Avec un flux net de 36,5 milliards d’euros déposés sur les contrats d’assurance vie entre janvier et juin 2026, les épargnants français battent tous les records depuis deux décennies. Jamais depuis 2006 — année où le solde avait atteint 40,2 milliards d’euros — l’engouement pour ce placement n’avait été aussi marqué, selon les données publiées jeudi par France Assureurs et relayées par BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Un solde net de 36,5 milliards d’euros placé en assurance vie sur le premier semestre 2026, en hausse de 8,9 milliards par rapport à la même période en 2025.
  • En juin 2026, les cotisations ont atteint 19,3 milliards d’euros, soit une progression de 12 % sur un an.
  • L’encours total des contrats d’assurance vie atteint 2 162 milliards d’euros à fin juin 2026, en hausse de 6 % sur un an.
  • Les PER assurantiels, qui bénéficient aussi de cette dynamique, comptabilisent 8,5 millions d’assurés pour un encours de 124,8 milliards d’euros.

Cette tendance s’explique notamment par la baisse des rendements des livrets d’épargne réglementée, comme le Livret A, dont les taux sont devenus moins attractifs. « Cette dynamique, conjuguée au développement des PER assurantiels, est un bon signal : elle permet de répondre aux besoins des Français d’épargner sur le long terme, tout en contribuant au financement de l’économie française et européenne », a souligné Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, dans un communiqué cité par BFM Business.

En juin 2026, les cotisations en assurance vie ont atteint un nouveau record mensuel avec 19,3 milliards d’euros, en progression de 12 % par rapport à juin 2025. Après déduction des prestations versées par les assureurs — fermetures de contrats ou décès — en hausse de 7 %, les dépôts nets s’élèvent à 6,7 milliards d’euros. Cela représente une progression de 1,3 milliard par rapport à juin 2025. À l’échelle du premier semestre, l’encours global des contrats d’assurance vie s’établit à 2 162 milliards d’euros, soit une augmentation de 122 milliards (+6 %) sur un an.

Côté épargne retraite, les versements sur les PER assurantiels ont également accéléré au deuxième trimestre. Les cotisations ont progressé de 8 % entre avril et juin, atteignant 3,2 milliards d’euros. Depuis le début de l’année, les versements totaux (cotisations et transferts) sur ces produits s’élèvent à 9,4 milliards d’euros, en hausse de 2 % par rapport à 2025. À fin juin, les PER assurantiels comptabilisent 8,5 millions d’assurés pour un encours de 124,8 milliards d’euros.

Une attractivité renforcée par la baisse des rendements des livrets réglementés

La fuite des épargnants vers l’assurance vie s’inscrit dans un contexte de taux d’intérêt historiquement bas sur les placements sans risque. Le rendement du Livret A, par exemple, est devenu nettement moins intéressant que par le passé. Avec un taux fixé à 2 % en 2026 — contre 3 % en 2023 —, il peine à concurrencer les rendements proposés par les fonds en euros des assurances vie, qui restent stables et sécurisés.

Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée ces derniers mois. Les épargnants recherchent des solutions offrant un meilleur équilibre entre sécurité et rendement, ce qui explique en partie l’afflux vers les contrats d’assurance vie. Selon les analystes, cette tendance pourrait se poursuivre tant que les taux des livrets réglementés resteront à des niveaux aussi bas. « Les Français sont de plus en plus sensibles à la performance réelle de leur épargne après inflation », précise un expert cité par BFM Business.

Les PER assurantiels profitent aussi de l’engouement pour l’épargne longue

Les Plans d’Épargne Retraite (PER) vendus par les assureurs ne sont pas en reste. Leur collecte nette a atteint 1,9 milliard d’euros sur le premier semestre, un chiffre stable par rapport à 2025. Ces produits, qui bénéficient d’avantages fiscaux à l’entrée comme à la sortie, séduisent de plus en plus de souscripteurs. Leur encours total dépasse désormais les 124 milliards d’euros, porté par une hausse continue du nombre d’assurés.

Les transferts de contrats existants vers des PER assurantiels ont également joué un rôle clé dans cette dynamique. Les épargnants profitent ainsi des avantages fiscaux tout en diversifiant leurs placements. « Ces produits répondent à une demande croissante pour des solutions d’épargne retraite flexibles et fiscalement avantageuses », analyse un conseiller en gestion de patrimoine.

Un financement accru de l’économie, mais des défis à venir

L’afflux massif vers l’assurance vie et les PER a un impact direct sur le financement de l’économie. Les fonds collectés par les assureurs sont en partie réinvestis dans des projets d’infrastructure, des obligations d’État ou des actions d’entreprises. « Ces placements permettent de soutenir la croissance et l’emploi en France et en Europe », rappelle Paul Esmein dans son communiqué. L’encours global des contrats d’assurance vie — 2 162 milliards d’euros — en fait l’un des principaux pourvoyeurs de capitaux pour les entreprises et les institutions publiques.

Pour autant, cette situation soulève des questions sur la stabilité du système à long terme. Les assureurs doivent en effet gérer des flux importants tout en garantissant la liquidité des contrats. Par ailleurs, la fiscalité de l’assurance vie, souvent citée comme un atout, est aujourd’hui dans le viseur des pouvoirs publics. Plusieurs propositions visant à réformer son régime fiscal ont été évoquées ces derniers mois, suscitant des craintes parmi les épargnants. « Les idées fusent, certaines plus loufoques que d’autres », s’inquiète France Épargne, une association professionnelle, dans une tribune récente.

Et maintenant ?

Cette dynamique pourrait se poursuivre dans les mois à venir, à condition que les rendements des livrets réglementés restent peu attractifs. Les prochaines annonces de la Banque de France sur les taux des livrets A et LDDS, attendues d’ici la fin de l’été, seront donc closely scrutées. Par ailleurs, les réformes fiscales annoncées pour l’assurance vie pourraient influencer les choix des épargnants — et donc les flux de collecte — dès 2027. Enfin, la performance des marchés financiers dans un contexte de taux d’intérêt encore volatils restera un facteur déterminant pour l’attractivité des fonds en euros.

Reste à voir si cette tendance se confirmera sur la durée, ou si elle s’inscrit dans un mouvement plus large de réallocation de l’épargne des Français vers des placements jugés plus rentables. Une chose est sûre : l’assurance vie, avec son encours record de 2 162 milliards d’euros, reste le placement préféré des ménages, devant l’immobilier et les livrets réglementés.

L’attractivité de l’assurance vie s’explique principalement par la baisse des rendements des livrets réglementés comme le Livret A, dont le taux est passé à 2 % en 2026. Les fonds en euros des assurances vie, sécurisés et offrant des rendements plus stables, deviennent ainsi plus compétitifs. De plus, les PER assurantiels bénéficient d’avantages fiscaux incitatifs, renforçant leur attractivité pour l’épargne longue.

Le principal risque réside dans la gestion de la liquidité par les assureurs, qui doivent faire face à des flux de collecte importants tout en garantissant les retraits des épargnants. Par ailleurs, une éventuelle réforme fiscale de l’assurance vie pourrait réduire son attractivité. Enfin, la dépendance aux fonds en euros, dont les rendements pourraient être affectés par une remontée des taux, pose question à long terme.