Selon France 24, le Comité des disparitions forcées de l’ONU a rendu un rapport accablant le 2 avril 2026, qualifiant les disparitions forcées au Mexique de « crimes contre l’humanité ». Une conclusion qui s’appuie sur des années de violence systémique et d’impunité dans le pays. Le document souligne que ces pratiques, loin d’être des cas isolés, s’inscrivent dans une stratégie délibérée ou du moins dans une tolérance institutionnelle à grande échelle.
Ce qu'il faut retenir
- Le Comité des disparitions forcées de l’ONU affirme que les disparitions forcées au Mexique constituent des crimes contre l’humanité, selon un rapport publié le 2 avril 2026.
- Cette qualification s’applique aussi bien aux disparitions passées qu’à celles toujours en cours, révélant une persistance du phénomène.
- L’image d’une femme mexicaine tenant l’os de son fils disparu depuis 2019 illustre l’ampleur et la dimension humaine de cette crise.
- Le Mexique est confronté depuis des décennies à une crise des disparitions, souvent liée à la violence des cartels et à des dysfonctionnements des institutions.
Un rapport onusien sans ambiguïté
Le Comité des disparitions forcées de l’ONU a conclu que les disparitions forcées au Mexique ne relèvent pas de cas ponctuels, mais s’inscrivent dans une politique systémique. Dans son rapport rendu public le 2 avril 2026, il précise que ces actes « ont été et sont commis comme des crimes contre l’humanité ». Une formulation juridique lourde de conséquences, car elle ouvre la voie à des poursuites internationales. Les experts de l’ONU pointent notamment l’absence de réponses efficaces des autorités mexicaines, malgré des milliers de cas documentés chaque année.
Parmi les éléments les plus marquants du rapport figure la mention des disparitions forcées commises par des acteurs non étatiques, en particulier les cartels de la drogue. Ces groupes criminels, qui contrôlent de vastes territoires, sont souvent impliqués dans l’enlèvement, l’exécution et la dissimulation des corps. Le Comité souligne que l’État mexicain, malgré ses obligations internationales, n’a pas su protéger sa population ni sanctionner ces crimes.
Une photographie symbolique de l’horreur
France 24 met en lumière une image poignante, celle d’une mère mexicaine tenant dans sa main l’os de l’un de ses fils, disparu depuis 2019. Cette photographie, devenue un symbole de la lutte des familles de disparus, illustre la violence inouïe de ce phénomène. Les proches des victimes, souvent des femmes, mènent des recherches désespérées dans des fosses communes ou des zones contrôlées par les cartels. Selon des associations locales, plus de 100 000 personnes sont officiellement portées disparues au Mexique, un chiffre qui ne cesse de s’alourdir.
Le rapport de l’ONU rappelle que ces disparitions s’accompagnent souvent d’actes de torture, de violences sexuelles et de meurtres. Les familles des victimes, privées de justice, se tournent vers des collectifs comme celui des « Mères cherchant leurs enfants » (Madres Buscadoras), qui organisent des expéditions pour exhumer les corps. Leur combat, bien que souvent ignoré par les médias, est devenu un élément central de la résistance civile face à l’impunité.
Un contexte de violence endémique
Le Mexique est plongé dans une crise des disparitions depuis les années 2000, marquée par l’escalade de la violence liée à la guerre contre les cartels. Selon les chiffres officiels, plus de 350 000 homicides ont été recensés depuis 2006, année du lancement de l’offensive militaire contre les trafiquants de drogue. Les disparitions, souvent liées à des règlements de comptes ou à des enlèvements pour rançon, sont un phénomène récurrent dans ce contexte de chaos.
Les autorités mexicaines ont mis en place en 2018 une commission nationale de recherche des disparus, mais les résultats restent limités. Le rapport de l’ONU critique ouvertement le manque de moyens alloués à cette institution, ainsi que les retards dans les enquêtes. Les familles dénoncent également des cas de corruption au sein des forces de l’ordre, qui seraient parfois complices des cartels ou les protègeraient en échange de pots-de-vin.
En attendant, les collectifs de familles continuent leur combat, soutenus par des organisations internationales comme Amnesty International. Leur exigence est claire : la vérité, la justice et la fin de l’impunité. Un défi de taille dans un pays où la violence structurelle semble s’enraciner chaque jour davantage.
Le Mexique doit soumettre un plan d’action d’ici trois mois au Comité des disparitions forcées de l’ONU. Une délégation mexicaine est attendue à Genève pour discuter des mesures concrètes à mettre en place. Les experts onusiens ont déjà appelé à une coopération renforcée avec la Cour pénale internationale.