Un accord historique en quelques heures seulement. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a effectué une visite éclair d’une heure à Erevan le 26 mai 2026, deux semaines avant les élections législatives arméniennes prévues le 7 juin. Selon Courrier International, cette escale a permis la signature de trois documents majeurs, dont un partenariat stratégique global et deux protocoles encadrant l’exploitation des ressources minières et la mise en place d’un corridor logistique transnational.

Parmi ces accords figure le projet « Tripp » (Trump Route for International Peace and Prosperity), un corridor routier et ferroviaire de 42 kilomètres devant relier l’Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan en traversant la région du Syunik, dans le sud de l’Arménie. La société arméno-américaine Tripp Development sera chargée de sa construction et de son exploitation pendant quarante-neuf ans, selon les informations rapportées par The Moscow Times.

Ce qu'il faut retenir

  • Une visite éclair de Marco Rubio à Erevan le 26 mai 2026, deux semaines avant les législatives arméniennes.
  • Signature de trois accords : un partenariat stratégique global, un protocole sur les minéraux critiques, et un cadre pour le projet « Tripp ».
  • Le projet « Tripp » prévoit un corridor de 42 km reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan via l’Arménie, géré par une société arméno-américaine pour 49 ans.
  • L’Arménie s’engage à collaborer avec les États-Unis pour une nouvelle carte géologique, en raison de l’importance des ressources minières pour les technologies d’intelligence artificielle.
  • Le président américain Donald Trump a apporté son soutien public à Nikol Pachinian pour les législatives du 7 juin via un message sur Truth Social.
  • Des critiques internes dénoncent une cession des ressources naturelles arméniennes aux États-Unis, au détriment de partenariats traditionnels avec la Russie ou la Chine.

Un partenariat stratégique présenté comme historique

Le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, n’a pas caché son enthousiasme après la signature des accords. « Nos pays sont passés à une étape historique sans précédent », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par Courrier International. Cette visite s’inscrit dans un contexte de renforcement des liens entre Erevan et Washington, marqué par une volonté affichée de réduire la dépendance économique arménienne vis-à-vis de Moscou.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a pour sa part annoncé la mise en œuvre d’une nouvelle carte géologique du pays, en collaboration avec les États-Unis. « Les minéraux rares ont pris une importance particulière compte tenu du développement des technologies d’intelligence artificielle », a-t-il souligné, relayé par le média progouvernemental Panarmenian. L’exploitation du fer, du cuivre et du zinc représente en effet un secteur clé de l’économie arménienne, représentant une part significative de ses exportations.

Le projet « Tripp » : un corridor logistique pour contourner la Russie et l’Iran

Le corridor « Tripp » s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sécuriser des routes commerciales alternatives. Selon le journal russe pro-Kremlin Moskovski Komsomolets, cité par Courrier International, l’Arménie deviendrait ainsi « un tout petit rouage d’une immense machine » permettant aux États-Unis d’acheminer des ressources d’Asie centrale en évitant le territoire russe et iranien. Ce projet s’ajoute à d’autres initiatives américaines en Europe de l’Est et en Asie centrale, dans le cadre d’une politique de diversification des partenariats économiques.

Le tracé de 42 kilomètres à travers le Syunik, une région montagneuse du sud de l’Arménie, devra être aménagé pour permettre le passage de convois routiers et ferroviaires. La société Tripp Development, détenue par des investisseurs arméno-américains, sera chargée de la construction et de l’entretien des infrastructures, selon les termes des accords signés. Cette entreprise disposera d’un contrôle opérationnel pendant près de cinq décennies, un point qui suscite déjà des interrogations au sein de l’opposition arménienne.

Des réactions contrastées au sein de la classe politique arménienne

Si le gouvernement arménien présente ces accords comme une avancée majeure pour la souveraineté du pays, plusieurs médias et personnalités politiques expriment des réserves, voire une opposition frontale. Le site d’information Verelq, connu pour ses positions critiques envers le pouvoir, s’interroge : « Qui a donné à Nikol Pachinian le pouvoir de décider, au nom des générations futures, comment et à quelles conditions exploiter les ressources naturelles au profit des États-Unis ? »

Verelq ajoute que, « même sans tenir compte de la Russie, que le pouvoir n’apprécie guère, la Chine aurait peut-être proposé des conditions bien plus avantageuses ». Le quotidien Golos Armenii, également opposé au gouvernement, ironise : « Les États-Unis vont donc contrôler les ressources de terres rares en Arménie », qualifiant cette coopération de « renforcement de la souveraineté » arménienne. Pour ce journal, il s’agit en réalité d’un « mantra » répété par le Premier ministre pour justifier une alliance perçue comme déséquilibrée.

« Dans un contexte où Erevan rompt progressivement ses liens de partenariat avec l’Union économique eurasiatique et l’Organisation du traité de sécurité collective, le renforcement de la coopération avec l’Occident pourrait avoir des conséquences extrêmement indésirables pour le pays. Les États-Unis ne donnent aucune garantie à l’Arménie. »

— David Karabekian, sociologue, cité par Golos Armenii

Et maintenant ?

Les élections législatives arméniennes prévues le 7 juin 2026 s’annoncent comme un test pour Nikol Pachinian, dont la légitimité politique pourrait être renforcée par l’appui de Donald Trump. Si le président américain a apporté un soutien « complet et total » à sa candidature via un message posté sur Truth Social, les prochaines semaines diront si cette stratégie portera ses fruits. La mise en œuvre des accords, notamment le projet « Tripp », dépendra également de la stabilité politique interne et des réactions internationales, notamment de la Russie et de l’Iran, deux pays dont les intérêts pourraient être affectés par ces nouvelles routes commerciales.

Reste à voir si les promesses américaines en matière d’investissements et de sécurité se concrétiseront, ou si l’Arménie deviendra, comme le craignent ses détracteurs, un simple « rouage » dans une machine géopolitique plus grande qu’elle.

Un pari risqué pour l’Arménie ?

L’alignement accru de l’Arménie sur les États-Unis s’accompagne de critiques sur la transparence des négociations et les conditions d’exploitation des ressources naturelles. Le sociologue David Karabekian met en garde : « L’Arménie sacrifie son avenir au profit d’un avenir radieux pour les États-Unis, tandis que le sien s’annonce sombre. » Une déclaration qui reflète les craintes d’une partie de la population et de l’opposition, pour qui la dépendance économique envers Washington pourrait se révéler aussi préjudiciable que celle envers Moscou.

Quoi qu’il en soit, cette visite éclair de Marco Rubio et la signature des accords marquent une étape supplémentaire dans la réorientation de la politique étrangère arménienne. Entre espoirs de développement économique et craintes de perte de souveraineté, l’Arménie s’engage désormais dans une voie où les bénéfices à court terme pourraient cacher des coûts à long terme, tant sur le plan économique que géopolitique.

Les trois documents signés sont : un accord de partenariat stratégique global entre l’Arménie et les États-Unis, un protocole d’accord-cadre sur l’extraction et la transformation des minéraux critiques et des métaux rares, ainsi qu’un accord-cadre de coopération stratégique dans le cadre du projet « Tripp » (Trump Route for International Peace and Prosperity).

La société arméno-américaine Tripp Development sera chargée du développement et de la mise en place de l’infrastructure du corridor « Tripp » pendant quarante-neuf ans. Elle assurera la construction et l’entretien des 42 kilomètres de voie reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan à travers le Syunik arménien.