Dans le petit village de Chaliers, niché dans le département du Cantal, une femme incarne aujourd’hui le lien entre médecine, agriculture et transmission familiale. Cécile Coutarel, 40 ans, exerce depuis trois ans à la fois comme rhumatologue et meunière, tout en perpétuant l’héritage agricole de sa famille. Selon Franceinfo - Santé, cette double casquette en fait une figure atypique du paysage médical et rural français.
Ce qu'il faut retenir
- À Chaliers (Cantal), village de 150 habitants, Cécile Coutarel gère depuis trois ans une exploitation agricole familiale reconvertie en moulin et un cabinet médical de rhumatologie.
- Elle produit et vend localement de la farine bio (blé, seigle) issue de céréales anciennes, tout en recevant des patients dans une partie de la ferme.
- Ancienne agricultrice reconvertie en médecin, elle a repris les rênes d’une exploitation transmise sur six générations, aux côtés de son fils, Paul Coutarel, éleveur d’Aubrac.
- Son engagement reflète une volonté de répondre aux besoins spécifiques des zones rurales, souvent moins bien desservies médicalement que les zones urbaines.
- La famille Coutarel cultive des variétés de céréales oubliées et mise sur une agriculture respectueuse de l’environnement, inspirée par les valeurs de son grand-père, pionnier du bio.
Une reconversion inspirée par les racines familiales
Le parcours de Cécile Coutarel est le fruit d’un retour aux sources après plus de vingt ans d’exercice en milieu urbain. Diplômée en médecine, elle avait également obtenu un diplôme en agriculture avant de s’installer à Clermont-Ferrand, où elle a exercé comme rhumatologue à plus de 100 km de son village natal. Comme elle l’explique, « la farine, c’est vraiment très symbolique. La farine, c’est le pain. Le pain, c’est vraiment la base de l’alimentation. Une bonne alimentation, c’est déjà les bases d’une bonne santé ».
Son installation définitive dans le Cantal s’est accompagnée d’une reconversion partielle de l’exploitation familiale. En 2023, elle a transformé l’ancienne étable de ses parents retraités en un moulin produisant de la farine bio. Aujourd’hui, ses sachets de farine sont vendus localement, répondant à une demande croissante pour des produits locaux et sains. « Beaucoup de gens viennent acheter ma farine, cuisinent ma farine. Et ça, pour moi, c’est une belle récompense », confie-t-elle.
Une médecine ancrée dans le terroir
Cécile Coutarel est probablement la seule rhumatologue de France à exercer dans un village de 150 habitants. Son cabinet, aménagé dans une partie de la ferme familiale, s’adresse principalement aux habitants des environs, souvent éloignés des grands centres médicaux. « J’ai l’impression que les personnes qui habitent dans le monde rural sont un peu abandonnées par le monde médical et que personne n’a vraiment conscience du coût de leur santé par rapport aux citadins », souligne-t-elle. Son retour dans le Cantal répond ainsi à une conviction : « C’est un peu aussi par rapport à ça que j’ai voulu créer ce cabinet ».
Cette approche lui permet également de concilier ses deux passions. Autant dire que pour cette médecin, la terre et ses habitants ne font qu’un. Son fils, Paul Coutarel, a repris quant à lui l’élevage familial, spécialisé dans la race Aubrac. Ensemble, ils perpétuent une tradition agricole qui, dans le Cantal, se transmet depuis six générations sans interruption. « Dans la famille, pas de crise agricole », confie-t-elle avec humour.
L’héritage d’un grand-père pionnier du bio
Le rôle de son grand-père, décédé l’an dernier, a été déterminant dans la transmission des valeurs familiales. « Le plus important qui m’est transmis, c’est l’idée qu’il faut prendre soin de tout, de la nature, de ces terres, de ces animaux, de soi, de ses proches », explique Paul Coutarel. Ce dernier a hérité des méthodes agricoles pionnières de son aïeul, qui avait adopté le bio bien avant que cela ne devienne une tendance. « Lui qui a fait du bio avant tout le monde a tout appris à son petit-fils avant de disparaître l’an dernier », précise Cécile Coutarel.
Cette philosophie guide aujourd’hui les projets de la famille. À l’avenir, Cécile et Paul Coutarel envisagent de cultiver ensemble des variétés de céréales oubliées, toujours dans une logique de respect de l’environnement et de santé. « Prendre soin de la terre et des hommes », résume-t-elle, « c’est ça, notre héritage ».
Cécile Coutarel, désormais bien ancrée dans son terroir, incarne une synthèse réussie entre tradition et modernité. Entre son cabinet de rhumatologie et son moulin, elle prouve qu’il est possible de concilier carrière médicale et transmission familiale. Pour les habitants de Chaliers et des environs, son retour est une aubaine, tant sur le plan de la santé que de l’économie locale. Quant à l’avenir, il semble tout tracé : continuer à cultiver la terre, soigner les corps et préserver un héritage que six générations ont patiemment bâti.
Bien que le reportage de Franceinfo - Santé ne cite pas explicitement les variétés concernées, il est indiqué que la famille souhaite cultiver des céréales anciennes, en plus du blé et du seigle déjà produits. Ces variétés, tombées en désuétude, pourraient inclure notamment l’épeautre ou le petit épeautre, le méteil, ou encore des blés anciens comme le « Rouge de Bordeaux ». Ces choix s’inscrivent dans une démarche de biodiversité agricole et de valorisation du terroir cantalien.