 % sur un an – et même de 23 % à périmètre constant –, Safran confirme au premier trimestre 2026 la solidité de son modèle économique, selon Capital. Pourtant, l’action du groupe aéronautique a reculé de près de 4 % la journée de la publication des résultats, après une chute de 6,8 % la veille sous l’effet d’un abaissement de la recommandation par le courtier Jefferies. Une réaction qui, pour les observateurs, reflète davantage un ajustement des attentes des investisseurs qu’un rejet des fondamentaux.
Ce qu'il faut retenir
- Croissance organique de 23 % au premier trimestre 2026, portée par les pièces de rechange (+29 %) et les services (+43 %).
- 520 moteurs LEAP livrés entre janvier et mars 2026, contre 319 un an plus tôt, soit une progression de 63 %.
- Le LEAP, pilier de croissance, affiche une dynamique exceptionnelle, avec des activités plus récurrentes et mieux marginées que la vente de moteurs neufs.
- Objectifs 2026 maintenus, malgré un début d’année « particulièrement solide », ce qui a déçu une partie du marché.
- Risques persistants : tensions sur les chaînes d’approvisionnement, volatilité géopolitique au Moyen-Orient et appréciation de l’euro face au dollar.
- Valorisation élevée : l’action s’échange à 28 fois les bénéfices attendus pour 2026, contre 23 fois pour Airbus.
Les résultats trimestriels de Safran, publiés début mai 2026, révèlent une performance financière remarquable. Le groupe, spécialisé dans l’aéronautique et la défense, enregistre un chiffre d’affaires de 3,1 milliards d’euros sur le premier trimestre, en progression de 19 % en glissement annuel. À taux de change et acquisitions constants, cette croissance atteint même 23 %, un rythme que peu d’acteurs du secteur peuvent égaler. « Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement le chiffre global, mais la nature de cette croissance », analyse Antoine Fraysse-Soulier, responsable de la recherche marchés chez eToro, cité par Capital.
Les pièces de rechange, activité à haute marge et récurrente, progressent de 29 %, tandis que les services – maintenance, modernisation, soutien logistique – bondissent de 43 %. Ces deux segments, moins sensibles aux cycles économiques que la vente de moteurs neufs, représentent désormais un levier majeur pour Safran. Et c’est justement le moteur LEAP, cœur de sa gamme de réacteurs civils, qui concentre l’essentiel de cette dynamique. Avec 520 livraisons au premier trimestre 2026 – contre 319 un an plus tôt –, le programme affiche une accélération industrielle sans précédent. « Le LEAP n’est plus seulement un produit phare, c’est devenu un pilier de la croissance de Safran », souligne l’expert.
Une réaction boursière paradoxale : la Bourse attend plus que des bons résultats
Pourtant, malgré ces chiffres exceptionnels, l’action Safran a subi une double sanction boursière : -6,8 % la veille de l’annonce, puis -4 % le jour même. Une baisse qui s’explique, selon les analystes, par un décalage entre les attentes du marché et la réalité des comptes. « Les investisseurs ne remettent pas en cause les fondamentaux de Safran, qui restent solides », explique Antoine Fraysse-Soulier. « Mais sur ce type de valeur, on attend désormais des relèvements de recommandation ou des objectifs de cours revus à la hausse. Or, Safran s’échange à 28 fois ses bénéfices attendus pour 2026, un multiple élevé comparé à celui d’Airbus (23 fois). »
Le groupe a confirmé ses objectifs annuels sans les relever, une prudence qui a pu être interprétée comme un manque de catalyseur supplémentaire. Safran, souvent décrit comme « la machine à cash de l’aéronautique », bénéficie d’une visibilité exceptionnelle. Cette exigence accrue de la part des marchés explique en partie la réaction négative. « La solidité ne suffit plus, il faut désormais surprendre positivement pour continuer à progresser en Bourse », résume l’analyste d’eToro.
Des risques à surveiller : approvisionnement, géopolitique et change
Plusieurs ombres planent sur cette belle performance. D’abord, des tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement, qui pourraient freiner la capacité de Safran à soutenir un rythme de croissance aussi soutenu. Ensuite, le contexte géopolitique au Moyen-Orient, marqué par des tensions autour des flux énergétiques, introduit un risque difficile à quantifier mais bien réel. « Un conflit prolongé pourrait perturber le trafic aérien et alourdir les coûts, notamment ceux du carburant », avertit Antoine Fraysse-Soulier.
Enfin, la hausse de l’euro face au dollar constitue un vent contraire non négligeable. Bien que Safran dispose d’une politique de couverture solide, cette appréciation de la monnaie européenne pourrait peser sur ses marges à l’export. « Ces facteurs externes rappellent que, dans un environnement aussi incertain, la résilience ne suffit pas : il faut aussi une capacité à s’adapter rapidement », note l’expert.
Le LEAP, atout stratégique pour Safran
Le succès du moteur LEAP, co-développé avec GE Aviation et produit à plus de 2 500 exemplaires depuis son lancement, s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, sa fiabilité et sa sobriété en carburant, qui en font un choix privilégié des compagnies aériennes pour moderniser leurs flottes. Ensuite, sa polyvalence, adaptée aussi bien aux avions monocouloir (A320neo, 737 MAX) qu’aux biréacteurs long-courriers (A220, E-Jet E2). Enfin, son modèle économique, basé sur un carnet de commandes record et des marges bien supérieures à celles de la vente de moteurs neufs.
Les 520 livraisons du premier trimestre 2026 confirment l’accélération du programme, avec un carnet de commandes qui dépasse désormais 3 000 moteurs. « Ce volume permet à Safran de bénéficier d’économies d’échelle et de mieux répartir ses coûts fixes », précise Antoine Fraysse-Soulier. À long terme, le LEAP pourrait représenter jusqu’à 60 % des bénéfices du groupe, selon certaines estimations. Un atout que les concurrents, comme CFM International (joint-venture entre Safran et GE), peinent à égaler.
Pour les investisseurs, la question n’est donc plus de savoir si Safran est une valeur solide, mais plutôt si son potentiel est déjà pleinement intégré dans les cours actuels. Avec un multiple de 28 fois les bénéfices, le titre semble exiger une croissance continue et des surprises positives pour justifier son prix. Dans un secteur aussi cyclique que l’aéronautique, cette exigence peut sembler élevée – mais elle reflète aussi la confiance des marchés dans la capacité de Safran à transformer ses atouts industriels en performance boursière.
La réaction boursière s’explique principalement par un ajustement des attentes des investisseurs, selon Capital. Bien que les résultats soient solides, Safran n’a pas relevé ses objectifs annuels ni modifié sa recommandation, ce qui a déçu une partie du marché. Par ailleurs, la valorisation élevée du titre (28 fois les bénéfices) rend les investisseurs plus exigeants sur les perspectives de croissance.
Les tensions au Moyen-Orient, notamment autour des flux énergétiques, introduisent un risque de perturbation du trafic aérien et une volatilité accrue des coûts, notamment ceux du carburant. Bien que difficile à quantifier, ce risque pourrait peser sur les marges et la croissance de Safran, selon les analystes cités par Capital.