À partir du 1er septembre 2026, la durée des arrêts maladie sera encadrée par de nouvelles règles, annonce le gouvernement. Objectif affiché : limiter une dépense annuelle de 18 milliards d’euros pour l’Assurance maladie, un montant en constante augmentation depuis plusieurs années. Cette réforme, saluée par certains employeurs, suscite en revanche une vive opposition de la part des médecins, qui dénoncent une « nouvelle contrainte administrative ». Selon Franceinfo - Santé, ces mesures s’inscrivent dans une logique d’économies budgétaires, alors que le nombre d’arrêts maladie a progressé de 10 % depuis 2019.
Ce qu'il faut retenir
- Un plafond de durée : le premier arrêt maladie sera limité à un mois maximum, prolongé éventuellement de deux mois, contre une durée illimitée auparavant.
- Une hausse des arrêts maladie : 30 000 arrêts sont déclarés chaque jour, soit une augmentation de 10 % depuis 2019.
- Un coût colossal : les arrêts maladie représentent une dépense annuelle de 18 milliards d’euros pour la Sécurité sociale.
- Des exceptions sous conditions : les médecins pourront déroger au plafond, mais devront justifier leur décision.
- Des critiques des médecins : la réforme est perçue comme une « méfiance » envers les praticiens, selon le Dr Agnès Giannotti, présidente de MG France.
Des règles strictes pour limiter les durées
Dès septembre prochain, le médecin traitant ne pourra plus prescrire un arrêt maladie sans limite de durée. Le premier certificat médical sera limité à un mois maximum, et son éventuelle prolongation ne pourra excéder deux mois supplémentaires. Auparavant, les arrêts maladie pouvaient s’étendre sur plusieurs mois, voire années, sans plafond. Cette mesure s’ajoute à d’autres dispositifs visant à rationaliser les dépenses de santé, alors que le gouvernement cherche à maîtriser le déficit de l’Assurance maladie.
Les exceptions resteront possibles, mais elles devront être dûment justifiées par le médecin. « Les gens pour qui on va demander des exceptions, c’est ceux qu’on a arrêtés plus longtemps. Donc c’est simplement une charge administrative en plus pour justifier ce qu’on fait », a réagi le Dr Agnès Giannotti, présidente de MG France, dans les colonnes de Franceinfo - Santé. Pour elle, cette réforme revient à « une méfiance par rapport à nos décisions », sans résoudre les problèmes structurels.
Les employeurs saluent la mesure, les salariés dubitatifs
Côté entreprises, la réforme est perçue comme une avancée bienvenue. À Marseille, Bruno Berengier, gérant d’un restaurant, raconte les difficultés rencontrées pour remplacer un employé absent depuis sept mois. « Un poste de pizzaïolo, c’est un poste important et majeur chez nous, donc ça implique qu’il faut rechercher ou remplacer soi-même la personne. On ne trouve pas de remplaçant pour une semaine, pour un mois, c’est très compliqué. Les gens veulent des CDI aujourd’hui », explique-t-il. Pour lui, une durée maximale d’arrêt maladie permettrait de mieux anticiper les remplacements et de limiter les perturbations dans son activité.
Certains salariés, en revanche, s’interrogent sur les conséquences de cette mesure. Mickaël Feraud, barman dans un établissement parisien, admet qu’il existe « un petit peu d’abus » dans certains arrêts, mais craint que la réforme ne pénalise les personnes genuinely malades. « Il y a des arrêts qui ne sont pas toujours justifiés, c’est vrai, mais il faut aussi penser à ceux qui en ont vraiment besoin », confie-t-il. Le gouvernement, lui, mise sur cette réforme pour réduire les dépenses, alors que le nombre d’arrêts maladie ne cesse de croître.
Une progression constante des arrêts maladie
Selon les dernières données disponibles, 30 000 arrêts maladie sont déclarés chaque jour en France, un chiffre en hausse de 10 % depuis 2019. Cette tendance s’explique en partie par l’évolution des modes de travail, mais aussi par une sensibilité accrue des salariés à la santé mentale. Les troubles musculo-squelettiques, les burn-out et les dépressions représentent désormais une part majeure des motifs d’arrêt. Pour le gouvernement, ces nouveaux plafonds doivent permettre de mieux encadrer ces situations, tout en limitant les abus potentiels.
Les syndicats, eux, restent prudents. Si certains reconnaissent la nécessité de lutter contre les fraudes, ils s’inquiètent des conséquences pour les travailleurs précaires ou ceux souffrant de maladies chroniques. « Une durée maximale d’arrêt maladie peut être utile, mais elle ne doit pas devenir un frein pour ceux qui ont besoin de temps pour se soigner », souligne un représentant syndical sous couvert d’anonymat.
« Les gens pour qui on va demander des exceptions, c’est ceux qu’on a arrêtés plus longtemps. Donc c’est simplement une charge administrative en plus pour justifier ce qu’on fait. Comme si on faisait n’importe quoi. Donc, en fait, c’est une méfiance par rapport à nos décisions. »
Dr Agnès Giannotti, présidente de MG France
Si cette réforme vise à réduire les dépenses, son succès dépendra de son équilibre entre rigueur budgétaire et préservation des droits des salariés. Les prochaines semaines seront déterminantes pour en mesurer les effets réels, tant sur le plan économique que social.
Tous les motifs d’arrêt maladie sont concernés par cette réforme, qu’il s’agisse de maladies physiques, de troubles psychologiques ou d’accidents. Le gouvernement n’a pas établi de distinction entre les différents types d’arrêts, qui seront tous soumis au même plafond de durée.