Le récent rapprochement diplomatique entre l’Arménie et l’Union européenne, symbolisé par le huitième sommet de la Communauté politique européenne et une visite d’État du président français Emmanuel Macron à Erevan début mai 2026, a mis en lumière les tensions croissantes entre Erevan et Moscou. Selon Courrier International, ces rencontres, perçues comme une tentative de réduire l’influence russe dans la région, ont provoqué une réaction acerbe de la part du Kremlin, qui y voit une stratégie de l’UE pour affaiblir sa position dans le Caucase.
Ce qu'il faut retenir
- Les 6 et 7 mai 2026, l’Arménie a accueilli deux événements diplomatiques majeurs : le huitième sommet de la Communauté politique européenne et un sommet inédit Union européenne-Arménie, suivis d’une visite d’État d’Emmanuel Macron.
- Ces rencontres ont été interprétées par Moscou comme une volonté de l’UE de « supplanter » son influence en Arménie, déjà fragilisée ces dernières années.
- Le politologue russe Nikolaï Silaïev, chercheur au MGIMO, a accusé le Premier ministre arménien Nikol Pachinian de jouer un « double jeu » après sa visite à Moscou le 1er avril 2026.
- Silaïev affirme que Pachinian cherchait à « donner l’illusion de bonnes relations avec la Russie » auprès de l’opinion publique arménienne, avant de critiquer ouvertement la duplicité de sa politique.
- Le Kremlin exige désormais des clarifications de la part d’Erevan, alors que l’Arménie multiplie les signes d’ouverture envers Bruxelles.
Un rapprochement européen qui irrite Moscou
Les deux sommets tenus à Erevan les 5 et 6 mai 2026, ainsi que la présence d’Emmanuel Macron pour une visite d’État les jours suivants, ont marqué une intensification sans précédent des liens entre l’Arménie et l’Europe. Selon Courrier International, ces rencontres ont été présentées comme une preuve de la volonté arménienne de se tourner vers les démocraties occidentales, une orientation que Moscou considère comme une provocation. La Russie, qui a longtemps exercé une influence dominante en Arménie via des accords économiques, militaires et énergétiques, voit dans cette dynamique un risque de perdre un allié stratégique dans une région où son poids géopolitique est déjà contesté.
L’UE, de son côté, a saisi l’occasion pour renforcer ses liens avec Erevan, notamment à travers un sommet bilatéral inédit. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à élargir son influence dans le Caucase du Sud, une zone traditionnellement sous emprise russe. Les analystes soulignent que l’Arménie, qui a connu une guerre perdue contre l’Azerbaïdjan en 2020 et reste confrontée à des tensions internes, cherche à diversifier ses partenariats pour sécuriser son avenir.
Les critiques acerbes de Moscou envers Nikol Pachinian
Dans un entretien publié par l’hebdomadaire britannique Monocle, le politologue russe Nikolaï Silaïev, affilié au MGIMO (Institut d’État des relations internationales de Moscou), a livré une analyse particulièrement sévère de la politique arménienne. Selon lui, l’UE agit avec « duplicité » et cherche à « nuire à la Russie où que ce soit et autant que possible ». Il accuse notamment Nikol Pachinian d’avoir effectué une visite à Moscou le 1er avril 2026 dans le seul but de « donner l’illusion de bonnes relations avec la Russie » auprès de la population arménienne, une stratégie qu’il juge « superficielle et dangereuse ».
Silaïev ajoute que Pachinian aurait pu réussir à tromper une partie de l’opinion publique arménienne, mais que sa politique à double vitesse était vouée à l’échec, faute d’avoir pris en compte les « préoccupations réelles » exprimées par le Kremlin. Ces déclarations reflètent la frustration croissante de Moscou face à ce qu’il considère comme une trahison de la part d’un allié historique. Les relations entre les deux pays se sont en effet dégradées depuis 2020, notamment après le conflit arméno-azerbaïdjanais et le rôle ambigu joué par la Russie dans le cessez-le-feu.
Un équilibre impossible pour Erevan ?
Pour l’Arménie, le défi est de taille : comment concilier les impératifs économiques et sécuritaires avec la Russie, tout en obtenant le soutien de l’UE et de ses partenaires occidentaux ? Nikol Pachinian, au pouvoir depuis 2018, a tenté de naviguer entre ces deux blocs, mais ses efforts semblent de plus en plus contestés. D’un côté, l’UE offre des perspectives de développement économique et d’intégration régionale, de l’autre, la Russie reste un partenaire incontournable, ne serait-ce que pour des raisons géographiques et historiques.
Le sommet UE-Arménie de mai 2026 a permis de concrétiser certains engagements, comme la signature d’accords commerciaux ou la promesse d’aides financières. Pourtant, ces avancées pourraient s’avérer insuffisantes si Moscou décide de durcir sa position. Certains observateurs craignent que la Russie ne décide de réduire ses livraisons d’armes ou de suspendre ses subventions énergétiques, deux leviers majeurs de son influence sur Erevan. D’autres estiment, au contraire, que le Kremlin n’a pas d’autre choix que de composer avec cette nouvelle réalité, tant son isolement international s’est accentué depuis 2022.
Pour l’UE et les États-Unis, l’enjeu est de soutenir Erevan sans provoquer une escalade avec Moscou. Une aide financière ou militaire pourrait être annoncée lors du prochain Conseil européen, prévu fin juin. Reste à savoir si l’Arménie parviendra à jouer habilement cette carte sans se retrouver isolée sur la scène internationale.