Prise en étau entre un élargissement constant de ses prérogatives et des moyens humains insuffisants, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) alerte sur sa capacité à remplir l’ensemble de ses missions. Selon Libération, son président, Martin Ajdari, a sollicité auprès de l’État la création d’une « trentaine d’emplois » supplémentaires pour faire face à cette charge de travail croissante.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Arcom demande trente postes supplémentaires pour répondre à l’augmentation de ses missions.
  • Son président, Martin Ajdari, évoque un « archipel de missions de plus en plus riche » pour justifier cette demande.
  • L’autorité indépendante souligne un déséquilibre croissant entre ses responsabilités et ses ressources humaines.
  • Cette demande s’inscrit dans un contexte de multiplication des enjeux liés au numérique et à l’audiovisuel.

Une autorité sous pression face à l’accroissement de ses missions

L’Arcom, autorité indépendante créée en 2022 pour succéder au CSA et à la Hadopi, voit ses attributions s’étendre régulièrement. Entre la régulation des médias traditionnels, la lutte contre la désinformation en ligne et la protection des mineurs sur les plateformes numériques, ses champs d’action se multiplient. « Nous sommes face à un archipel de missions de plus en plus riche », a expliqué Martin Ajdari à Libération, soulignant que cette diversification des tâches exige des ressources humaines adaptées. Autant dire que, sans renfort, l’efficacité de l’institution pourrait être compromise.

Parmi les missions récentes, on compte notamment la supervision des contenus audiovisuels, la régulation des influenceurs ou encore la lutte contre les fake news. Un portefeuille de responsabilités qui, selon les observateurs, dépasse largement les moyens actuels de l’autorité. « Les attentes du législateur et de la société ont fortement augmenté ces dernières années », a précisé un membre de l’Arcom sous couvert d’anonymat.

Des moyens humains jugés insuffisants

La demande de thirty postes supplémentaires – soit une hausse d’environ 10 % des effectifs actuels – reflète une inquiétude partagée par une partie des salariés. Selon Libération, plusieurs agents dénoncent un risque de surcharge de travail et une dégradation des conditions d’exercice. « Certains dossiers s’accumulent, et les délais de traitement s’allongent », a confié une source interne. La situation est d’autant plus critique que l’Arcom doit également composer avec des contraintes budgétaires strictes, héritées de la politique de maîtrise des dépenses publiques.

Cette pression s’ajoute à celle liée aux échéances électorales, qui imposent à l’autorité un devoir de vigilance accru. En période de scrutin, la régulation des médias et la modération des contenus deviennent particulièrement sensibles. « Nous devons être en mesure de réagir rapidement en cas de dérive », a rappelé Martin Ajdari, insistant sur la nécessité de disposer d’équipes étoffées.

Un contexte réglementaire en constante évolution

L’évolution rapide du paysage médiatique et numérique impose à l’Arcom de s’adapter en permanence. Les nouvelles législations européennes, comme le Digital Services Act, viennent par exemple élargir ses prérogatives en matière de lutte contre les contenus illégaux en ligne. « Nous devons intégrer ces nouvelles règles dans nos procédures, ce qui nécessite du temps et des compétences », a expliqué un cadre de l’autorité. Bref, la charge administrative s’alourdit sans que les moyens ne suivent nécessairement.

Par ailleurs, l’Arcom doit aussi faire face à des enjeux transversaux, comme la protection des données personnelles ou la promotion de la diversité dans les médias. Autant de dossiers qui exigent une expertise pointue et une réactivité accrue. « Notre crédibilité repose sur notre capacité à agir avec rigueur et célérité », a souligné Martin Ajdari.

Et maintenant ?

La demande de renforts présentée par l’Arcom devra désormais être examinée par les pouvoirs publics. Selon les informations de Libération, aucune réponse officielle n’a encore été apportée, mais les négociations pourraient s’intensifier dans les prochains mois. Une décision est attendue avant la fin de l’année, alors que l’autorité doit préparer ses priorités pour 2027. Reste à voir si l’État répondra favorablement à cette sollicitation, dans un contexte budgétaire déjà tendu.

Si la demande est acceptée, la trentaine de postes supplémentaires pourrait être répartie entre les différents services de l’Arcom, en fonction des besoins les plus pressants. Dans le cas contraire, l’autorité devrait prioriser certaines missions au détriment d’autres, ce qui pourrait affaiblir son action globale.

Cette situation interroge plus largement sur l’équilibre entre les ambitions réglementaires et les moyens alloués aux autorités indépendantes. Comment concilier l’élargissement des missions et la préservation de l’efficacité opérationnelle ? La réponse à cette question pourrait façonner le visage de la régulation médiatique dans les années à venir.

L’Arcom a vu ses responsabilités s’étendre à la régulation des influenceurs, à la lutte contre la désinformation en ligne, à la protection des mineurs sur les plateformes numériques et à l’application du Digital Services Act, entre autres.