Depuis l’exploitation en 2019 d’un immense gisement pétrolier offshore, le Guyana affiche une croissance économique parmi les plus fortes au monde. Pourtant, cette manne énergétique ne profite pas équitablement à tous : les femmes, en particulier, dénoncent une redistribution inégale des richesses qui aggrave leur précarité. Selon Reporterre, ces inégalités nourrissent désormais des mouvements de résistance, portés notamment par des organisations locales. Autant dire que l’or noir, loin d’être une bénédiction pour l’ensemble de la population, devient un symbole de fractures sociales.

Ce qu'il faut retenir

  • Depuis 2019, le Guyana exploite un gisement offshore qui a propulsé son économie vers une croissance exceptionnelle.
  • Les revenus pétroliers ne sont pas redistribués de manière équitable, selon les observateurs, exacerbant les inégalités.
  • Les femmes, en première ligne, subissent de plein fouet cette précarité, comme en témoignent des rapports locaux.
  • Des établissements luxueux à Georgetown, comme le Regency Suites à plus de 100 euros la nuit, contrastent avec la pauvreté ambiante.
  • Les résistances s’organisent, notamment au sein des communautés féminines.

Une croissance économique inégale, un paradoxe guyanien

Avec un taux de croissance annuel moyen dépassant les 30 % depuis 2020, le Guyana se positionne comme l’un des pays les plus dynamiques de la planète. Pourtant, cette prospérité reste concentrée entre les mains d’une minorité. À Georgetown, la capitale, les signes de cette richesse ostentatoire sont visibles : hôtels de luxe, centres commerciaux clinquants et réseaux d’affaires internationaux. Selon Reporterre, le Regency Suites, où une nuit coûte plus de 100 euros, illustre cette disparité. Les suites Deluxe y côtoient des épais livrets présentant l’élite économique locale, comme un rappel constant de l’écart entre ceux qui profitent du pétrole et ceux qui en subissent les conséquences.

Les données macroéconomiques peinent à refléter cette réalité. Si le produit intérieur brut (PIB) par habitant a explosé, la pauvreté touche encore près de 36 % de la population, selon la Banque mondiale. C’est dans ce contexte que les voix des femmes s’élèvent, dénonçant une croissance qui ne leur offre « que des miettes », pour reprendre leurs propres termes.

Les femmes guyanaises, premières victimes des déséquilibres

Les femmes, souvent employées dans des secteurs précaires ou informels, paient le prix fort de cette répartition inégale des revenus. « Ce qu’il nous reste, ce sont les miettes », déclare une militante locale interrogée par Reporterre. Les témoignages recueillis auprès d’associations féministes révèlent une augmentation des difficultés économiques pour les ménages dirigés par des femmes, notamment dans les zones rurales. L’accès à l’éducation ou aux soins reste un luxe pour beaucoup, alors que les promesses de développement liées au pétrole tardent à se concrétiser.

Les infrastructures locales, sous-financées, peinent à suivre le rythme de cette croissance. À l’inverse, les projets liés à l’industrie pétrolière, souvent portés par des multinationales, bénéficient de budgets colossaux. Cette asymétrie alimente un sentiment d’injustice, renforcé par l’absence de politiques publiques ciblées pour les populations les plus vulnérables. Les associations demandent désormais une meilleure redistribution des revenus pétroliers, via des fonds dédiés à l’éducation, la santé ou l’autonomisation économique des femmes.

Résistances et mobilisations : la société civile se mobilise

Face à cette situation, des collectifs féminins et des organisations de la société civile commencent à s’organiser. Des marches, des pétitions et des ateliers de sensibilisation se multiplient à travers le pays. « Nous ne voulons plus être les oubliées de la croissance », affirme une représentante d’un collectif de femmes de la région d’Essequibo, interviewed par Reporterre. Ces mobilisations visent à interpeller le gouvernement guyanien, mais aussi les compagnies pétrolières, accusées de ne pas assumer leurs responsabilités sociales.

Les revendications portent sur plusieurs axes : l’accès à des emplois stables pour les femmes dans le secteur énergétique, la création de crèches pour faciliter l’insertion professionnelle, ou encore la mise en place de programmes de formation adaptés. Pour l’instant, ces initiatives restent marginales face à l’ampleur des défis. Pourtant, elles marquent une prise de conscience collective, comme en témoigne la montée en puissance des réseaux sociaux dans la mobilisation. Les hashtags #GuyanaNotForAll ou #WomenOfGuyana circulent désormais pour dénoncer les inégalités.

Et maintenant ?

La pression sur le gouvernement guyanien devrait s’intensifier dans les mois à venir, notamment à l’approche des prochaines élections générales prévues en 2026. Les partis d’opposition ont déjà intégré dans leurs programmes la question de la redistribution des revenus pétroliers, promettant des mesures sociales ambitieuses. Reste à voir si ces engagements se traduiront par des actions concrètes. Côté société civile, la coordination entre les différents collectifs devrait se renforcer, avec l’appui d’organisations internationales comme l’ONU Femmes ou la Banque interaméricaine de développement (BID).

Une chose est sûre : le débat sur l’exploitation pétrolière au Guyana dépasse désormais le simple cadre économique. Il interroge la capacité du pays à transformer ses ressources naturelles en développement humain, sans laisser personne sur le bord du chemin.

Il s’agit du champ Liza, découvert en 2015 et exploité depuis 2019 par un consortium mené par ExxonMobil, avec des partenaires comme Hess Corporation et CNOOC. Ce gisement offshore, situé dans le bassin de Stabroek, contient plus de 11 milliards de barils de pétrole prouvés, selon les estimations du gouvernement guyanien.

Outre ExxonMobil, les autres acteurs majeurs incluent Hess Corporation, CNOOC et TotalEnergies, qui a récemment annoncé un projet d’investissement de 12 milliards de dollars pour développer de nouveaux blocs offshore. Ces entreprises opèrent sous des contrats de partage de production avec l’État guyanien.