Dans les étendues sauvages du parc national de la Chapada dos Veadeiros, à 250 kilomètres de Brasília, des collecteurs de semences indigènes tentent de redonner vie au Cerrado, ce biome brésilien durement éprouvé par des décennies de monocultures, d’élevage intensif et d’incendies répétés. Selon Reporterre, ces hommes et femmes, souvent perçus comme des « fous » par leur entourage, œuvrent graine par graine pour restaurer les terres dégradées.

Ce qu'il faut retenir

  • Le parc national de la Chapada dos Veadeiros (Goiás) abrite des initiatives de restauration écologique menées par des collecteurs de semences indigènes.
  • Ces derniers s’opposent à l’agro-industrie, responsable de la destruction massive du Cerrado, l’un des biomes les plus riches en biodiversité au monde.
  • Le chuveirinho, une plante emblématique de la région, symbolise leurs efforts pour préserver les écosystèmes locaux.
  • Le Cerrado a perdu près de 50 % de sa couverture végétale originale en raison de l’expansion agricole et des incendies.
  • Les collecteurs de semences restaurent les sols en plantant des espèces indigènes adaptées aux conditions locales.

Un biome en sursis, victime de l’agro-industrie

Le Cerrado, souvent surnommé « l’hôte de l’agriculture brésilienne », couvre près de 2 millions de kilomètres carrés, soit environ un quart du territoire national. Pourtant, ce joyau de biodiversité est aujourd’hui menacé à plus de 50 %, selon les données de l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), citées par Reporterre. Les monocultures de soja, les pâturages extensifs et les incendies volontaires, souvent liés à l’extension des terres agricoles, ont transformé des pans entiers du biome en déserts verts.

Dans ce contexte, des collecteurs comme ceux du parc de la Chapada dos Veadeiros tentent de renverser la tendance. Armés de sacs et de connaissances ancestrales, ils parcourent les zones dégradées pour y prélever des graines de plantes indigènes, adaptées aux sols appauvris et aux climats secs. Leur objectif : réensemencer les terres et permettre aux écosystèmes de se régénérer naturellement.

Le chuveirinho, symbole d’une renaissance

Parmi les espèces qu’ils récoltent, le chuveirinho (littéralement « petite douche » en portugais) se distingue par ses petites fleurs blanches disposées en bouquets au sommet de longues tiges. Cette plante, que l’on observe en abondance dans la Chapada dos Veadeiros, est un indicateur de la santé des écosystèmes locaux. Son retour dans les zones restaurées est un signe encourageant pour les collecteurs, qui y voient la preuve que leurs efforts portent leurs fruits.

— « Quand on commence à voir des plantes comme le chuveirinho réapparaître, on sait qu’on est sur la bonne voie », a expliqué à Reporterre João Silva, un agriculteur local devenu collecteur de semences. — Autrefois, les gens me prenaient pour un fou. Aujourd’hui, ils commencent à comprendre l’importance de ce que nous faisons. »

Une lutte contre le temps et les préjugés

La tâche est immense. Selon les estimations de l’ONG Instituto Sociedade, População e Natureza (ISPN), il faudrait planter des millions de graines indigènes chaque année pour espérer restaurer ne serait-ce qu’une fraction des terres dégradées du Cerrado. Pourtant, les ressources manquent cruellement. Les collecteurs, souvent bénévoles, dépendent de subventions ponctuelles ou de dons pour mener à bien leurs projets.

Leur travail s’inscrit en outre dans un contexte politique hostile. Depuis 2019, les politiques environnementales brésiliennes ont été assouplies, facilitant la déforestation et l’expansion des cultures industrielles. En 2025, près de 13 000 km² de Cerrado ont été détruits, selon l’Institut national de recherches spatiales (INPE), un record en une décennie.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances pourraient être déterminantes. En juin 2026, le Brésil devrait publier son nouveau plan national pour la biodiversité, qui inclura des mesures de protection du Cerrado. Les collecteurs de semences espèrent y voir figurer des financements dédiés à la restauration écologique, ainsi que des incitations pour les agriculteurs à adopter des pratiques plus durables. Reste à voir si ces promesses se concrétiseront, alors que les lobbies agricoles continuent de peser sur les décisions politiques.

Pour l’heure, les collecteurs de la Chapada dos Veadeiros poursuivent leur mission, malgré les obstacles. Leur persévérance pourrait bien être la clé pour sauver un biome qui, selon les scientifiques, abrite à lui seul 5 % des espèces végétales et animales de la planète.