Depuis plusieurs années, l’Inde subit des vagues de chaleur de plus en plus intenses chaque été, affectant directement l’économie locale et les moyens de subsistance de millions de travailleurs. Selon BFM Business, ces températures extrêmes, souvent supérieures à 45 °C, ont poussé les habitants et les entreprises à se tourner vers des solutions innovantes pour atténuer les pertes financières. Parmi elles, les assurances paramétriques anti-chaleur, qui versent automatiquement des indemnités dès lors que des seuils de température sont franchis, gagnent en popularité.

Selon une étude du groupe Lancet Countdown, cité par BFM Business, l’Inde a perdu 247 milliards d’heures de travail en 2024 à cause des températures extrêmes. Cela représente une perte économique estimée à 165 milliards d’euros de revenus, principalement dans les secteurs de l’agriculture et des travaux publics. Dans un pays où près de 90 % de la main-d’œuvre évolue dans le secteur informel, sans protection sociale, ces assurances offrent une bouffée d’oxygène.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Inde a enregistré 247 milliards d’heures de travail perdues en 2024 à cause de la chaleur, selon le groupe Lancet Countdown.
  • Les assurances paramétriques anti-chaleur versent des indemnités dès que la température dépasse 42,74 °C pendant deux jours consécutifs.
  • En 2026, plus de 30 000 femmes en Inde sont couvertes par ce type de police, avec des primes prises en charge par des initiatives locales.
  • Les pertes financières pour les travailleurs informels peuvent atteindre 2 000 à 2 500 roupies (18 à 22 euros) par saison estivale.
  • Le ministère fédéral de l’Intérieur envisage d’étendre ce modèle à d’autres risques climatiques, comme les inondations.

Des températures extrêmes qui menacent les revenus des travailleurs

À Ahmedabad, dans l’État du Gujarat, les étés sont de plus en plus étouffants. En 2023, Lata Solanki, 43 ans, vendeuse de vêtements, a dû cesser son activité pendant vingt jours en raison de la canicule. Sans assurance, elle a subi une perte sèche de 2 000 roupies (18 euros). Comme elle, des milliers de travailleurs informels, souvent sans filet social, voient leurs revenus fondre avec la hausse des températures. « Avec la chaleur, le ventilateur tourne jour et nuit et la facture d’électricité grimpe », confie-t-elle à BFM Business.

En 2024, grâce à une assurance paramétrique souscrite avec l’aide de l’organisation Mahila Housing Trust (MHT) et de la compagnie Go Digit, Lata Solanki a touché 750 roupies (6,5 euros) de compensation. Pour une femme dont le revenu mensuel moyen en milieu rural est d’à peine 10 000 roupies (90 euros), cette indemnité, bien que modeste, représente un soutien précieux. « Au moins on se sent un peu soutenu », explique-t-elle.

Comment fonctionnent ces assurances paramétriques ?

Contrairement aux polices d’assurance classiques, qui nécessitent une évaluation des dommages subis, les assurances paramétriques déclenchent automatiquement le versement d’une indemnité dès que des critères prédéfinis sont atteints. Dans le cas de Lata Solanki, l’assurance, cofinancée par l’initiative Climate Resilience for All (CRA), s’active dès que la température dépasse 43,72 °C pendant deux jours consécutifs.

Ce mécanisme a été étendu en 2026 à plus de 30 000 femmes dans le Gujarat. Le seuil de déclenchement a même été abaissé à 42,74 °C, avec des indemnités prévues entre 850 et 2 000 roupies (7,5 à 18 euros). Rakhi Gulshan Singh, une couturière de 30 ans travaillant à domicile, a également bénéficié de ce dispositif. « Quand la machine à coudre tourne, il fait encore plus chaud », explique-t-elle. Elle a touché 750 roupies en 2024 : « Ce n’est pas grand-chose, mais c’est mieux que rien ».

Un modèle qui séduit au-delà des travailleurs en extérieur

Si ces assurances ciblent d’abord les travailleurs exposés directement au soleil, elles ne se limitent pas à eux. Les employés de bureau, les artisans ou encore les commerçants à domicile sont également concernés. En 2025, malgré des températures élevées, aucune indemnité n’a été versée, car les seuils n’ont pas été atteints. En revanche, pour la saison 2026, le dispositif a été élargi, avec une prime annuelle de 354 roupies (3,2 euros), entièrement prise en charge par le CRA lors du lancement en 2024.

Adarsh Agarwal, responsable de la comptabilité chez GoDigit, souligne que ce produit « a permis d’aider plus de 50 000 assurés depuis son lancement ». Cependant, les versements restent modestes. « C’est plus rapide et plus transparent qu’une assurance classique, mais les compagnies vont devoir recalibrer les indemnités et les conditions de paiement », relève Aniruddha Bhattacharjee, expert chez Climate Trends. Selon lui, l’impact du changement climatique, de plus en plus imprévisible, rend nécessaire une adaptation constante des mécanismes de couverture.

Et maintenant ?

Face à l’aggravation des vagues de chaleur, le gouvernement indien pourrait étendre ce modèle à d’autres États. Le ministère fédéral de l’Intérieur a déjà évoqué son intention de recourir à ces assurances pour compléter les dispositifs classiques. D’ici 2027, une évaluation des résultats obtenus dans le Gujarat et d’autres régions devrait permettre d’ajuster les seuils et les montants des indemnités. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour intégrer d’autres risques climatiques, comme les inondations, déjà couvertes dans l’État du Nagaland.

Pour Lata Solanki, l’enjeu est clair : « Je resterai assurée, même s’il faut payer la prime de ma poche ». Alors que les températures devraient continuer de grimper, ces assurances pourraient bien devenir un outil essentiel pour des millions de travailleurs vulnérables.

Une assurance paramétrique ne nécessite pas d’évaluer les dommages subis par l’assuré. Elle verse une indemnité dès que des critères objectifs sont atteints, comme une température dépassant un certain seuil pendant deux jours. Cela la rend plus rapide et transparente, mais les montants versés sont souvent moins élevés qu’une indemnisation classique.

L’Inde compte près de 90 % de sa main-d’œuvre dans le secteur informel, sans protection sociale. Les vagues de chaleur entraînent des pertes économiques massives, estimées à 247 milliards d’heures de travail en 2024. Ces assurances offrent une compensation immédiate, adaptée à un contexte où les mécanismes traditionnels de solidarité sont limités.