« Il ne faut pas s’étonner ! » : la demande pour les asperges peine à suivre l’abondance de la récolte cette année, comme le rapporte Ouest France. Les professionnels du marché constatent un désamour des consommateurs pour ce légume emblématique du printemps, malgré des conditions de production particulièrement favorables.

Ce qu'il faut retenir

  • La récolte d’asperges 2026 est jugée excellente par les producteurs, avec des rendements supérieurs à la moyenne
  • Les prix restent stables, mais la demande des ménages recule, notamment en raison d’un effet de mode défavorable
  • Les professionnels évoquent un parallèle avec le poireau, également boudé par les Français cet hiver
  • Les asperges vertes, blanches et violettes sont toutes concernées par ce phénomène
  • Les acteurs du marché appellent à une relance de la consommation via des campagnes de promotion

Une récolte généreuse, mais un engouement en berne

Les producteurs français d’asperges enregistrent cette année une récolte supérieure de 15 à 20 % par rapport à la moyenne quinquennale, selon les premières estimations des syndicats professionnels. Les conditions météorologiques du printemps, marquées par des températures douces et une pluviométrie régulière, ont permis aux plants de donner le meilleur d’eux-mêmes. Pourtant, malgré cette abondance, les étals des marchés et des supermarchés peinent à se vider.

Les professionnels du secteur pointent du doigt un double phénomène : un effet prix, bien que modéré, et surtout un effet de mode défavorable. « Les asperges ne font plus rêver les consommateurs comme par le passé », explique Jean-Marc Bodin, président de la Fédération nationale des producteurs d’asperges (FNPA), qui ajoute : « Les tendances culinaires évoluent, et les légumes dits "classiques" peinent à séduire les nouvelles générations. »

Des prix stables, mais une méfiance des acheteurs

Le prix moyen au kilo de l’asperge française oscille cette saison entre 5 et 8 euros, un tarif jugé raisonnable par les observateurs du marché. Pourtant, les ventes restent atones. Les distributeurs confirment une baisse de 10 à 15 % des volumes écoulés par rapport à 2025, toutes variétés confondues (vertes, blanches, violettes). Les asperges importées, moins chères, ne parviennent pas non plus à compenser ce recul.

Les consommateurs semblent en effet réticents à payer le prix fort pour un légume qu’ils ne considèrent plus comme un incontournable de leur assiette. « On observe une forme de lassitude, voire d’indifférence, chez les clients », confie Claire Martin, maraîchère en Maine-et-Loire. « Autant dire que la concurrence des légumes d’été, comme les courgettes ou les haricots, se fait déjà sentir en mai. »

Le poireau, autre victime d’un phénomène similaire

Ce désamour pour l’asperge s’inscrit dans une tendance plus large de rejet de certains légumes traditionnels. Comme le rappelle Ouest France, le poireau avait déjà subi le même sort cet hiver, en raison de son goût prononcé et de sa faible visibilité dans les recettes modernes. Les professionnels craignent désormais que d’autres légumes, comme le chou-fleur ou le céleri, ne subissent le même déclin si aucune mesure n’est prise.

Les campagnes de sensibilisation menées par les interprofessions tentent de redonner de l’éclat à ces légumes oubliés. Des recettes innovantes, mettant en avant l’asperge sous toutes ses formes (soupes, tartares, grillades), sont régulièrement diffusées sur les réseaux sociaux et dans la presse spécialisée. Mais pour l’instant, l’impact reste limité.

« Il ne faut pas s’étonner ! Les tendances alimentaires évoluent, et les légumes doivent s’adapter. L’asperge reste un produit de qualité, mais son succès dépend désormais de notre capacité à le réinventer. »
Jean-Marc Bodin, président de la FNPA

Et maintenant ?

Les acteurs de la filière asperge misent sur un rebond de la consommation d’ici la fin du mois de mai, à l’approche des fêtes de Pentecôte où les barbecues et les repas en plein air pourraient relancer la demande. Une campagne nationale de promotion, financée par les producteurs et les distributeurs, est prévue pour juin, avec des dégustations gratuites dans les grandes surfaces. Reste à voir si ces efforts suffiront à inverser la tendance.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l’asperge parviendra à retrouver sa place dans les assiettes des Français, ou si elle rejoindra la longue liste des légumes passés de mode.