Alors que la France accélère sa transition énergétique, l’usine de câbles électriques de Montereau-Fault-Yonne, située en Seine-et-Marne, devient un maillon essentiel de cette transformation. Selon Le Monde, le géant italien Prysmian, propriétaire du site, y augmente sa production pour répondre à la demande accrue en infrastructures électriques, portée par les investissements publics et privés en faveur de l’électrification.
Ce qu'il faut retenir
- L’usine de Montereau-Fault-Yonne, l’une des plus grandes câbleries d’Europe, voit sa production de câbles électriques s’intensifier en raison de la vague d’investissements pour l’électrification du pays.
- Prysmian, groupe italien spécialisé dans les câbles, mise sur ce site pour répondre à la demande croissante en infrastructures électriques.
- Le marché de la fibre optique, lui, subit un ralentissement après la fin du plan national visant à généraliser le très haut débit.
- Cette usine de Seine-et-Marne incarne ainsi le basculement des priorités industrielles françaises, passant des télécommunications à l’énergie.
Depuis plusieurs mois, le site industriel de Montereau-Fault-Yonne tourne à plein régime. Comme le rapporte Le Monde, Prysmian y a considérablement augmenté sa cadence pour produire des câbles électriques destinés aux projets d’électrification, qu’il s’agisse de lignes ferroviaires, de réseaux de transport d’électricité ou d’infrastructures renouvelables. Le groupe, leader mondial dans son secteur, mise sur cette usine française — l’une des plus importantes d’Europe en volume de production — pour capter une partie des 25 milliards d’euros que l’État a consacrés aux investissements dans les réseaux électriques depuis 2023, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique.
Cette dynamique contraste fortement avec le ralentissement observé sur le marché de la fibre optique. Le plan France Très Haut Débit, lancé en 2013 pour équiper l’intégralité du territoire en connexion Internet ultra-rapide, touche à sa fin. Résultat : les ventes de câbles dédiés à la fibre connaissent un net repli. «
Le marché de la fibre optique s’essouffle après des années de croissance exceptionnelle, précise un responsable du secteur interrogé par Le Monde. Les derniers financements publics ont permis de couvrir les zones les moins rentables, mais le rythme des déploiements ralentit naturellement.» Selon les données de l’ARCEP, le nombre de nouveaux raccordements en fibre optique a chuté de 12 % en 2025 par rapport à l’année précédente.
Face à ce changement de paradigme, Prysmian réoriente sa production en Seine-et-Marne. Le site, qui emploie près de 800 salariés, avait déjà diversifié ses activités ces dernières années en intégrant des solutions pour les réseaux 5G et les data centers. Désormais, l’accent est mis sur les câbles haute tension et les liaisons souterraines nécessaires à la décarbonation du mix énergétique français. «
Nous adaptons nos lignes de production pour répondre aux besoins spécifiques des énergéticiens et des opérateurs de transport d’électricité, explique le directeur de l’usine, qui préfère rester anonyme. L’enjeu est de taille : il s’agit de sécuriser l’approvisionnement en électricité du pays tout en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles.»
Sur le plan économique, cette transition industrielle pourrait avoir des répercussions sur l’emploi local. Si Prysmian promet de maintenir ses effectifs, les syndicats locaux appellent à la prudence. «
On se réjouit de la relance des commandes, mais on surveille de près les conditions de travail sur les nouvelles lignes de production, indique un représentant CGT. L’entreprise doit éviter de transformer cette opportunité en pression excessive sur les salariés.»
Au-delà de Montereau-Fault-Yonne, cette situation illustre un phénomène plus large : la réindustrialisation de la France autour des enjeux énergétiques. Alors que les appels d’offres pour les parcs éoliens offshore et les lignes à grande vitesse se multiplient, les câbleries françaises, longtemps cantonnées à des niches, redeviennent stratégiques. Pour autant, la fin du plan Très Haut Débit laisse un vide dans l’économie des télécoms, où les acteurs locaux devront trouver de nouveaux relais de croissance, comme les réseaux privés 5G ou les infrastructures cloud.
La demande en câbles électriques est portée par les investissements massifs dans l’électrification du pays, incluant le déploiement des énergies renouvelables, la modernisation du réseau ferroviaire et la transition vers une économie bas-carbone. Selon les projections de RTE, la consommation d’électricité en France devrait augmenter de 30 % d’ici 2035.
La fin du plan a entraîné une chute des commandes en fibre optique, contraignant les acteurs du secteur à se réorienter. Les câbleurs comme Prysmian doivent désormais se concentrer sur d’autres marchés, comme les réseaux électriques ou les infrastructures 5G, pour compenser ce ralentissement.